« Mr.Bricolage doit encore grandir »

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINEJean-François Boucher, PDG de Mr.Bricolage

Jean-François Boucher, président de Mr.Bricolage
+ 6,2 % L'évolution en 2009 du chiffre d'affaires consolidé du groupe, toutes activités confondues, à périmètre courant, intégrant Les Briconautes sur le dernier trimestre, + 4,9 % hors Les Briconautes. Source : Mr.Bricolage - 0,6 % L'évolution du chiffre d'affaires du réseau en France à surfaces comparables (hors Briconautes), - 0,2 % à surfaces courantes, à 1,7 Mrd E.Source : Mr.Bricolage - 2,4 % L'évolution du marché du bricolage en France en 2009 à surfaces comparables. Source : Banque de France
Sur le marché des GSB, qui pèse 16 Mrds E, malgré l'acquisition du réseau Le Club, Mr.Bricolage reste un modeste concurrent face aux deux géants succursalistes.
Pour célébrer ses 30 ans, trois catalogues « anniversaire » vont se succéder. De même que la campagne radio qui a déjà démarré, et celle à venir dans la presse, l'enseigne utilise comme signature : « Mr.Bricolage, on peut compter sur lui ».
1989 À 19 ans, Jean-François Boucher rejoint l'entreprise créée par ses parents, qui ont inauguré leur premier magasin en 1976. Il ouvre en même temps un centre-auto Feu vert. 2000 Il se recentre sur le bricolage et cède son centre-auto. Jean-François Boucher détient actuellement quatre magasins Mr.Bricolage. 2007 Il devient président du groupe Mr.Bricolage SA, tout en conservant la gestion de son entreprise, et annonce l'objectif d'en faire le numéro 3 du marché. 2009 Mr.Bricolage fait l'acquisition du groupement Le Club. 2010 Avec le recrutement de François Gazuit comme directeur général délégué, Jean-François Boucher achève de renouveler le conseil d'administration du groupe.
Acquisition du réseau Le Club le 1er octobre (validée par l'Autorité de la concurrence le 20 janvier 2010). Mr.Bricolage devient le 3e groupe de bricolage en France et le premier réseau de proximité. 11 reprises d'unités sous enseigne Mr.Bricolage. 5 acquisitions de magasins Les Briconautes. Amélioration des performances des magasins intégrés : + 1,4 % à surfaces comparables.
Une nouvelle puissance d'achat : 800 ME de potentiel pour la centrale Mr.Bricolage et la centrale Le Club, qui fait plus que compenser les départs du réseau (95 M E de chiffre d'affaires TTC perdus avec la démission du groupe Martin et des fermetures). 7 magasins Weldom passent sous enseigne Les Briconautes. 30 Catena prennent l'enseigne Mr.Bricolage. 15 agrandissements-transferts Mr.Bricolage 3 ouvertures à l'international : Serbie, Albanie, Maroc. Opération « 30 ans Mr. Bricolage » et nouvelle carte de fidélité.

Alors que le marché du bricolage est toujours en berne, à - 4,1 % en valeur sur les deux premiers mois de 2010, selon la Banque de France, le PDG de Mr.Bricolage semble confiant. Les résultats de son groupe sont, en effet, supérieurs à ceux du marché. À l'occasion de la publication de son bilan financier 2009 et de la célébration des 30 ans de l'enseigne, LSA l'a rencontré pour faire le point sur la réorganisation de ce groupement d'indépendants et sur ses projets. 2009 a été marquée par l'acquisition du réseau Le Club et de ses enseignes Les Briconautes et Les Jardinautes, propulsant Mr.Bricolage au rang de troisième distributeur français du secteur et premier réseau de proximité. Après une année d'accélération de la croissance, 2010 s'annonce comme celle de la consolidation interne : intégration des nouveaux adhérents, optimisation de la nouvelle équipe managériale et réorganisation de la centrale d'achats, poursuite de la structuration du réseau de magasins et de la redynamisation des intégrés. De quoi concentrer ses forces pour se redonner les moyens, à terme, d'une nouvelle croissance externe.

 

LSA - Comment avez-vous préparé l'intégration des adhérents du groupement Le Club ?

Jean-François Boucher - Nous avons d'abord rencontré les adhérents lors d'un colloque, c'était l'occasion de répondre à toutes leurs interrogations. Ensuite, nous avons organisé cinq réunions en régions pour leur expliquer en plus petits comités quels sont les avantages d'entrer dans le groupe. Ils voulaient surtout savoir ce que cela leur apporterait en termes de rentabilité, et s'inquiétaient des modifications éventuelles de leur contrat. Nous les avons rassurés, ils ont compris que notre intérêt est de maintenir les mêmes conditions pour conserver dans le groupe le maximum d'adhérents.

 

LSA - Que leur proposez-vous ?

J.-F. B. - Ils disposent de trois options : soit ils adoptent l'enseigne Mr.Bricolage et bénéficient pleinement de sa notoriété et de ses services en contrepartie d'obligations ; soit ils gardent l'enseigne Les Briconautes ou Les Jardinautes et profitent de services à la carte pour un coût plus modéré ; enfin, ceux qui privilégient leur indépendance peuvent être affiliés, sans enseigne, tout en disposant des conditions d'achat d'un groupe.

 

LSA - Au moment du rachat, se posait la question de possibles défections parmi les adhérents Le Club. Qu'en est-il ?

J.-F. B. - Aucun contrat n'est encore arrivé à échéance, mais je peux vous dire qu'à ce jour pas un adhérent ne nous a fait part de sa volonté de démissionner, alors que le préavis est de quatre mois. Au contraire, certains nous ont demandé s'il était possible d'allonger la durée du contrat de un an jusqu'à cinq ans. Cela ne nous pose, bien sûr, aucun problème [sourire, NDLR]. Je vais peut-être vous paraître présomptueux, mais je pense sincèrement qu'il n'y aura pas de démission, tout simplement parce que ce ne serait pas rationnel pour nos adhérents de partir ailleurs. Notre projet est réellement pertinent, il leur apporte une puissance d'achat mais aussi des opportunités pour s'agrandir en reprenant d'autres magasins avec le choix de plusieurs enseignes et, à l'inverse, de revendre leur commerce.

 

LSA - Cela n'a pas empêché le groupe Martin - un gros adhérent Mr.Bricolage comptant dix magasins et 76 millions d'euros de chiffre d'affaires - de quitter votre groupe...

J.-F. B. - C'est vrai, mais je suis intimement convaincu que, si l'acquisition du réseau Le Club était survenue quelques mois plus tôt, ils ne nous auraient pas quittés. À l'époque, le groupe Martin n'avait pas toutes les données. Je pense que les magasins seraient devenus des Briconautes plutôt que des Weldom, mais ils savent qu'ils peuvent revenir chez nous quand ils le veulent. Et je vous annonce que, le 1er mars, sept magasins Weldom ont choisi l'enseigne Les Briconautes !

 

LSA - La restructuration de votre management et de votre centrale d'approvisionnement est-elle la conséquence du rachat ?

J.-F. B. - En partie, oui, mais elle découle aussi de notre volonté d'accélérer notre développement. C'est pour cela que nous avons fusionné les activités achats et commerce au sein de la centrale, mais aussi redynamisé les commissions produits. Nous voulions que les adhérents y soient plus impliqués, et c'est le cas : cent soixante d'entre eux ont participé à cette réactivation et depuis septembre, les nouveaux assortiments arrivent progressivement dans les magasins. En un an, 50 % de notre offre auront été retravaillés, et la totalité en juin 2011. Par ailleurs, François Gazuit a été nommé directeur général délégué, Guy Beghin, directeur exécutif, Bernard Zwiebel a pris la direction commerciale et nous nous sommes adjoint un spécialiste de la communication, Frédéric Boucher.

 

LSA - Vos chiffres montrent, enfin, une amélioration de la rentabilité des magasins intégrés Mr.Bricolage. Quels sont les résultats des intégrés Les Briconautes ?

J.-F. B. - Il n'y a que cinq magasins en propre sous enseigne Les Briconautes ; je pense qu'ils contribueront à la croissance dès 2010. En ce qui concerne Mr.Bricolage, nos magasins intégrés ont « surperformé » par rapport au marché avec une progression de 1,4 % de leur chiffre d'affaires à surfaces comparables. Leurs résultats s'expliquent par les remodelages de magasins, mais aussi par la dynamique promotionnelle que nous avons mise en place, notamment des opérations « coup de poing », et à l'amélioration des services et des conseils proposés dans les magasins. De plus, nous avons augmenté de 38 % nos approvisionnements sur les entrepôts intégrés. Et dans les prochaines semaines, l'ensemble du réseau va profiter des manifestations organisées pour les 30 ans de l'enseigne, ainsi que du lancement de notre nouvelle carte de fidélité qui va nous permettre de monter des opérations de marketing direct mieux ciblées. Cela nous rendra plus réactifs aux besoins de nos clients.

 

LSA - Dans le cadre de la clarification des stratégies de vos enseignes, vous avez entamé une grande refonte de vos magasins de proximité Catena. Où en êtes-vous ?

J.-F. B. - Sur les 106 points de vente Catena, nous avons déterminé que les magasins de moins de 500 m² prendront le statut d'affilié, et que soixante-quatre devaient basculer sous l'enseigne Mr.Bricolage. C'est déjà le cas pour huit d'entre eux. La conversion du réseau continue, mais elle prend du temps, car notre objectif n'est pas seulement de changer les couleurs de l'enseigne. Nous voulons leur donner les moyens de développer leur commerce avec des assortiments optimisés. Ceux qui ont déjà changé d'enseigne sans pour autant s'agrandir ont enregistré de meilleures performances que le marché avec des croissances qui vont jusqu'à deux chiffres.

LSA - Jusqu'à présent, votre politique de marques propres n'a pas été très offensive. L'arrivée des nouvelles enseignes dans le groupe vous incite-t-elle à la retravailler ?

J.-F. B. - Nous devons, en effet, améliorer les résultats de notre marque propre qui ne fait que 12 % de nos ventes en volume, alors que nous voulons atteindre les 20 %. Nous projetons de créer cette année des marques ombrelles que les clients retrouveront dans les différentes enseignes. Cela augmentera les marges des adhérents.

 

LSA - Vos résultats à l'international sont décevants, avec une chute de 8,8 % de votre chiffre d'affaires, et même de 18,6 % en Europe de l'Est. Cela remet-il en cause votre modèle économique à l'étranger ?

J.-F. B. - Nous nous sommes fixé un objectif de chiffre d'affaires de 330 millions d'euros à l'international à la fin de 2011. Il sera probablement difficile de l'atteindre. Dans certains pays, la crise économique est encore plus sévère qu'en France, et la chute de fréquentation des magasins se conjugue à une concurrence extrêmement forte. Des groupes allemands comme Praktiker sont très présents en Europe de l'Est. Le problème est qu'avec nous ils sont face à un groupe français qui se développe sur un marché mature, donc à faible croissance, alors que les distributeurs de l'Est se développaient, avant la crise, à des taux bien supérieurs. Ils ont du mal à gérer le ralentissement économique et le fait que leurs ventes tournent au ralenti. Pour le moment, nous faisons le dos rond, car nous pensons que ces marchés vont se redresser.

 

LSA - En France, le marché du bricolage n'a pas non plus été épargné...

J-F.B - Il faut dire que, en plus de la crise, le marché a dû faire face à la mise en oeuvre de la loi de modernisation de l'économie (LME) et à ses conséquences sur la réduction des délais de paiement. De ce fait, les commerçants ont réduit leurs stocks et leurs achats, ce qui a entraîné des ruptures dans les magasins. En Belgique, où la crise économique sévit tout autant mais où la LME n'existe pas, le marché a continué de progresser en 2009. En France, les ventes au cours des deux premiers mois de cette année ont encore reculé, en raison de mauvaises conditions météorologiques, mais aussi d'un effet calendaire négatif en janvier. Mais nous comptons sur un calendrier plus favorable en mars.

 

LSA - Mr.Bricolage est désormais le troisième groupe du secteur en France. Êtes-vous un patron « repu » ?

J.-F. B. - Nous avons aujourd'hui une taille suffisante pour rivaliser avec Leroy Merlin et Castorama, mais il nous faut encore grandir pour être pérennes et nous imposer comme une véritable alternative aux grands groupes concurrents. Une taille extrêmement confortable serait de dépasser les 20 % de part de marché ; au-delà des 15 %, ce serait déjà sérieux. Après l'accélération de notre développement, nous devons, en 2010, nous concentrer sur notre croissance interne mais, à moyen terme, nous songerons à de nouvelles opportunités. Je pense que le bricolage de proximité est encore trop fragmenté, il existe une petite dizaine d'enseignes qui continuent de se déchirer sur le même marché pendant que deux leaders se partagent la majorité des grandes surfaces spécialisées. Mr.Bricolage doit rester le référent du commerce indépendant et de proximité en France, mais ce serait une bonne chose qu'il y en ait un second. Le marché a besoin d'un autre opérateur structuré et structurant.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2129

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA