Mariage de raison

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JÉRÔME PARIGI, rédacteur en chef adjoint
JÉRÔME PARIGI, rédacteur en chef adjoint©LAETITIA DUARTE

C’est devenu une habitude. Chaque année, fin février, quatre ou cinq grandes enseignes françaises font salon. Elles s’installent porte de Versailles, à Paris, au cœur de ce qu’il est convenu d’appeler « la plus grande ferme de France », le salon de l’Agriculture. Un événement qui, avec ses 700 000 visiteurs espérés, focalise l’attention des médias pendant dix jours.

Cette année, c’est Lidl qui a canalisé les feux de leurs projecteurs. Pour les non-­initiés, la présence de celui qui a été, avec son compatriote Aldi, l’un des champions d’un hard-discount pur et dur, avait de quoi étonner. Surtout que l’enseigne n’a pas lésiné sur le décorum. 250 m² de surface d’exposition organisés comme une place de marché, dans le hall noble de l’élevage, à côté de certains cadors, comme l’interprofession des produits laitiers (Cniel), McDonald’s…

Pragmatique, Michel Biero, le patron des achats France, justifie l’investissement. Il s’agit de profiter de la « superbe vitrine » de ce salon pour montrer davantage aux consommateurs le virage pris par Lidl depuis deux ans et sa sortie du hard-discount, son engagement dans le made in France, et aussi « parler avec les éleveurs ». Avant de lâcher : « Nous étions légitimes… »

Légitime ? Gloups… Il y a encore peu de temps, le mot aurait fait pousser des cris d’orfraie à des agri­culteurs qui ont longtemps fermé la porte de « leur » salon à des distributeurs, perçus comme des ennemis sur le terrain. Beaucoup l’ont oublié, mais il a fallu attendre 2010 pour que Carrefour puisse s’y afficher officiellement. Jusque-là, le distributeur français, comme ses concurrents, devait se contenter d’une présence moins ostensible, par partenaires interposés. Et, par la suite, la place croissante que les distributeurs ont occupée dans les allées a provoqué des grincements de dents, allant jusqu’à occasionner un temps – dit-on – une discrète mise en place de quotas.

Dans ces conditions, que l’arrivée tapageuse de l’enseigne allemande ne suscite que de modestes protestations chez les agriculteurs marque un virage dans leurs relations avec les distributeurs. Au-delà d’une « descente » plutôt bon enfant des Jeunes Agriculteurs, venus le premier jour sur le stand de Lidl vérifier l’origine des produits exposés, les seuls incidents qu’ont déplorés les responsables de l’enseigne sont à imputer à leurs syndicats qui ont profité du salon pour faire valoir leurs inquiétudes sur les fermetures de magasins et l’absence de revalorisations salariales.

C’est le signe que les temps ont changé et que les relations entre les deux camps ont évolué. Distributeurs et agriculteurs ont appris à se connaître. À force de conflits, certes, mais aussi de négociations et d’accords toujours plus locaux. Les premiers savent tout le profit qu’ils peuvent tirer des valeurs de naturalité, d’authenticité et de terroir associées à l’agriculture. Les seconds ont compris qu’ils peuvent difficilement se passer de l’efficacité et du sens du commerce de leurs principaux clients. Un mariage de raison qui a même désormais ses ministres du culte. Les premiers médiateurs aux questions agricoles chez Auchan, Carrefour et Système U viennent d’être intronisés. La messe serait-elle dite ?

Distributeurs et agriculteurs ont appris à se connaître. À force de conflits, certes, mais aussi de négociations et d’accords. 

 

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Article extrait
du magazine N° 2356

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