Microsoft/Nokia : L'Europe perd son dernier grand fleuron high-tech

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Retour sur une décennie d’échecs et d’abandons dans l’électronique grand public à travers l’exemple ô combien symptomatique de Nokia

Nokia Lumia 625

Dans l’électronique grand public, il faut l’avouer, l’Europe fait office de parent pauvre.L’Amérique a ses mastodontes (Apple, Microsoft, Google plus les géants du web Facebook, Amazon), l’Asie est devenu la manufacture mondiale du gadget électronique (les chinois Lenovo, TCL, Haier, les taïwanais Asus et Acer, les géants japonais Sony, Panasonic, les champions coréens Samsung et LG), l’Europe, depuis la cession de l’activité télé par Philips, n’avait plus que… Nokia. C’est terminé. Avec le rachat pour 7,1 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros) de l’ex-numéro 1 mondial du téléphone mobile par Microsoft, l’Europe est un continent qui ne produira ni ne concevra quasiment rien de sa consommation de produits high-tech.

Les sociétés européennes sont tombées les unes après les autres 

Que ce soit dans l’électronique de loisir avec le français Thomson par exemple (dont l’activité télé appartient depuis quelques années au chinois TCL), l’informatique (Bull ou l’italien Olivetti) ou les télécoms (Sagem, Alcatel en France , Siemens en Allemagne qui abandonné le mobile au début des années 2000 ou encore Ericsson lui aussi reconvertit dans les réseau et le BtoB), les sociétés européennes sont tombées les unes après les autres depuis une quinzaine d’années. Incapacité à se renouveler, à maitriser l’ensemble de la chaine de valeur (le logiciel a pris l’ascendant sur le hardware depuis plusieurs années maintenant sans qu’un géant européen émerge…), à s’adapter à la demande des consommateurs, à anticiper les tendances à venir, à proposer des montées en gammes… Voilà résumés les maux des industriels européens du high-tech.

Nokia alors sur le toit de la planète mobile

Le cas Nokia est en ce point symptomatique. La société finlandaise séculaire, sorte de melting-pot d’activités disparates (papeterie,caoutchouc, câbles, un peu d’électronique aussi) a fait son aggiornamento en 1992 pour se consacrer sur le mobile. Son point fort : des mobiles malins, bien conçus, faciles à utliser et solides. Un symbole : le modèle 3310 sorti en 2000 qui s’est vendu à quelque 126 millions d’exemplaires dans le monde. A ce moment là Nokia est sur le toit de la planète mobile et sa valorisation boursière atteint les 240 milliards d’euros, soit près de 50 fois plus que sa valeur actuelle. La société qui détient alors 40% du marché mondial du mobile représente 4% du PIB de la Finlande et 25 de ses exportations.

Samsung passe en tête

Premier caillou dans la chaussure du Finlandais : Samsung. Le coréen débarque en Europe et grignote des parts de marché. Son truc à lui ce n’est pas le robuste mais le design. « Du beau dans la high-tech, ce n’est pas ce que les gens veulent », persifflent alors les responsables de Nokia que nous interrogeons. Et pourtant, en France, Samsung grimpe les marches et finit par dépasser Nokia en terme de parts de marché. « C’est conjoncturel, c’est parce que Samsung a sorti ses nouveaux modèles avant nous », rassurent les responsables de Nokia France. On est alors en 2007 et les premiers écrans tactiles font leur apparition. Pas chez Nokia où on juge la technologie comme étant une niche. Quand l’iPhone sort en 2008, le Finlandais est bien obligé d’y venir, mais sur la pointe des pieds, avec un seul modèle… deux ans plus tard. C’est Apple qui aura la « peau » du finlandais. Avec l’iPhone, c’est le smartphone qui devient le modèle dominant dans le mobile (en France en 2012 plus d’un mobile vendu sur deux était un smartphone). Nokia en propose bien dans sa gamme mais ils font pale figure avec leur système vieillissant (l’OS Symbian) auquel le groupe s’accroche alors que iOS imité par Android impose le business model des applis. Seule solution pour l’Européen, appeler à la rescousse… un américain. Alors que des rumeurs de rachats se font jour, Microsoft et Nokia concluent un accord de partenariat en 2011. Le premier fournira au second son OS Windows Phone au second. Le mariage de la carpe et du lapin, se moquent certains (il faut dire que Microsoft n’a jamais réussi dans le mobile). Un mariage qui a mis du temps à fonctionner mais qui commençait à donner des petits depuis quelques mois. En Europe notamment où le lancement des derniers modèles Nokia les Lumia 920 ou 520 ont permis au constructeur de sortir la tête de l’eau. Et à Microsoft d’atteindre en France une part de marché inespéré dans le mobile puisque Kantar créditait l’OS de 11% de part de marché en juillet contre 3,6% un an plus tôt. De qui espérer même taquiner Apple et ses 17% sur la même période. Avec le rachat c’est évidemment l’objectif affiché par Microsoft. Peut-être l’américain y parviendra-t-il. Ce n’est plus une affaire d’européen en tout cas.

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