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Mode féminine : Le baroud d'honneur du baroque

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Avant un retour à un nouveau minimalisme, les bureaux de style prédisent une mode luxuriante inspirée du nomadisme pour les prochaines collections d'hiver.

L'hiver 2006-2007 signe la fin de la customisation et du mouvement vintage lancé depuis deux saisons, qui mélange les décennies du XXe siècle. Il termine en splendeur dans le luxuriant et le baroque entre Byzance, le Tibet et l'Europe de l'Est. Avec des références mêlant la reine Victoria et Marie-Antoinette, le Guépard de Visconti ou Oliver Twist de Dickens. Pour le cabinet de style Nelly Rodi, les collections cultivent l'obsession pour l'historique et le rétro.

Le thème Péché capiteux privilégie un look dandy sous le règne de Napoléon III, une extravagance ornementale façon Jacques Garcia, décorateur de l'hôtel Coste et du Fouquet's à Paris, avec des passementeries, des fanfreluches... À côté de la redingote, l'hiver 2006-2007 signe le retour du boléro, des gilets croisés, des chemises à plastron, des minilavallières. Avec toujours une attitude esthétisante, un côté décorum, des velours et des jacquards aux effets très sophistiqués, rongés ou dévorés, des broderies, de la crêpe de soie.

L'élégance austère

Côté couleurs, les harmonies lie-de-vin, bordeaux et autres violet tiennent la vedette. « Le style est chargé, étouffant, la société n'a toujours pas tourné la page, la crise est profonde et on ne trouve pas la solution pour en sortir. Les gens ont un sentiment de perte de contrôle sur l'avenir », commente François Le Louët, directeur général de Nelly Rodi. La poupée en celluloïd du XVIIIe pointe du doigt ce côté tourmenté. « Elle n'est pas gentille, c'est une poupée un peu sorcière, qui en rajoute dans le noir, une femme assumée façon Arielle Dombasle qui va chercher de la perversion dans la poupée », ajoute François Le Louët. Avec des jupes bulle, des petites chauffeuses portées très hautes et des détails de cet univers : bandes de satin, noeuds, rubans au niveau des ceintures, camés en motif. Le retour au XIXe siècle en rajoute sur le côté sombre. Le thème United Workers (Nelly Rodi) revisite la révolution industrielle avec des bleus de travail aux finitions métalliques, des laines fines, et, pour les coloris, des bleus, des verts canard et des tons sur tons avec des minimotifs pied-de-poule.

Cette élégance austère fait écho à la thématique Blue Note (Promostyl), des volumes bulle travaillés avec des blouses amish, des gammes de coloris dans les verts de gris même pour les robes taille Empire, dont le style signe un retour à une nouvelle sobriété.

Le look barbare témoigne des comportements extrêmes d'une société en crise, une culture des pays slaves que l'on voit réapparaître dans la plupart des bureaux de style. Le thème Splendeur (Promostyl) met le cap sur un luxe nomade, avec des fourrures, des manteaux enveloppants type houppelande associés à des bermudas d'hiver prince-de-galles pour une allure voyageuse. À l'inverse, des vestes masculines sans manche contrastent avec des volumes plus amples pour le bas. L'esprit du jupon reste présent, mais plus sophistiqué. Globalement, les broderies et les impressions sont moins omniprésentes, le folklore moins outrancier. Dans le thème Rencontre (Carlin), l'artisanat populaire est associé à des tenues de marin, des vêtements de travail. Les pièces sont plus sévères, plus couvrantes, inspirées de l'univers des pêcheurs baltes, avec beaucoup de noir et de gris.

L'esprit marine est aussi mis en avant. Les cabans refont surface, se sophistiquent avec un double boutonnage. L'uniforme a le vent en poupe, mais féminisé avec des jupes-culotte, des robes uniformes travaillées dans des volumes arrondis, des chemisiers d'hôtesse, des combinaisons de pilote. Carlin détourne les grands espaces dans une influence romantique. Sa thématique Source associe du féminin et du réconfortant : tuniques en mousseline sous des canadiennes aux coloris feuille morte, écorce, lichen, forêt d'érables dans un esprit trappeur.

Plus de formalisme

La vraie nouveauté réside dans le retour vers plus de formalisme. Ma vie chorégraphiée, de Martine Leherpeur Conseil (MLC), en montre les prémices, trait d'union entre opulence et minimalisme, avec des découpes militaires temporisant une silhouette à l'aspect bohème en accumulations et l'extravagance des imprimés, des brocarts. « C'est une rencontre entre la peintre polonaise Tamara de Lempicka et le cinéaste Emir Kusturica », s'amuse Delphine Follorou, directrice de collection chez MLC. L'opposition se retrouve dans les couleurs : les roux sont mélangés à des couleurs plus fraîches et des neutres plus chic, comme des gris ou des verts de gris. Pour Thomas Zylberman, styliste de Carlin, « on arrive au bout des flous déstructurés, on a fait le tour de cette mode cotonnière, molle et chiffonnée ». Il y a un retour à des formes plus structurées, plus graphiques, avec des volumes et des constructions plus surprenantes dans les coupes des vêtements. Fascination, de Carlin, fait référence à l'esprit couture et signe une élégance formelle très construite. « On aura bientôt oublié cette histoire d'exubérance ornementale pour un esprit d'architecture à la Frank Gehry », promet Lysiane de Royère, directrice de la communication de Promostyl.

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