Mariage de raison entre Bigard et Charal

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FUSION - Déjà loin d'être des étrangers l'un pour l'autre, Bigard et Charal ne feront plus qu'un d'ici à janvier 2008. De quoi se frotter à armes égales avec la grande distribution grâce à des offres très complémentaires.

L'annonce a été faite dans la torpeur estivale et dans la plus grande discrétion. Le 9 août dernier par un simple communiqué de presse, le groupe Bigard, spécialisé dans l'abattage et la transformation de la viande, a fait savoir qu'il prendrait 100 % de la Compagnie financière Vital, propriétaire du groupe Charal. Depuis, les parties concernées refusent ostensiblement de commenter cette opération. Il est vrai que les perspectives de recomposition du secteur ne semblent guère mettre en émoi les professionnels de la filière, ni même les organisations syndicales. L'opération est pourtant d'envergure. Elle fait de Bigard le numéro 1 de la viande bovine (2,8 Mrds E de CA), devant le groupe coopératif Socopa.

Peser davantage

« Ce mariage était planifié depuis longtemps, on s'y attendait », lâche un brin fataliste Ludovic Le Bihan, délégué CFDT chez Charal. Même sentiment du côté de Quimperlé en Bretagne, où siège Bigard : « Nous avons toujours entendu Jean-Paul Bigard, notre président, dire que le secteur ne devait pas compter plus de deux groupes, l'un privé, l'autre coopératif », avance un membre du CE.

Ce mouvement de consolidation semble plutôt bien perçu par les observateurs et même les concurrents. L'Office de l'élevage y voit « un gage de pérennisation des entreprises et de sécurisation des approvisionnements et des débouchés ». Pour Pierre-Yves Perrin, le porte-parole de Socopa, « cela va dans le sens de l'histoire d'un secteur qui reste encore très atomisé par rapport à ce que l'on observe en Europe ». Une histoire que Socopa continue, elle aussi, d'écrire avec le rachat cette année de Kerguelen, entreprise spécialisée dans le veau, qui fait désormais du groupe coopératif le leader de ce marché. Ce mouvement de concentration est logique. Il s'agit en effet de faire contrepoids à la puissance d'achat de la grande distribution. Et le nouvel ensemble, qui représente désormais près de 25 % de l'abattage des boeufs en France, entend sans nul doute peser davantage auprès des distributeurs, mais également auprès des éleveurs. « Avec un interlocuteur en moins, on peut s'attendre à des négociations plus serrées », concède un acheteur au sein d'une centrale de produits frais du Sud-Ouest.

En attendant la synergie

Par ailleurs, alors que la consommation baisse depuis près de 20 ans avec un net recul ces derniers mois (- 8,1 % en volume et - 4,8 % en valeur pour les viandes de boucherie au premier semestre 2007, selon le CIV), les industriels misent plus que jamais sur les produits élaborés. Un marché dont Charal est justement le grand spécialiste. Les produits élaborés représentent 55 % de son chiffre d'affaires et 38 % de ses volumes. Alors que Bigard est centré sur les produits de première et deuxième transformations. Charal est aussi et surtout la première marque du marché, réalisant 40 % de ses recettes et 23 % de ses volumes sous sa griffe. Un atout de taille quand on sait que 30 % de la viande se vend désormais sous des gammes « marketées » et segmentées (steak haché compris) qui enregistrent des croissances à deux chiffres depuis 5 ans. Mais ce mouvement de fond suppose de mobiliser de lourds moyens dans les domaines du marketing et de la recherche et développement, d'où la nécessité d'optimiser les investissements.

On peut aussi imaginer que des synergies (et donc des restructurations) qui n'ont pas été opérées jusque-là entre Charal et Bigard seront réalisées. Un point sur lequel les syndicats se montrent particulièrement vigilants alors que l'acquisition ne devrait pas être finalisée avant début 2008. À cette occasion, le groupe Alliance, associé depuis 1997 avec Bigard au capital de Charal, apportera les 51 % de sa participation au groupe Breton. En contrepartie, Alliance montera au capital de Bigard, tout en gardant une participation minoritaire. Le nouvel ensemble sera présidé par Jean-Paul Bigard, tandis que Jean-Paul Heusèle, président d'Alliance qui était à la tête de Charal, sera nommé président du conseil de surveillance.

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Article extrait
du magazine N° 2010

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