Lorina, le « french soda » sauvé grâce à Libé

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Cent vingt ans après sa création, Lorina rayonne dans 40 pays. C’est l’une des dernières limonades artisanales de France.

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Lorina-Ciron Vert.psd© dr

Fin août 1995. Jean-Pierre Barjon lit Libération… et s’attarde sur un article consacré aux Établissements Geyer, l’une des dernières limonaderies artisanales de France d’où sort la célèbre Lorina. Son patron d’alors, Yves Kesseler, se dit à quelques mois de la retraite et sans repreneur… Jean-Pierre Barjon, alors dirigeant d’une ex-filiale de Gec Alsthom, note l’information et tente de joindre Yves Kesseler. « Je ne parle pas aux inconnus », lui répond ce dernier. Jean-Pierre Barjon insiste. Le sexagénaire finit par l’inviter à visiter la limonaderie. Direction Munster, petit village lorrain. L’entreprise réalise à l’époque un chiffre d’affaires d’environ 150 000 € et les ventes se limitent aux bars du canton. Lorina n’a alors encore jamais franchi la porte d’un supermarché. La limonade ne manque pourtant pas d’attraits : une eau de source extraite par forage à 30 mètres sous terre, du sucre extra-raffiné pour éviter toute impureté, de l’essence de citron produite sur la Côte d’Azur…

Les tractations entre les deux hommes dureront plusieurs mois. Yves Kesseler a du mal à lâcher son « bébé », fruit d’une union avec une demoiselle Geyer, héritière de cette limonaderie créée en 1895 par Victor Geyer. Le rachat est finalement acté en 1996, mais Yves Kesseler restera encore dix-sept ans dans l’entreprise et, aujourd’hui, âgé de 77 ans, c’est toujours lui qui guide les visiteurs…

Conquête de l’Ouest…et du monde

Mais revenons en 1996. Les deux hommes se partagent la tâche. Yves Kesseler continue d’assurer la production, tandis que Jean-Pierre Barjon prend en charge la distribution. Pas facile de se faire une place aux côtés de Coca-Cola ou de Schweppes. Lorina réussira pourtant à franchir les portes de Monoprix, son premier grand distributeur. Tous les week-ends, le jeune patron devient animateur dans les magasins. « Il fallait coller les codes-barres à la main », se souvient-il. En 1997, il part avec une valise bourrée d’échantillons pour exposer au salon des produits gourmands de New York. Bingo ! Lorina décroche un Oscar, ce qui lui ouvre les portes de Manhattan, puis de San Francisco et d’autres grandes villes américaines. Les États-Unis restent la première destination à l’export de ce soda « so frenchy », aujourd’hui vendu dans 40 pays.

L’atelier des débuts étant vite devenu bien trop petit, Jean-Pierre Barjon a investi plus de 15 M€ dans un outil industriel qui lui permet de réaliser les 40 recettes proposées. Toujours produite à Munster, Lorina s’est forgé une aura mondiale. Quoi de plus logique pour une limonade française qui a choisi de rendre hommage à un navire anglais ? L’un des petits-fils de Victor Geyer était, en effet, médecin de marine. C’est lui qui a eu l’idée de baptiser Lorina, la boisson de son grand-père, du nom de ce bateau, qui, en 1940, assura à Dunkerque l’évacuation de milliers de soldats sous la menace des troupes nazis… Parfois, la limonade ne se contente pas d’être rafraîchissante.

en dates

  • 1895 Victor Geyer, marchand de vin, fonde une limonaderie
  • 1946 La limonade est baptisée Lorina
  • 1963 Yves Kesseler, époux de Solange Geyer, reprend la limonaderie
  • 1996 Jean-Pierre Barjon, alors directeur d’une filiale de Gec Alsthom, rachète Lorina
  • 2001 Création de la filiale américaine, à Miami

        

 

 

 

En chiffres

  • 38 M€ de CA
  • 70 salariés
  • 40 pays
  • 40 recettes différentes
  • 10 000 m2 La superficie de l’usine
  • 38% du marché de la limonade en France

Source : Lorina 

 

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Article extrait
du magazine N° 2352

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