Loi Macron : "Le fait que ce soit les maires qui choisissent les dimanches est complètement discriminatoire", Jacky Rihouet (Intersport)

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Jacky Rihouet, le président d’Intersport pour la France et la Belgique, déplore le manque d’écoute des politiques sur la loi Macron. Et pense que l’amendement Brottes est un réel danger pour les coopératives.

Jacky Rihouet, le président d'Intersport (600 magasins, 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires), donne son point de vue sur la loi Macron.
Jacky Rihouet, le président d'Intersport (600 magasins, 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires), donne son point de vue sur la loi Macron.© DR

LSA : Que pensez-vous des débats sur la loi Macron tels qu’ils se déroulent en ce moment à l’Assemblée nationale ?

Jacky Rihouet : Il est vraiment dommage que les distributeurs ne soient pas impliqués. Sur l’ouverture dominicale par exemple, nous ne sommes pas pour, sauf dans les zones touristiques et commerciales. Rue de Rivoli, à Paris, ou dans la zone commerciale Plan de Campagne, près de Marseille, où nous avons des magasins, c’est nécessaire. L’ouverture le dimanche doit se faire avec parcimonie. Mais le problème, c’est que la libéralisation voulue par Emmanuel Macron s’avère complètement discriminante puisque ce sont les maires qui vont choisir les cinq dimanches. Il aurait fallu que ce soit les distributeurs qui décident. Avec ce système, ce sera compliqué d’ouvrir à Rennes, et pas à Caen par exemple !

LSA : L’amendement adopté le 30 janvier 2015 sur l’encadrement de la durée des affiliations à neuf ans provoque le mécontentement des indépendants. Quel est votre avis ?

J.R : Il  y a une méconnaissance des élus qui confondent coopérative et franchise. Il ne faut pas mélanger un contrat de franchise où la loi peut protéger le franchisé avec une coopérative où les adhérents sont actionnaires et partagent les mêmes intérêts. Chez Intersport, nous n’avons pas de contrats, les adhérents sont actionnaires. Nous essayons de garder notre réseau pérenne –il y a très peu de départs chaque année et beaucoup de demandes-, grâce à des droits de préférence et des offres publiques de vente (OPV). Quand un adhérent  cède un magasin, il doit informer la centrale de son prix. Le groupe peut préempter et choisir un autre sociétaire, en exerçant un droit de préférence. Et s’il y a une surévaluation du prix, la coopérative peut contester le prix de vente. Neuf ans, c’est trop court, quand vous savez que pour amortir un investissement, il faut entre sept et neuf ans minimum. En voulant légiférer de cette façon, le gouvernement fragilise les coopératives, qui sont pourtant une exception française. Chaque année, Intersport crée 600 à 700 emplois. Au final, le législateur risque de faire une loi qui se retournera contre sa vocation première : il va encourager des grands groupes capitalistiques à dépecer des réseaux en achetant des magasins. Au lieu de nous protéger, il va nous affaiblir.

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