Marchés

Mobilisation générale contre le gaspillage alimentaire

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Partie d’initiatives isolées, la lutte contre le gaspillage alimentaire s’est structurée à vitesse grand V chez les distributeurs. Cette cause gagne aujourd’hui en visibilité, comme le montre l’annonce de Carrefour à la Cop 21, et devient un enjeu tant stratégique que marketing.

Zéro- Gâchis

Parmi les grands enjeux de la Cop 21, Carrefour est intervenu sur un thème devenu très médiatique : la lutte contre le gaspillage alimentaire. Le groupe s’est associé aux plus gros distributeurs mondiaux réunis lors du Consumer Goods Forum, qui, tous, se sont engagés à réduire leur gaspillage alimentaire de 50% d’ici à 2025. En parallèle, Carrefour a officiellement lancé une marque ombrelle pour l’ensemble de ses produits déclassés, baptisée « Tous AntiGaspi », créée en partenariat avec le collectif des Gueules cassées. « Quand le deuxième distributeur mondial prend position et s’engage dans cette lutte, c’est une annonce importante », assure Nicolas Chabanne, fondateur du collectif. Une annonce qui atteste de la montée en puissance de « l’antigaspi », qui devient une arme stratégique et marketing, en plus d’être une offre économique alléchante pour les clients.

Une bonne dose de marketing

D’autres initiatives, souvent isolées, ont été mises en place très tôt chez les indépendants. « Quand nous arrivons dans un nouveau point de vente pour proposer notre solution Zéro-Gâchis, on constate que des dispositifs sont déjà, en place, en général pour valoriser les produits en fin de vie. Mais la gestion n’est pas toujours optimale, et certaines mesures s’avèrent inefficaces », raconte Christophe Menez, directeur général et associé de Zéro-Gâchis . Il propose, depuis 2012, d’offrir un repère pour ces denrées en les regroupant dans un endroit unique et en diminuant le prix de 30% au minimum. Les quelque 100 magasins qui assurent ce service bénéficient d’une imprimante spéciale pour générer les codes-barres spécifiques avec le nouveau prix affiché.

Un prix barré attractif, auquel Intermarché a ajouté une bonne dose de marketing. L’enseigne des Mousquetaires a fait gagner aux fruits et légumes cabossés leurs lettres de noblesse grâce à un marketing orchestré autour des produits moches. Une « valorisation de la différence » qui révèle, selon la psychologue et directrice de DRC Conseil, Danielle Rapoport, « la volonté de la part des consommateurs de vivre différemment ». L’achat responsable prend ici tout son sens. Quelques jours après la sortie des fruits et légumes moches en France, en 2014, Nicolas Chabanne propose à son tour une offre similaire avec des produits étiquetés Gueules cassées. Auchan, Leclerc, Cora, tous s’emparent de cette mode… qui devient aujourd’hui une tendance de fond.

Enfin, après ces initiatives, l’Assemblée nationale a voté, en mai 2015, l’obligation pour les grandes surfaces de donner les invendus alimentaires, donc de s’organiser. La mobilisation contre le gaspillage alimentaire est devenue une lutte globale des distributeurs en France. Mieux, elle dépasse aujourd’hui les frontières de l’Hexagone.

Opérations ponctuelles

Des couteaux Gueules cassées ont ainsi été écoulés en Allemagne, et le fonds d’investissement GEM va permettre au collectif de Nicolas Chabanne d’être soutenu pour développer son initiative dans 70 pays, dont les États-Unis. Carrefour, qui réfléchit pour sa part à dupliquer sa marque Tous AntiGaspi en Italie, a déjà mis en place depuis un an dans ses cash & carry brésiliens la vente de produits « sans forme » une matinée par semaine. « Les solutions avec les fournisseurs doivent être durables. En revanche, nous ne voulons pas systématiser ces produits en magasins, car nous devons inciter nos fournisseurs à proposer des produits valorisés », assure Bertrand Swiderski, directeur de la RSE chez Carrefour. Quitte même à accepter la rupture en rayon. Un moyen de rappeler que ces opérations contre le gaspillage alimentaire restent ponctuelles, et ne remettent pas en cause les critères visuels et les cahiers des charges exigés au départ par… la grande distribution.

Carrefour attaque de fron

Pilier de sa politique RSE, le premier distributeur français prend des engagements importants dans le domaine du gaspillage alimentaire. Dernier en date, le groupe vient de signer un partenariat avec les Gueules cassées et propose à ses fournisseurs de travailler ensemble afin de valoriser la totalité de leur production.

Les produits « Tous AntiGaspi »,du nom de la nouvelle MDD de Carrefour, seront disponibles en rayons très prochainement.

Les indépendants, pionniers dans la lutte

De façon isolée, de nombreuses initiatives contre le gaspillage sont développées. La société brestoise Zéro-Gâchis propose des corners et autres outils pour valoriser environ 85% des denrées qui auraient été jetées. Ce repère existe chez les indépendants (E.Leclerc, U, Intermarché) et maintenant chez quelques intégrés, comme l’enseigne Match. En parallèle, les distributeurs organisent d’autres actions, à l’instar de Leclerc avec sa soupe Bon et Bien mitonnée à partir de produits invendus.

 

Intermarché, le porte-voix médiatique

Tout est parti d’un point de vente à Provins (77), où des fruits et légumes biscornus ont été vendus le temps d’un week-end au mois de mars 2014, avec 30% de rabais par rapport aux produits standards. Pour soutenir cette action, l’agence de communication Marcel s’empare d’une opération similaire menée au Royaume-Uni et lance toute une campagne sur les produits « moches ». L’expression plaît aux médias et au public, le marketing de la lutte antigaspi prend son envol. Depuis, les produits moches ne se cantonnent plus au seul rayon des fruits et légumes : les Mousquetaires viennent de commercialiser des biscuits moches.

Monoprix cible les urbains

Le distributeur du groupe Casino multiplie les initiatives en milieu urbain, son territoire de prédilection. Pour sensibiliser ses clients au gaspillage alimentaire, Monoprix organise, pendant la journée contre le gaspillage alimentaire, une tournée parisienne avec son cook truck. Objectif : cuisiner de bons petits plats avec des produits déclassés. De façon plus structurée, le groupe s’est aussi appuyé sur les Gueules cassées afin de créer une marque dédiée à ces denrées, dénommée Quoi ma gueule.

« La distribution est en train de créer un repère durable. Grâce au fonds GEM, Les Gueules cassées sont sur le point de s’exporter aux États-Unis et dans près de 70 pays. »

Nicolas Chabanne, fondateur des Gueules cassées

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