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Michel-Edouard Leclerc interviewé par Thierry Cotillard: "Nous tous, indépendants, pouvons être sacrément fiers"

Jérôme Parigi |
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Publié le 06/11/2020

Dernière des quatre parties de l’interview intégrale de Michel-Edouard Leclerc par Thierry Cotillard, président d’Intermarché, de Netto et rédacteur en chef invité de l’édition de LSA du 5 novembre. Le co-président des centres E. Leclerc évoque la scission des Ex-Leclerc devenus les Mousquetaires, ce que ça a impliqué pour le garçon de 16 ans qu’il était à l’époque, et nous livre sa vision de l’organisation et de la gouvernance d’un groupement de commerçants indépendants. Une plongée dans 51 ans d'histoire.

Thierry Cotillard (Intermarché) lors de son interview de Michel Edouard Leclerc pour LSA, le 15 octobre 2020.
Thierry Cotillard (Intermarché) lors de son interview de Michel Edouard Leclerc pour LSA, le 15 octobre 2020.© bruno levy
Les coulisses de l’entretien Rendez-vous est fixé à 9 h 30, le 15 octobre, chez Paulette, une brasserie contemporaine d’Issy-les-Moulineaux (92), à une centaine de mètres de l’un des trois supermarchés de Thierry Cotil­lard, président d’ Intermarché et Netto pour ­encore quelques semaines. Non loin également de l’ancien site que Jean-Pierre Le Roch, le fondateur d’Intermarché et des Mousquetaires, a un temps exploité sous l’enseigne E. Leclerc . Michel-Edouard et Thierry sont donc en terrain connu. Et la tablée a de quoi impressionner : ensemble, les deux hommes « pèsent » un peu plus 80 milliards d’euros de chiffres d’affaires et fédèrent près de 2 500 commerçants indépendants. Quinze jours plus tôt, c’est Thierry Cotillard , rédacteur en chef invité de LSA pour ce ­numéro, qui décide de jouer le jeu jusqu’à se mettre dans la peau d’un journaliste. Il contacte « MEL » pour lui proposer cette interview. Son intention : interroger son fervent concurrent mais aussi, il le reconnaît, l’un des « lions » du secteur pour reprendre l’image du tableau qui trône en arrière-plan, sur le mur de la brasserie. L’entretien dure près de deux heures. Joueur et curieux, Michel-Edouard Leclerc avoue ne pas avoir hésité une seconde à répondre oui. L’ambiance est décontractée, les deux hommes se prêtent au jeu du photographe. La complicité est évidente et l’admiration réciproque entre ces deux patrons que vingt et un ans séparent et qui ont vraiment appris à se connaître lors de la crise du Covid et certaines épreuves dont ils se seraient bien passés, comme la commission d’enquête parlementaire montée fin 2019. L’ Assemblée nationale , la pandémie, les réunions téléphoniques quotidiennes pendant le confinement, les cellules de crise, les messages Whats­App, les points avec Bercy et Bruno Le Maire les ont rapprochés. Tout comme leurs visions communes dès lors qu’il s’agit d’évoquer l’organisation et l’avenir des grands groupements de commerçants indépendants, sujet dans lequel « MEL » a été baigné dès son enfance. Il l’explique dans cette interview, unique, d’un grand patron de la distribution par l’un de ses pairs, concurrents au quotidien et qui plus est tous les deux représentants de deux enseignes séparées par un schisme fondateur en 1969. Quand l’histoire rattrape l’actualité. Ou le contraire. J.P.   Thierry Cotillard : Jean-Pierre Le Roch, le fondateur des Mousquetaires, avait été missionné par ton père Edouard pour s’implanter non loin d’ici, Boulevard Gallieni à Issy-les-Moulineaux, quel souvenir gardes-tu de la scission entre Intermarché et E. Leclerc en 1969 ? Michel-Edouard Leclerc. J’ai un souvenir très précis. J’avais 16 ans à l’époque. Depuis tout petit je baignais dans la marmite et c’était très difficile d’échapper à ces discussions qui se passaient pour beaucoup dans la maison familiale . Les membres des deux futurs camps venaient voir Hélène et Edouard, mes parents. Il y avait beaucoup d'échanges par téléphone, mais beaucoup d'incompréhensions. On sentait le désarroi de pas mal d’adhérents qui pouvaient avoir des convictions différentes mais qui ne voulaient pas trancher entre deux personnalités.   A l’époque, ce qui était en jeu, c’était la concurrence inévitable avec le modèle hyper. A la suite de Carrefour , chaque grande famille du commerce a créé ses Rallye , Record, Continent, Euromarché, etc. Mon impression était que la plupart des futurs leaders d'Intermarché ne se sentaient pas capables de rivaliser avec ce modèle sans une organisation centrale renforcée, des structures dopées que préconisait alors J.P. Le Roch. Mon père était allergique à ce discours. Je n'ai pas l'impression que lui-même avait une vision propre de l'organisation à mettre en place. Mais il était à l'écoute et très proche des adhérents qui exploitaient des grands supermarchés de notre enseigne à l'Ouest (Laval, Angers, Nantes) qui allaient devenir des grandes figures du mouvement Leclerc. Les hommes ont fini par se déchirer. Il y a eu aussi probablement beaucoup de problèmes d'égo à ce moment.  Mais c'était dans la cuisine et la salle à manger de mes parents qu'ont eu lieu les arbitrages du côté Leclerc. TC / Ça t’a marqué ? MEL / Oui d'abord parce que nous n'avions comme amis que des adhérents ou des journalistes qui ne parlaient que de ça. Et puis, j'ai toujours vécu mes vacances dans le magasin familial, dans les pattes des salariés ou des fournisseurs qui venaient négocier à la maison, puisque, mon père, faute d'une organisation régionale, a été pendant longtemps le "grossiste" des Leclerc du Finistère. La chambre de mes sœurs et moi était située sous les réserves du magasin et il arrivait qu'on y stocke de la marchandise. Tous les adhérents de l'époque, ont un jour reçu la fameuse cassette où mon père d'un ton gaullien expliquait qu'entre deux organisations il fallait choisir. Ce sont mes sœurs et moi qui avons procédé à l'enregistrement. C’étaient une innovation à l'époque, on a passé une journée sur le lit de mes parents à appuyer sur les deux touches de chaque magnéto, acheté dans tous les magasins du Finistère. Edouard était impressionnant de convictions. J'étais fier et conquis par son propos, sans trop d'esprit critique … Et cet épisode a beaucoup façonné ma vision du Mouvement. Alors oui, ces discussions m’ont marqué. J'ai vu mes parents pleurer, j'ai connu un père d'abord tendu puis exalté et les partisans de Jean-Pierre meurtris de devoir quitter une enseigne qu’ils aimaient. D'ailleurs, s'en souvient-on ? Ils ont d'abord utilisé l’enseigne « Ex », avant d'opter pour Intermarché. …
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