Michel-Edouard Leclerc et Serge Papin s'opposent sur le prix par radio interposée

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Petite devinette… Benoit Hamon, Serge Papin et Michel-Edouard Leclerc sont à la radio. Les deux premiers, sur France Inter, conviennent des limites du « prix bas à tous prix ». Que croyez-vous que dise le troisième, sur Europe 1 ? L’inverse, évidemment.

Les prix bas ? Une affaire de business model plus que de capacité de négo selon Michel-Edouard Leclerc
Les prix bas ? Une affaire de business model plus que de capacité de négo selon Michel-Edouard Leclerc

Jolie passe d’armes à analyser, cela dit, sur les suites de la loi Hamon. Lequel Benoit Hamon, ministre délégué à la consommation, explique, au micro de France Inter que «l’on est arrivé aux limites de l’alimentaire low cost, tellement les prix ont été tirés par le bas.»

Ce à quoi Serge Papin, Pdg de Système U, quoiqu’en désaccords sur bons nombres de points avec le ministre, lui reconnaît la justesse de son analyse : «Avec le prix à tout prix, on est en train de sacrifier le secteur agricole français, le secteur agroalimentaire, au motif de vouloir toujours baisser les prix.»

Papin milite pour le juste prix

Oh ! non, bien sûr, que le Pdg de Système U abandonne toute velléités de se battre sur les prix dans ses magasins, évidemment, mais alors seulement « au juste prix », celui qui convienne à chacun. «Je lance une alerte, ajoute encore Serge Papin. Il y a des destructions d’emplois dans ce secteur-là (agricole et agroalimentaire, Ndlr).»

Un schéma de pensée qui, visiblement, n’est pas celui de Michel-Edouard Leclerc. A la question de savoir si lui, le chantre des prix bas, se sent responsable des difficultés actuelles de l’industrie agroalimentaire en Bretagne, sa réponse est sans ambiguïté : "C’est du n'importe quoi, assène-t-il. Les entreprises qui licencient en Bretagne vendaient du poulet surgelé aux pays arabes, elles ont vécu sur un système de subvention ! Avec la fin de la PAC qui était programmée depuis 2005, l'Etat a refermé les robinets et ce modèle économique ponctionneur de fiscalité s'arrête avec les drames sociaux que l'on connait mais ils ne vendaient pas sur le marché intérieur, ça n'a rien à voir avec nous».

"Vendre moins cher, c'est d'abord une volonté" dit MEL

Oui, mais, rétorque en substance Thomas Sotto, journaliste animateur de la tranche matinale d’Europe 1, «les fournisseurs qui travaillent avec vous disent que, quand on travaille avec Leclerc, c’est marche ou crève, on marche à vos tarifs ou on n’est pas dans vos magasins?»

« Tout le monde reconnait que les Centres Leclerc sont à peu près de 12 à 20% moins chers que Casino et Monoprix qui sont dans la même centrale d'achat, rétorque plus loin Michel-Edouard Leclerc. Pensez-vous que j'achète 12 à 20% moins cher que la troisième centrale d'achat française ? C'est n'importe quoi ! (…) Le fait de vendre moins cher un produit, c'est d'abord une volonté, (c’est-à-dire) prendre moins de marge. Mon groupe est performant car nos adhérents prennent moins de marge, on anticipe sur les volumes. C'est pourquoi il y a beaucoup de consommateurs chez nous en ce moment, c'est ce qui fait qu'on a un modèle économique qui tient bien et que pourraient copier d'autres distributeurs qui sont trop chers ou des groupements d'industriels que les consommateurs ont délaissé. Il faut ramener les choses à un peu de rationalité. (…) Il faut prendre le point de vue des consommateurs. Il est évident qu'en temps de crise, un industriel n'a pas envie de baisser les prix. C'est vachement dur, en plus, pour lui ! Mais de l'autre côté, (regardez le niveau de) la hausse du Smic, la baisse du pouvoir d'achat en 2013 et 2014... Ce n'est pas en augmentant les prix que l'on va vendre mieux et plus, et que ça va tirer la croissance française. Et je doute que, même si Leclerc augmentait ses prix au niveau de Casino et Monoprix, je doute que les paysans gagnent plus... »

 

 

 

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