Mieux vaut prévenir qu’être absent

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Entre 4 et 5% des effectifs, tel est le taux d’absentéisme dansle commerce. Celui-ci ne varie pas notablement d’une année sur l’autre, même si les initiatives des enseignes se multiplient pour améliorer les conditions de travail, levier le plus efficace pour lutter contre ce problème.

C’est bien connu, les absents ont toujours tort. En l’absence donc de salariés pour témoigner qui d’un retard dans les transports, qui d’un enfant malade, qui d’une baisse de motivation, il reste les patrons et les études pour évoquer un sujet qui coûte à tout le monde : l’absentéisme. L’absentéisme des « vrais absents », et non des présents, cela étant un autre sujet ! Un sujet d’actualité, puisque c’est au mois de février que l’absentéisme dans les entreprises est le plus élevé…

Depuis trois ans, la grande distribution n’a pas vraiment réussi à inverser la tendance, ni à devenir un bon élève du « présentéisme » et rejoindre des secteurs, comme le BTP (2,81%) ou l’industrie (3,77%), qui affichent les taux les plus bas.

Les chiffres du baromètre réalisé chaque année par Alma Consulting, auprès de 323 entreprises du secteur privé, représentant 315 801 salariés, l’attestent. Avec une proportion d’absents de 4,26% en 2012, soit 15,6 jours d’absence par an pour les salariés concernés, le commerce ne fait cependant pas partie des plus mauvais élèves. Les services arrivent en tête, avec un taux d’absentéisme de 5,46%, suivis de la santé (5,37%). Mais tous sont logés à la même enseigne en 2012 : 48% des entreprises enregistrent une hausse de l’absentéisme, et seulement 35% une baisse.

 

Plus fort dans les villes

Vingt ans d’expérience en poche, quatre enseignes à son actif, situées à la ville et à la campagne, ont permis à Daniel Sberna, patron de deux Carrefour Market à Nice (06), de se forger une idée très précise de la question. « Tout dépend du directeur de magasin et du management. Dans les grandes villes, il y a moins d’attachement et plus d’absentéisme. Chez les moins de 30 ans, aussi : on ne va pas à l’école, ce n’est pas grave ; on ne va pas bosser, ce n’est pas grave ! »

Et de poursuivre : « Mais dès qu’une personne a un emploi à responsabilité, l’absentéisme chute. » La preuve par les chiffres : le taux d’absentéisme est deux fois plus élevé chez les employés (3,80%) que chez les cadres (1,76%).

Daniel Sberna pointe aussi les conséquences du temps partiel : « Un employé de libre-service cantonné à remplir les rayons, qui travaille vingt ou vingt-cinq heures par semaine, et qui a besoin d’un second travail, va s’absenter plus facilement. » Ce patron sous la bannière de Carrefour Market fait bien la différence entre ses deux magasins niçois. « Dans celui où j’ai le plus d’employés à temps partiel, le taux d’absentéisme atteint le double de mon autre magasin. »

Sur le terrain, l’absentéisme peut se révéler un vrai casse-tête pour n’importe quel responsable de magasin. « S’il manque une personne en caisse un matin, cela rejaillit sur l’ensemble de l’équipe, poursuit Daniel Sberna. Et si c’est à un rayon coupe, la personne n’est pas forcément remplaçable. On ne peut pas prévoir qu’une personne sera absente. Et la rentabilité des magasins est tellement serrée que l’on ne peut pas embaucher de la main-d’œuvre supplémentaire au cas où… »

Motiver les gens et leur donner l’envie de venir, c’est l’une des seules manières de limiter l’absentéisme, qui représente un coût non négligeable pour l’entreprise. Dans le secteur du commerce, 1% d’absentéisme équivaut à 0,1% de la masse salariale, selon le baromètre de référence Alma Consulting en la matière. Soit un peu moins que dans les autres secteurs (0,3%), cette différence s’expliquant par la faiblesse de la masse salariale dans la grande distribution.

Chez Kiabi, le taux est inférieur à la moyenne du commerce : 4,2% dans les magasins et 1,8% au siège. Pour Christine Jutard, la directrice des ressources humaines du groupe d’habillement, pas de doute, il faut travailler sur la prévention des risques, et notamment sur les accidents du travail, qui expliquent encore à hauteur de 15% les absences, selon Alma Consulting. « Lorsque l’entreprise va bien économiquement, c’est plus rassurant, et il y a moins d’absentéisme. Depuis trois ans, nous faisons beaucoup de formations et d’animations sur les postures à adopter, le port des charges lourdes, la nécessité d’avoir des chaussures de sécurité… », affirme Christine Jutard.

Depuis deux ans, nous constatons une baisse de l’absentéisme chez Carrefour grâce aux solutions de prévention que nous avons mises en place sur les conditions de travail et la santé. C’est en améliorant de manière constante ces actions que nous pouvons motiver et fidéliser nos salariés.

Pascal Monin, Directeur des Ressources Humaines des hypermarchés Carrefour

L’importance de l’environnement de travail

Car, selon les DRH interrogés, les conditions de travail restent, après l’état de santé, la deuxième raison de l’absence d’un salarié. « Une absence se justifie toujours par plusieurs raisons, précise Yannick Jarlaud, directeur du département santé, sécurité et environnement de travail chez Alma Consulting. Mais la dégradation des conditions de travail touche particulièrement la grande distribution. » Pour 52% des DRH du commerce sondés par Alma Consulting, l’environnement de travail est à l’origine de l’absentéisme.

Veiller à une bonne sécurité pour limiter les accidents du travail, voilà du concret. Carrefour, en signant un accord en juillet 2012 sur les conditions de travail et la santé au travail et en se dotant d’une direction idoine, s’inscrit dans cette démarche. « Depuis deux ans, nous constatons une diminution de l’absentéisme, assure Pascal Monin, directeur des ressources humaines des hypermarchés Carrefour. C’est parce que nous avons mis en place un certain nombre d’actions préventives pour améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs, comme l’accord santé au travail ou encore le référentiel santé et sécurité au travail, que notre taux d’absentéisme régresse. »

Et de distinguer deux types d’absentéisme, celui lié à la démotivation, ponctuel, et celui dû aux conditions de travail, plus massif. D’où la complexité du sujet et la difficulté à lutter contre. Il est bien connu que les plus forts taux d’absentéisme concernent d’abord les caisses, là même où le turnover atteint des sommets. Carrefour essaie d’y pallier en mettant en place des horaires en îlots. Le système paraît simple : chacun choisit ses horaires sur un planning et ce dernier est fait en fonction des possibilités. La « polyvalence », le fameux système qui permet aux hôtesses de caisse de changer de tâche dans la journée, vise également à motiver les troupes et, de fait, à améliorer le présentéisme.

Prévenir l’absentéisme, ça se travaille au quotidien. Tout ce qui touche à la santé et au bien-être du salarié est important pour motiver les salariés. Les managers jouent un rôle important dans cet ensemble. Depuis trois ans, nous faisons beaucoup de formations et d’animations sur les postures à adopter, le port des charges lourdes, la nécessité d’avoir des chaussures de sécurité…

Christine Jutard Directrice des Ressources Humaines de Kiabi

La carotte plus efficace que le bâton

Au final, ce sont bien les solutions préventives qui se révèlent les plus efficaces, et non les mesures répressives. « Les contre-visites médicales orchestrées par les directions sont contre-productives, explique Yannick Jarlaud. Il vaut mieux mettre en place un processus d’action face aux absences, comme un premier entretien avec le n+1, puis avec le n+2 s’il y a une deuxième absence… » Certaines enseignes optent pour « la carotte », une « prime de présence » octroyée aux plus assidus. Un principe testé notamment dans le passé par Carrefour et critiqué par les syndicats, mais qui, selon les directeurs de magasin, a le mérite d’être efficace, en ces temps difficiles.

La dégradation des conditions de travail et de la conjoncture économique favorise l’absentéisme dans les entreprises. Ces dernières doivent toujours réagir par une politique préventive, et non répressive.

Yannick Jarlaud directeur de la santé chez alma consulting

L’impact des « nouvelles maladies » et de l’âge

Les syndicats, eux, veillent surtout à ce que l’absentéisme ne dépasse pas un certain niveau. « On ne peut pas ne pas y être attentif, indique Bruno Delaye, délégué central de la CFTC chez Auchan. Car cela peut avoir des effets sur les négociations concernant le statut social des salariés. » Chez Auchan, en effet, trois jours de carence sont pris en charge lors d’une absence, soit plus que la moyenne (deux jours). S’il y avait une explosion de l’absentéisme, ce « régime de faveur » pourrait être remis en cause. Au-delà de cette problématique, la CFTC guette aussi les plus ou moins nouvelles maladies professionnelles, comme les troubles musculo-squelettiques (TMS), qui peuvent avoir un impact sur l’absentéisme. Tout comme le vieillissement des populations salariées. Plus l’âge augmente, et plus les risques d’absence sont élevés. Ainsi, selon les mesures d’Alma Consulting, le taux d’absentéisme dépasse les 7%, 7,58% exactement, pour les personnes de 51 ans et plus… soit deux fois plus que pour les moins de 30 ans (3,85%). L’absentéisme a également son revers : le présentéisme. Plutôt que de se faire porter pâle, des salariés sont « là », mais démotivés et passent leur temps sur les réseaux sociaux… Un autre « fléau » qui, cette fois, touche davantage les cadres que les employés. 

Magali Picard

les bonnes méthodes

  • Mettre en place des « horaires en îlots » offrant plus de souplesse aux salariés, qui remplissentun planning à l’avance.
  • Privilégier la montée en compétence, la formation et la « polyvalence », pour donner la possibilitéde changer de poste.
  • Travailler sur la préventiondes risques et accidentsdu travail, notamment dans les entrepôtsgrâce à une formation.
  • Instaurer un entretien avec le supérieur hiérarchiqueau retour du salariéqui a été absent longtemps.

Un nombre d’absences assez stable

Taux d’absentéisme en 2012 Source : Alma consulting

 

Le taux d’absentéisme, qui n’évolue pas beaucoup, est deux fois plus important chez les employés (3,64%) et les ouvriers (3,80%) que chez les cadres (1,76%).

La maladie, premier motif des salariés

Répartition de l’absentéisme, en%, en fonction des motifs d’absence dans le secteur du commerce en 2012 Source : Alma Consulting

Les maladies arrivent largement comme première raison d’absence des salariés, à hauteur de 82%, suivies par les accidents du travail. Les trajets n’arrivent qu’en troisième position.

Les conditions de travail, 2e raison d’absence selon les drh

Facteurs d’absence des salariés du commerce, en%, selon les DRH du secteur Source : Alma Consulting

Les DRH sondés par Alma Consulting sont conscients que dans leur secteur, celui du commerce, plus de la moitié de l’absentéisme (52 %) est due aux conditions de travail. Une proportion de dix points supérieure à l’opinion des DRH tous secteurs confondus (41 %). Et 62 % l’attribuent à l’état de santé de leurs salariés, contre 59 % dans le reste du secteur.

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Article extrait
du magazine N° 2307

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