Mélange des genres...

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EDITORIALLe gouvernement met dans le même sac médiatique et fiscal les problèmes nutritionnels et la question de l'explosion de la dette.

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Les professionnels des boissons ne digèrent pas le cocktail surprise - à base de taxes - que leur a réservé François Fillon. Tous se déclarent prêts à contribuer à l'effort général tant la situation économique française est périlleuse. Mais ils ne veulent pas que l'on jette l'opprobre sur leurs produits. Ils ne comprennent pas pourquoi le gouvernement met au même niveau les boissons gazeuses et les cigarettes. Ce drôle de mélange des genres ne peut pas s'expliquer par le seul argument de la santé publique et de la lutte contre l'obésité. Pourquoi, se disent certains, ne pas réfléchir globalement (les politiques savent si bien « monter des commissions », « nommer des rapporteurs », « publier des livres blancs » et nec plus ultra « faire des Grenelle ») ? Pourquoi, pestent d'autres, ne pas impliquer la charcuterie, les fromages, mais aussi toutes les barres chocolatées et même les glaces ? Et si l'objectif est de réduire le déficit de la sécurité sociale, il faudrait aussi taxer davantage les fabricants automobiles ou les concessionnaires d'autoroutes.

Dit plus crûment, le gouvernement met dans le même sac médiatique et fiscal les problèmes nutritionnels et la question de l'explosion de la dette. Il parle d'une mesure de santé publique et il pense déficit. Il confond fiscalité punitive et éducative. Et pour les alcools, la logique n'est guère plus respectée. Quelle étrange idée d'avoir oublié la bière, le vin ou le rhum si, encore une fois, l'unique objectif est de défendre la santé de nos concitoyens... Honnêtement et au-delà des approximations scientifiques (l'interprétation de l'étude de l'OMC) ou vocables (la notion d'alcool fort n'existe pas), cette histoire fleure bon le clientélisme politique et le lobbying exacerbé.

Quel dommage d'en arriver là. Car des solutions sont envisageables, dès lors qu'elles sont discutées et concertées. Il faut en effet éviter les effets pervers sur la consommation et ne pas casser un des rayons qui génère le plus de croissance et apporte une réelle valeur ajoutée. Ensuite, il convient de se prémunir contre les conséquences indirectes sur l'emploi. Car au-delà des PME françaises, des multinationales fabriquent aussi leurs produits sur notre territoire (et se fournissent en France...). Enfin, attention de ne pas tomber dans un empilage de taxes incompréhensible et sans aucune logique. De plus, François Fillon ne peut pas rayer d'un trait de plume tous les travaux lancés par les professionnels des boissons ces dernières années (ainsi que leurs fédérations). Ces industriels qui ont accepté de participer à de nombreuses réunions au ministère de la Santé... Alors que celui de l'Économie s'apprêtait à leur donner le coup de pied de l'âne. Dans cette affaire, même si les industriels jouent les « vierges effarouchées » alors que les rumeurs de taxe courent depuis belle lurette et que la lutte contre l'obésité est devenue une priorité nationale, le gouvernement a été maladroit dans la méthode et le choix du moment. Il peut encore le reconnaître.

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Article extrait
du magazine N° 2193

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