Marc Grosser, DRH Auchan Retail: "Il sortira de cette crise de nouvelles organisations"

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INTERVIEW Dispositifs de sécurité, organisation du travail, protection du personnel, recrutements... Marc Grosser, DRH d'Auchan Retail International, fait le point pour LSA sur la gestion humaine du groupe, alors que sévit la crise liée au Covid-19.

Le groupe Auchan avance un taux d'absentéisme compris entre 7 % et 45% selon les pays, assure Marc Grosser.
Le groupe Auchan avance un taux d'absentéisme compris entre 7 % et 45% selon les pays, assure Marc Grosser.

LSA - Vos 65 000 salariés sont-ils inquiets ?

Marc Grosser, DRH Auchan Retail : Il y a peut-être un sentiment d’inquiétude lié à ce virus qu’on appréhende mal, mais ce qui me frappe c’est surtout la certitude qu’ils ont de jouer un rôle qui est presque de l’ordre du service public. Pour les protéger dans cette mission, nous avons mis en place d’abord les gestes barrières, puis des vitres de protection en plexiglas aux caisses, des gants, des filtrages à l’entrée des magasins… Il nous restait aussi des  masques de l’épidémie de H1N1 que nous avons distribués pour fournir en priorité les équipes les plus exposées.

Comment assurez-vous l’homogénéité de ces mesures avec vos différents formats et les franchisés ?

L’ensemble de ces mesures s’applique à nos différents formats. Concernant les franchisés, même s’ils restent les dirigeants de leur activité, nous leur recommandons d’adopter les mêmes mesures. La suractivité a d’abord concerné les hypermarchés jusqu’à ce lundi 23 mars, de l’ordre de + 30 à 40 % d'activité. Depuis, elle concerne surtout les supermarchés et les magasins de proximité, que nous suivons aussi de près pour les accompagner. Le plus compliqué pour nous est de prévoir l’activité. Dès que le confinement se durcit, cela engendre des frénésies d’achat, c’est à ce moment-là que notre activité se complique vraiment.

Constatez-vous beaucoup d’absentéisme au sein du groupe ?

Au global, dans tous les pays où nous sommes présents, nous comptons de 7% jusqu’à 45% de personnel absents. Cela dépend des pays, des fonctions, des situations familiales. En France, avec une moyenne comprise entre 20 et 30 %, il y a des disparités fortes selon les régions, l’Ile-de-France étant celle où le taux est le plus fort. Habituellement, c’est aussi dans ce bassin que le turn-over est le plus important. Et dans cette région, beaucoup de nos collaborateurs prennent les transports en commun pour venir. Avec le rythme ralenti, cela complique les déplacements.

Beaucoup de salariés ont fait jouer leur droit de retrait ?

Non, c’est sans doute dû à la rapidité et à l’ampleur des mesures de protection mises en place. Je note par ailleurs un formidable engagement de nos collaborateurs à tout faire pour continuer à nourrir les habitants. Je suis impressionné par cette mobilisation dans tous nos pays. C’est la raison pour laquelle nous avons été, en France par exemple, les premiers de la profession à annoncer le versement d’une prime exceptionnelle de 1000 euros.

Recrutez-vous afin de muscler les effectifs en magasins et dans les drives ?

On essaie de s’aider entre magasins Auchan d’abord. Certains collaborateurs du siège viennent aussi aider sur la base du volontariat. Nous étudions également la possibilité de recourir ponctuellement à nos cousins que sont Décathlon ou Leroy Merlin si nous avions besoin. Nous n’avons pas eu de cas pour l’instant et nous n’avons pas encore le recul suffisant, il faut cadrer tout cela au niveau juridique. Ces solutions sont très locales, les patrons ne connaissent bien entre eux sur un même territoire, nous sommes là comme support pour les aider mais la base de notre organisation, c’est le magasin. On sait en tout cas qu’il y a des collaborateurs qui ont envie d’aider et connaissent le secteur de la distribution.

Que pensez-vous des mesures avancées par le ministère du Travail (semaine de 60 heures, chômage partiel, travail de nuit assoupli…) pour répondre à la situation  ?

C’est important d’avoir de la souplesse dans des circonstances si exceptionnelles. Nous finissons d’étudier les ordonnances qui viennent d’être publiées. La clé est évidemment le volontariat pour que l’organisation mise en place fonctionne bien.

Prévoyez-vous de recourir au chômage partiel ?

Nous finalisons la projection de nos activités du mois d’avril en France pour voir comment le mettre en place en siège notamment. Nous inviterons d’abord nos collaborateurs à poser des congés payés ou des jours de RTT avant de recourir éventuellement à l’activité partielle si besoin.

Avec cette crise sanitaire, comment fonctionnent vos trois sièges Auchan, à Croix et Villeneuve d’Ascq (59) ?

Pour l’instant, le télétravail est la règle pour ces 4000 collaborateurs, cela fonctionne très bien, avec une activité dense. Nous l'avons mis en place tôt, d'autant plus que nous avons eu un cas en interne. Nous avons de bons outils pour les réunions, nous faisons beaucoup de visioconférences. On se rend compte que cette organisation fonctionne plutôt bien, évite les retards, permet des réunions plus courtes et efficaces… Nous travaillons beaucoup, on a toujours des recrutements en cours, on met en place beaucoup de e-learning pour continuer les formations, nous prenons aussi le temps de repenser nos priorités, les sujets de fond, de voir les produits les plus achetés pendant la crise pour réajuster aussi nos gammes dans le futur… Je pense qu’il sortira de cette situation de nouvelles organisations qui continueront, même après la crise.

Avez- vous dû faire face à des contaminations de collaborateurs en magasins également?

Nous avons malheureusement été confrontés à des cas de contamination parmi nos collaborateurs depuis l’apparition du virus en Chine. A chaque fois, nous les avons identifiés rapidement ainsi que leurs collègues les plus proches. Ils ont été isolés et soignés ou mis en quatorzaine.

Vous êtes responsable des ressources humaines pour tous les pays où Auchan est présent, les bonnes pratiques s’échangent-elles entre pays pour gérer au mieux cette crise ?

Nous avons les mêmes préoccupations dans tous les pays : continuer à servir nos clients et protéger nos collaborateurs dans les meilleures conditions possibles. Cependant, certains pays ont pris des décisions adaptées à leur contexte et législation locale : en Espagne la partie non-alimentaire des hypers a été fermée, les pays de l’Est ont pris très tôt des mesures drastiques malgré des cas moins nombreux !

Côté bonnes pratiques, Taïwan est selon moi le pays le plus en avance. La population a l’habitude de porter un masque, le contrôle avec des thermomètres frontaux est déjà en place dans les magasins… Mais la règle d’or est d’abord de s’adapter au local. Bien sûr, on échange beaucoup avec les DRH de chaque pays. Pour autant, répliquer les mesures n’est pas toujours évident : on partage les bonnes pratiques et on adapte ce qui fait du sens localement.

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