Marie-José Nicoli,présidente de l'Union fédérale des consommateurs - Que Choisir ? : « Il y a trop d'associations de consommateurs en France »

« Pas mal, mais peut mieux faire. » C'est, à peu de choses près, le jugement de Marie-José Nicoli sur les efforts consentis par la grande distribution pour répondre aux attentes des consommateurs. Des consommateurs que les décideurs français semblent encore, selon elle, peu disposés à écouter.

La concentration se poursuit dans la distribution. Y voyez-vous une menace pour les consommateurs ?

Dès qu'un monopole se profile quelque part, qu'il soit public ou privé, c'est toujours au détriment du consommateur. À La Poste, par exemple, le niveau de service baisse constamment depuis vingt ans et l'on est passé de deux distributions de courrier quotidiennes à une seule. Les intérêts des salariés de l'entreprise ont pris peu à peu le pas sur ceux des usagers. De même, dans les grandes surfaces, nos relevés de prix prouvent année après année qu'il vaut mieux faire ses courses à Nantes qu'en Corse ou à Paris. Tout simplement parce que les enseignes y sont plus nombreuses et la concurrence plus forte. Nous sommes conscients de l'importance de telles alliances sur le plan international, mais nous ne voulons pas en faire les frais dans l'Hexagone.

Les fusions et alliances peuvent toutefois entraîner des économies d'échelle, qui bénéficient finalement au consommateur

Les distributeurs sont des commerçants comme les autres. On ne peut pas leur demander de jouer les philanthropes, de travailler à marge nulle lorsque la concurrence se relâche. Quant aux gains à l'achat, je crois que nous arrivons aujourd'hui au bout du processus, au moins en agroalimentaire. Ce qui nous préoccupe, c'est plutôt l'amélioration de la qualité, la diversité des gammes et l'information des consommateurs.

Comment jugez-vous les efforts des enseignes dans ces derniers domaines ?

Il existe des initiatives intéressantes : les accords avec des groupements régionaux d'éleveurs de viande, par exemple. Toutefois, le système de distribution des grandes surfaces est par nature mieux adapté aux produits élaborés. Et il reste beaucoup à faire sur des rayons comme les fruits et légumes. Il faut vendre davantage de produits à maturité, mieux former le personnel, informer le consommateur. La grande distribution française est une formidable réussite économique, elle a les moyens de proposer de la qualité.

Et la diversité des gammes ?

Elle passe par le maintien du tissu agricole et d'un réseau de PME aussi riche que possible. Si les petites entreprises se regroupent, si l'agriculture se concentre à outrance, nous aurons moins de diversité dans les magasins. Sans parler des conséquences sur l'aménagement du territoire. En ce sens, les propositions récentes des pouvoirs publics ne me semblent pas mauvaises : il faut moraliser les relations commerciales et introduire davantage de transparence. Et il est bon de mettre les litiges sur la place publique. Pour autant, nous ne rejetons pas tous les torts sur les grandes surfaces. Les hommes politiques ont largement contribué à leur montée en puissance, parce que c'était dans leur intérêt.

L'intérêt immédiat des consommateurs est-il compatible avec des enjeux comme l'aménagement du territoire ou l'environnement ?

Oui, à condition de rester réaliste et pragmatique. Nous avons été les premiers, par exemple, à parler des problèmes de nitrates ou de plomb dans l'eau et « Que Choisir ? » met régulièrement l'accent sur les économies d'énergie. Mais nous ne remettons pas en cause le progrès économique ni l'innovation, pour peu qu'ils apportent un réel plus. On doit trouver un équilibre entre la préservation de l'environnement et le bien-être des consommateurs.

On juge souvent les représentants des consommateurs trop divisés. Qu'en pensez-vous ?

Il y a 17 associations de consommateurs agréées en France : c'est beaucoup trop, 4 ou 5 suffiraient à exprimer les diverses sensibilités de l'opinion. Le pouvoir politique donne souvent l'agrément à ses amis sans se soucier de leur représentativité. C'est logique : il vaut mieux avoir en face de soi une multitude d'interlocuteurs plutôt que quelques associations puissantes. De manière générale, les milieux politique et économique parlent beaucoup des consommateurs mais ne font rien pour nous faciliter la tâche. Ils pensent qu'ils n'ont pas intérêt à voir émerger des contre-pouvoirs forts et indépendants. Et pourtant...
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Article extrait
du magazine N° 1663

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