Metro reste ambitieux

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Le distributeur allemand voit ses bénéfices fondre. Ce qui ne l'empêche pas d'être très offensif en acquisitions et développement hors de ses frontières.

>Courageux, voire téméraire. Malgré des bénéfices en chute libre et des perspectives d'avenir plutôt sombres, Metro continue de croquer ses rivaux en difficulté. Le premier distributeur allemand n'affiche pas un bilan financier reluisant. Au troisième trimestre, son bénéfice net a perdu près de 31 %, à 81,5 millions d'euros. Si un repli était attendu par les analystes, il a été plus net que prévu. Cette mauvaise nouvelle n'a pas vraiment été compensée par la hausse de 4 % de son bénéfice d'exploitation, pour un chiffre d'affaires de 14,13 milliards d'euros (+ 6 %).

Un signal d'alarme ?

Metro ne parvient toujours pas à résoudre ses problèmes sur son marché intérieur. Sa chaîne de supermarchés Real a une nouvelle fois creusé sa perte d'exploitation au troisième trimestre, en accusant un trou de 42 millions d'euros. Les grands magasins Galeria Kaufhof restent aussi dans le rouge. La fin de l'année devrait, certes, être plus rose. L'augmentation de 3 points de la TVA - un record depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale -, qui va passer à 19 % le 1er janvier prochain, devrait en effet encourager les consommateurs à effectuer leurs gros achats avant la fin de l'année. Mais cette « bulle » devrait « être suivie par une chute [des ventes] au premier trimestre 2007 », prévoit Joerg Kraemer, l'économiste en chef de la Commerzbank, qui considère que les résultats de Metro représentent un « signal d'alarme » pour toute la distribution. Un avis partagé par les dirigeants du numéro 3 mondial. « Les Allemands sont sceptiques [car] ils savent que les hausses fiscales et les réformes du système de santé vont leur coûter cher », regrette Hans-Joachim Körber, le patron du groupe.

Inquiets, les consommateurs commencent déjà à limiter leurs dépenses. Le chiffre d'affaires des commerçants de détail en Allemagne a ainsi reculé de 1,7 % en septembre. Sur un an, les ventes ont baissé de 1,2 %, selon l'Office fédéral des statistiques, Destatis. Face à un tel repli, la stratégie logique d'un distributeur serait de réduire la voilure. Mais Metro a choisi une politique inverse.

En juillet, le groupe n'a ainsi pas hésité à racheter à l'américain Wal-Mart les 85 hypers qu'il détenait en République fédérale. Courageux, lorsque l'on connaît l'état pitoyable de plusieurs unités reprises. Avec cette acquisition, le géant aux 250 000 salariés souhaite dégager « des effets de synergie conséquents, surtout dans les achats, la logistique et l'administration », souligne un communiqué officiel. « Nous renforçons notre force de frappe en consolidant notamment notre présence au sud-ouest et au nord de l'Allemagne », se félicite Hans-Joachim Körber. « Ils vont avoir du pain sur la planche pour redresser ces points de vente, explique un analyste. Real n'est pas au mieux. Je ne vois pas comment lui ajouter des magasins mal fréquentés va relancer ses ventes. » Metro semble penser que son salut viendra de sa taille critique qu'il veut toujours plus imposante. En Pologne, il a ainsi racheté cet été, pour 224 millions d'euros, les 19 hypers Géant et les 7 autres projets de Casino. Cette acquisition est toutefois plus logique.

Les activités à l'étranger de Metro représentent en effet déjà 57,4 % de son chiffre d'affaires. Au troisième trimestre, ses revenus à l'international ont augmenté de 12 %. C'est surtout à l'est de ses frontières que le groupe parvient à toucher le pactole. « La Russie et la Roumanie sont les deux marchés les plus porteurs de la société, explique un spécialiste. Forts de ce succès, les dirigeants de Real et des magasins de cash & carry souhaitent se développer en province. Des inaugurations sont prévues jusqu'en Sibérie... » L'Ukraine et la Chine sont les deux prochains pays dans lesquels Metro veut mieux s'implanter afin de compenser la morosité de son marché intérieur. Quand rien ne va plus à la maison, un bon voyage résout souvent bien des problèmes...

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Article extrait
du magazine N° 1975

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