Monoprix, nouvel atout maître de Casino en France

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En prenant le contrôle, l'année prochaine, de la totalité de Monoprix, Casino va franchir le seuil des 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France. Qui plus est en étant présent sur la totalité des formats. Groupe 100% multicanal et multiformat, Casino dispose donc de belles cartes en main pour réussir.

monoprix nouveau logo

Semaine faste pour Casino. Après la prise de contrôle exclusive du leader brésilien GPA, le 22 juin, le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri a finalisé, six jours plus tard, le rachat de Monoprix auprès de son partenaire Galeries Lafayette. D'ici au 30 octobre 2013, pour 1,175 milliard d'euros, auxquels s'ajouteront 58 millions d'euros de dividendes liés à l'exercice 2011, Casino rachètera en effet les 50% de la participation du groupe Galeries Lafayette, et sera ensuite seul maître à bord. Avec, en réalité, une question et une seule qui se pose : qu'est-ce que Casino, en consolidant 100% de Monoprix, pourra faire de plus, et de mieux, que sous le modèle précédent à 50/50 ?

 

La perle Monoprix

D'abord, c'est une lapalissade, mais mieux vaut être le patron seul décisionnaire dans une affaire que de s'encombrer de partenaires ne partageant pas toujours ses vues. Au moins, Jean-Charles Naouri s'assure-t-il maintenant une certaine tranquillité. En soi, déjà une bonne chose. D'autant que la machine Monoprix est plutôt du genre bien huilée. Si une enseigne fait figure de pépite, c'est bien elle, avec ses 7,2% de marge opérationnelle. À titre de comparaison, les enseignes du groupe Casino pointent à 3,7%. De quoi permettre, dans les bilans annuels, de gonfler encore un peu plus le torse.

« Une fois l'opération réalisée, Casino n'aura plus à en référer à qui que ce soit pour la stratégie de Monoprix, explique Christian Devismes, analyste distribution de CM-CIC Securities. C'est un signe fort et rassurant pour les marchés. » En clair, Casino sécurise ses positions en France. Il s'alourdit certes de 1,4 milliard d'euros en rachetant la totalité de Monoprix, si on inclut les dettes (388 millions d'euros au total, dont la moitié déjà consolidée par Casino), mais, fidèle à sa réputation, Jean-Charles Naouri a bien préparé le terrain.

Casino dispose en effet de lignes de crédit de près de 3 milliards d'euros. Une jolie manne dans laquelle il peut piocher. Sans compter qu'en réduisant sa participation au capital de son ex-foncière, Mercialys, le groupe a, depuis février, engrangé déjà 500 des quelque 800 à 900 millions d'euros brut qu'il tirera de cette opération. On a vu rachat plus mal ficelé...

« Il faut aussi prendre en compte la valeur des murs de Monoprix pour se rendre compte que Casino ne prend pas beaucoup de risques, ajoute Christian Devismes [1,3 milliard d'euros avant impôt sur plus-value selon la valorisation établie par l'étude de la Société générale, conseil des Galeries, NDLR]. Ce sont des actifs immobiliers de centres-villes, installés dans les meilleures rues. De quoi rassurer n'importe quel banquier ! »

 

Une position dominante... et délicate

Le seul danger guettant « Casino-futur propriétaire de Monoprix » est à regarder du côté de l'Autorité de la concurrence. En début d'année, un de ses avis avait remis en cause la position dominante des enseignes du groupe Casino à Paris, coeur névralgique de Monoprix. À l'en croire, le groupe disposait de 61,7% de part de surfaces de vente, et entre 56 et 64% de part de marché... Des allégations dénoncées par Casino, lequel admettait seulement 33% de part de surfaces et 38,5% de part de marché. Il n'empêche, l'affaire, toujours en cours, sera susceptible de rebondir un jour ou l'autre, obligeant alors peut-être Casino à céder quelques magasins à une concurrence que l'on imagine déjà à l'affût. Cela dit, Stéphane Maquaire, directeur général de Monoprix, se veut rassurant au micro de Fréquence Manager, la radio interne de l'enseigne : « Quand Casino est monté à 50% au capital de Monoprix, l'Autorité a validé la possibilité, pour le groupe, de passer un jour à 100% », explique-t-il.

De même, toujours dans l'optique de tranquilliser ses troupes, le directeur général avance que, « si la présidence va tourner à l'horizon 2013, il n'y a aucune réorganisation à prévoir, ni déménagement de notre siège de Clichy, ni changement de l'équipe dirigeante ». Des promesses qui n'engagent que ceux qui les entendent ? Sans doute même pas. « L'exemple Franprix-Leader Price est là pour prouver que Jean-Charles Naouri prend généralement garde à ne pas dérègler les mécaniques internes des entreprises qu'il acquiert. Il a la hantise de casser les dynamiques qui les animent et cherche au contraire à maintenir les cultures d'entreprise », rappelle Yves Marin, senior manager chez Kurt Salmon. D'aucuns pourront objecter qu'il ne va d'ailleurs pas assez vite pour faire jouer les synergies. Après tout, commercialement, Franprix-Leader Price se cherche toujours : le taux de marge, qui était de 6,9% en 2007, s'est brutalement dégradé en 2010 (4,1%) et 2011 (3,7%). La conjoncture économique, il est vrai, a bien changé elle aussi, et Franprix-Leader Price a surtout évolué comme les autres.

 

« Sortir du seul prisme de l'hyper »

Il n'y a guère, en effet, que Monoprix, justement, qui ait su maintenir une rentabilité élevée. En la faisant tomber dans son escarcelle, Casino peut se satisfaire d'un bon coup. D'autant que cela en fait le seul groupe à être 100% multicanal et multiformat. À la fois présent sur le Net, avec Cdiscount, et en « dur », avec ses hypers Géant, ses supers Casino, son pôle discount Franprix-Leader Price, ses magasins de proximité Monoprix et même ses magasins bio Naturalia. « De quoi voir venir les évolutions des tendances de consommation, pointe Yves Marin. C'est une force importante pour Casino, cela renforce sa capacité à sortir du seul prisme de l'hyper, en difficulté. » En clair, Casino peut se permettre de faire jouer les vases communicants : mes hypers vont mal ? Qu'à cela ne tienne, Cdiscount et la proximité sont en forme. Malin.

Surtout si Casino sait faire jouer les passerelles entre ces formats. Le groupe pointe ainsi, en plus des 37 millions d'euros de synergies annuelles déjà réalisées aujourd'hui via l'utilisation par Monoprix de la centrale d'achats de Casino, quelques nouveaux éléments à mettre en place : « L'optimisation des achats de MDD et de marques nationales, surtout en produits bio et beauté, l'amélioration de l'offre textile dans le réseau Casino, en s'appuyant sur le savoir-faire et les innovations de Monoprix, et, bien sûr, des synergies en termes d'intégration des systèmes d'information et de rationalisation des plates-formes logistiques. » Sans compter l'arrivée rapide des points retraits Cdiscount dans le réseau Monoprix. Une manière, encore, de tisser un peu plus la toile Casino.

CASINO L'AS DU MULTIFORMAT

  • 20,7 Mrds € Le CA de Casino en France en consolidant 100% de Monoprix en 2011
  • 4,1 Mrds € Le CA de Monoprix, 2,1% de PDM, CAM au 10 juin 2012
  • 5,6 Mrds € Le CA de Géant en 2011, 2,8% de PDM
  • 3,6 Mrds € Le CA de Casino Supermarchés, 2,1% de PDM
  • 4,4 Mrds € Le CA de Franprix-Leader Price, 4,4% de PDM
  • 1,5 Mrd € Le CA des supérettes
  • 1,2 Mrd € Le CA de Cdiscount

Sources : LSA, Monoprix

LA NOUVELLE DONNE DE CASINO

  • Casino change de cap et entre dans la cour des grands

Avec la prise de contrôle de GPA au Brésil, Casino dépasse la barre des 50 Mrds € de CA (sans doute 53 Mrds € à la fin de l'année). En consolidant désormais 100% de Monoprix, c'est le seuil des 20 Mrds € de ventes réalisées en France que le groupe va dépasser.

  • Un financement bien ficelé

Entre ses lignes de crédit disponibles et son récent désengagement partiel de sa foncière Mercialys, Casino dispose d'un joli trésor de guerre pour mener à bien l'opération de rachat de Monoprix.

  • Un acteur bel et bien 100% multiformat et multicanal

La future acquisition de Monoprix fera de Casino un acteur majeur présent sur tous les formats, de l'hyper, avec Géant, jusqu'à l'e-commerce avec CDiscount, en passant par les supers, le discount, la proximité et même les magasins bio, avec Naturalia. Avec des positions fortes partout, sauf peut-être en hyper.

  • Des synergies à développer

Les opportunités sont nombreuses : Monoprix devrait très vite s'ouvrir au point retrait pour les colis de CDiscount, de même que, à l'inverse, l'expertise et le savoir-faire de Monoprix en matière de beauté, de bio et de textile, devrait pouvoir bénéficier aux enseignes Casino. Bien que, sur ce point, les tests d'implantation du concept textile Monoprix en hyper n'ont guère été concluants.

LES GALERIES LAFAYETTE À L'OFFENSIVE

  • Philippe Houzé, président du groupe Galeries Lafayette, n'a pas attendu la fin de la vente de sa participation dans Monoprix pour imaginer quoi faire avec le fruit de cette transaction. « Nous avons une vision, une ambition, celle de devenir multispécialiste, multicanal et international », explique l'enseigne. Déjà lancé, le programme d'ouvertures de magasins à l'étranger va sans doute être accéléré. Après l'inauguration de Jakarta, en Indonésie, au printemps prochain, une ouverture à Pékin est prévue en septembre 2013. La franchise, qui a été retenue comme mode de développement à Jakarta, pourrait perdre du terrain face aux investissements directs aux côtés d'un partenaire, comme en Chine. Si aucun pays n'est évoqué, on devine le potentiel des Galeries dans les différentes capitales des grands pays émergents. L'autre chantier prioritaire consiste à compenser sa faible présence dans la vente en ligne. L'enseigne mise notamment sur sa nouvelle plate-forme e-commerce, lancée en juin. « Nous voulons que l'expérience Galeries Lafayette puisse être vécue quel que soit l'endroit où l'on se trouve. Nous devions pour cela mettre galerieslafayette.com aux standards les plus élevés », a déclaré Paul Delaoutre, directeur général de l'enseigne. Pour atteindre un objectif de 10% des ventes réalisés en ligne d'ici à deux ans, des acquisitions sont à l'étude. « Nous regardons et certaines pourraient sortir rapidement », explique la porte-parole du groupe. Dans quelques mois, quelques semaines, peut-être même avant la trêve estivale. La rénovation du parc, déjà lancée, pourra se poursuivre à travers le chantier majeur du magasin Haussmann. Sur 66 000 m², 56 000 m² vont être modifiés et 37 000 refaits à neuf. Sans parler des rénovations en province en cours (Nice, Marseille) ou à venir (Metz, Lyon). Enfin, les Galeries pourraient renforcer leur portefeuille de marques propres dans le prêt-à-porter, la parfumerie, l'horlogerie et les bijoux.

J.-B. D.

LES PRIORITÉS

  • International Après Jakarta et Pékin, le groupe souhaite accroître son parc à l'étranger.
  • E-commerce Des acquisitions sont attendues dans ce domaine. Les Galeries ont besoin de renforcer leur chiffre d'affaires au plus vite.
  • Rénovation Les travaux des sites de Nice et Marseille se poursuivront jusqu'en 2014, sans oublier le chantier de Paris Haussmann.
  • Conquête Après le rachat des montres Louis Pion, d'autres acquisitions sont prévues.

LES GRANDES DATES DE LA PRISE DE POUVOIR

  • 1997 Casino entre à 21,4% du capital de Monoprix pour aider le groupe à racheter Prisunic
  • 2000 Casino monte à 50%, à part égale avec le groupe Galeries Lafayette
  • 2009 Le partenariat est reconduit pour trois ans
  • 2012 Possibilité de faire jouer pour l'une, une option d'achat, pour l'autre, une option de vente de Monoprix. Les Galeries veulent d'abord vendre à 1,95 Mrd €, tandis que Casino propose de racheter les 50% à 700 M€. Une seconde proposition des Galeries transige à 1,3 Mrd €

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Article extrait
du magazine N° 2236

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