Monoprix bute sur le travail de nuit

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Les syndicats ne lâchent pas la pression. En s'opposant à l'accord sur le travail après 21 heures signé par trois autres syndicats, la CGT oblige Monoprix à fermer le soir 94 de ses magasins. L'enseigne réaménage les emplois du temps, mais n'évoque pas de plan social.

«Le travail de nuit ? Une épée de Damoclès. Nos magasins sont ouverts jusqu'à 22 heures. Si nous devons fermer, c'est du chiffre

Les adeptes

  • Les magasins ouverts après 21 heures répondent aux nouveaux modes de vie des urbains et au positionnement propre de certaines enseignes, comme Monoprix.
  • Le travail le soir est effectué par des volontaires qui y voient leur intérêt : doublement du salaire et repos compensateur.
  • L'ouverture des magasins le soir génère du chiffre d'affaires supplémentaire (jusqu'à 20%) et de l'emploi.

d'affaires et du travail en moins. » Cécile Cloarec, DRH de Monoprix, ne croyait pas si bien dire il y a quelques mois, dans un entretien qu'elle nous avait accordé. Le 1er octobre, la direction signalait devoir fermer après 21 heures un petit tiers (94) de ses 300 magasins, surtout des magasins franciliens et situés dans les grandes villes de province. Ne sont pas concernés les Monop' et les Daily Monop', franchisés, et qui ne relèvent pas de la même convention.

Contrairement à Sephora ou à Apple, ce n'est pas à la suite d'un jugement que Monoprix a pris cette décision, mais à cause de l'échec d'un accord sur le sujet, la CGT, majoritaire dans l'entreprise avec 52% des voix, ayant exercé son droit d'opposition. Aujourd'hui, la direction ne commente pas. D'ici à quelques semaines, tous les magasins seront fermés après 21 heures et « les emplois du temps réaménagés », selon un porte-parole. Pas question toutefois de toucher aux 1 500 emplois concernés.

En trois manches

Petit retour en arrière : en avril, la cour d'appel de Versailles invalide l'accord sur le travail de nuit qui remonte à 2006, à la suite de l'attaque

Les détracteurs

  • Le travail nocturne nuit à la santé des salariés. Selon des études de l'Inserm, il accroîtrait les cancers du sein et de la prostate.
  • Il ne répond pas toujours à une « utilité absolue » ou à un « besoin social », tel que le définit le Code du travail.
  • Il ne crée pas forcément de chiffre d'affaires supplémentaire, un glissement progressif s'opérant vers les autres jours, selon les syndicats.

devant la justice de la CGT et de FO. Monoprix a quatre mois pour s'entendre avec les syndicats. La deuxième manche se joue cet été. « Après trois réunions et l'approbation à 81% par les comités d'hygiène et de sécurité des magasins, nous avions trouvé un accord avec plusieurs avantages pour les salariés : une majoration du salaire de 25% au lieu de 15%, après 21 heures, une prime de 60 € pour les cadres qui ferment les magasins et un encadrement de fermeture pour les magasins de plus de 150 salariés avec un chiffre d'affaires de plus de 40 millions d'euros », précise Patricia Virfolet, déléguée syndicale CFDT (27% de représentativité). Et de s'interroger : « Pourquoi la CGT a-t-elle attendu plusieurs années avant d'attaquer l'accord de 2006 ? »

Troisième épisode, le droit d'opposition du syndicat majoritaire. Ce dernier fait valoir la « nocivité du travail de nuit » et « la désorganisation de la vie familiale », particulièrement pour les femmes, qui sont, selon le syndicat, 75% à travailler aprèsde 21 heures.

Au-delà de cette guéguerre syndicale se pose une fois de plus la question du travail de nuit. Le magasin Sephora des Champs-Élysées, également interdit d'ouverture par la cour d'appel de Paris le 23 septembre, devait connaître son sort le 9 octobre, les salariés et la direction ayant demandé un « sursis à exécution » devant la même cour d'appel. Tous attendent que le gouvernement s'empare du sujet comme sur le travail dominical.

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Article extrait
du magazine N° 2291

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