Marc Touati, directeur d'Assya Compagnie financière: le pouvoir d'achat et l'emploi sont en danger

Alors que les cours du pétrole sont au plus haut, l'analyste financier fait le point avec LSA sur les risques pour l'économie française et la consommation.
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Marc Touati, directeur d'Assya Compagnie financière: le pouvoir d'achat et l'emploi sont en danger
L'économie commençait à reprendre, on sortait à peine la tête de l'eau, on y retourne... Nous allons vers une croissance molle de 1,8 %. Mais ce n'est pas non plus la Berezina, d'ailleurs on peut toujours espérer que le prix du baril recule.

LSA - Les prix de l'essence sont au plus haut. Comment et à quel point le pouvoir d'achat des ménages va-t-il en être affecté ?

Marc Touati - Tout dépend, bien sûr, de savoir si la tendance va se poursuivre ou pas. Le baril navigue entre 100 et 120 $, mais, déjà, les prix de l'essence à la pompe sont plus élevés qu'en 2008, lorsqu'il était à 150 $. Il y a un problème de transparence car, visiblement, quand les prix baissent, la répercussion est lente, mais quand ils montent, la hausse est anticipée et les ménages en font les frais ! À l'évidence, les prix de l'essence, de l'énergie et des biens de consommation qui dépendent du pétrole sont pour les ménages des dépenses incompressibles, qui vont grever leur pouvoir d'achat d'au moins 10 % en 2011. Et ce n'est qu'une moyenne, car la hausse peut toucher jusqu'à 50 % de la consommation des classes les moins aisées. Se profile aussi un risque de récession, comme en 2008. Car si le danger de court terme est le pouvoir d'achat, obligeant les consommateurs à réduire leurs dépenses, celui de moyen terme est la destruction d'emplois. Or, sur les 2,3 % de gain de pouvoir d'achat observés en 2010, l'essentiel ne vient pas de la hausse des salaires, mais des personnes qui ont retrouvé un emploi. En quelque sorte, le premier impact est l'inflation, et le second la diminution des emplois dans les six à douze mois à venir.

LSA - Quels sont les effets à attendre sur l'inflation ?

M. T. - Les prix du baril vont jouer sur tous les postes de la consommation, le transport, les services... Tous les prix sont censés augmenter et, cependant, je ne crois pas à un dérapage inflationniste, parce que l'inflation est généralement tirée par une forte demande. Or, cette demande n'existe pas. De ce fait, les entreprises ne pourront pas augmenter leurs prix. Pour faire face à la hausse de leurs coûts de production, elles devront arbitrer avec le seul levier possible : l'emploi. L'ennemi pour l'économie n'est donc pas l'inflation, comme persiste à le croire la Banque centrale européenne, mais la récession.

LSA - Quel sera son impact sur la consommation et la croissance ?

M. T. - L'an dernier, la consommation des ménages n'a résisté que grâce à la prime à la casse pour les voitures. Et les signaux pour ce début d'année ne sont pas bons : pendant la période de soldes, la consommation de textile-cuir a baissé, ce qui est un phénomène très rare à ce moment de l'année. La dynamique de la consommation n'est pas là, les ménages n'ont pas envie d'acheter. Et avec les hausses de prix annoncées, dont ceux de l'essence, et les craintes sur l'emploi, ils seront encore plus enclins à épargner. Je tablais sur 1 à 1,5 % de hausse de la consommation pour 2011, je crains que ce chiffre ne se limite à 0,5 %. Et comme le moteur des exportations n'est pas bon non plus, la seule nouvelle positive concerne la reprise des investissements des entreprises, après trois ans de blocages.

LSA - Quelles conséquences à terme pour les entrepriseset pour l'économie ?

M. T. - Les entreprises publient de très bons résultats pour 2010 et je crois que le premier semestre restera bon. Le second sera plus difficile et 2012 sera très incertain si les cours du pétrole continuent d'augmenter. L'économie commençait à reprendre, on sortait à peine la tête de l'eau, on y retourne... Nous allons vers une croissance molle de 1,8 %. Ce n'est pas non plus la Berezina. On peut d'ailleurs toujours espérer un recul du prix du baril. Dans ce cas, les acquis des mois passés redeviendront un atout. Quoi qu'il en soit, les crises sont une opportunité quand on ne baisse pas les bras. Les entreprises doivent donc continuer d'innover pour sortir gagnantes de celle-ci.

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