Marchés

Michel Prugue (CFA) «Il faut agir vite pour des hausses de prix»

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Le président de la Confédération française de l’aviculture, Michel Prugue estime que la filière volaille n’est plus en mesure d’appliquer les prix du début de l’année alors que les cours des matières premières s’envolent et ceux de l'alimentation animale avec. Des discussions vont s’ouvrir avec les abatteurs et les distributeurs.

Michel Prugue

LSA : Vous avez appelé les éleveurs de volaille à sensibiliser les dirigeants de magasins au problème du prix de la volaille. Pour quelle raison ?

Michel Prugue : Le but n’est pas de rechercher l’affrontement, qui n’est que le dernier recours et qui démontrerait que nous n’avons pas été assez bons pour aboutir autrement. Mais il est évident que si les négociations avec les distributeurs ne reprennent pas rapidement, il y aura des réactions car l’envolée des prix de l’alimentation animale n’est pas supportable au prix où les éleveurs revendent la volaille actuellement aux abatteurs et aux distributeurs. A ces niveaux de hausse des cours des céréales, plus personne n’est « couvert », les entreprises d’alimentation animale sont contraintes de revendre au prix du marché « spot, » et il n’y a donc pas d’autres solution que de répercuter les hausses de prix en aval aux entreprises et à la distribution. Je comprends que chacun cherche à gagner du temps, c’est le jeu habituel, mais il y a urgence. Je fais confiance aux entreprises pour renégocier les prix à la hausse, et aux distributeurs pour les accepter. Et elles sont importantes, entre 16 et 20 %.

LSA : Vous admettez vous-même que les hausses de prix, de 11 % l’an dernier, ont été acceptées par la distribution, qui estime qu’il n’y a pas encore lieu de renégocier…

MP : Oui, il y a eu une hausse l’an dernier à la même époque, mais les distributeurs ont demandé la réouverture de négociations en décembre, et ont obtenu une baisse des prix des industriels de 4 % ! Depuis, il n’y a pas eu de renégociation, alors que les cours des céréales flambent, de même que l’alimentation animale. Les industriels et les éleveurs ont mis en place un système d’indexation du prix d’achat de la volaille sur le prix de l’aliment, qui est une sécurité pour l’éleveur et qui lisse les prix d’achat. Mais celui-ci ne peut fonctionner que si les industriels peuvent répercuter ensuite les hausses à la distribution, sauf à accumuler les pertes dans les entreprises. La situation de Doux, qui est contraint de se délester de son pôle frais, le démontre, la filière est en difficulté. Par ailleurs nul ne s’est posé la question de savoir s’il fallait ou pas répercuter la hausse des prix des carburants ! Pourquoi en serait-il différemment pour les matières premières agricoles ? Les cours mondiaux augmentent, les prix augmentent, on ne peut pas jouer longtemps contre les prix de marché, et toute mesure peut-être très coûteuse et sans grand effet. Il faut donc se mettre autour d’une table et résoudre la situation, c'est ce qui devrait se passer dans les jours qui viennent. Et la hausse peut ne pas être totalement répercutée au consommateur, il suffirait que les enseignes n'appliquent pas de ratios de marge sur les hausses à venir, en se limitant aux marges actuelles.

LSA : Les producteurs de céréales ne tirent-ils pas profit de la situation ?

MP : On parle beaucoup du prix des céréales mais le revenu des agriculteurs est aussi basé sur les volumes, et les situations sont très contrastées à ce niveau. Leurs charges augmentent et lorsqu’ils étaient payés 90 euros la tonne, personne ne venait à leur secours. C’est une erreur que de croire que l’on peut éviter de tenir compte des cours mondiaux actuels. Si on  veut agir sur la compétitivité des prix, il faut adopter le modèle économique allemand avec de la méthanisation ou du photovoltaïque dans les élevages pour réduire les coûts. C’est le sens de la création du fond de solidarité que les céréaliers viennent de mettre en place. Mais il s’agit de mesures à moyen ou long terme, et nous avons en attendant à gérer une situation très difficile à court terme, qui est source de tensions.  

LSA : Que pensez-vous de la situation de Doux ?

MP : Je suis très inquiet, on n’aura pas donné toutes les chances à cette entreprise de préserver son activité. On cède les outils industriels, mais que va-t-il advenir des contrats liant les éleveurs à l’entreprise s’il n’y a plus d’outils pour écouler la production ? Que vont devenir les créances des éleveurs ? Ce dossier aura été traité de manière très bizarre et je rejoins assez Xavier Beulin (président de la FNSEA) dans l’idée qu’un tribunal de commerce local n’est pas adapté pour faire face aux enjeux et aux difficultés d’une entreprise de taille nationale et internationale.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

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