Mr. Bricolage et Bricorama, deux groupes à la peine

|

RÉSULTATS - Les deux groupes d'indépendants côtés en Bourse ont publié des résultats en berne la semaine dernière. Ni la conjoncture générale ni la météo n'ont été favorables. La fin d'année risque d'être à l'avenant.

Difficile de supporter des restructurations génératrices de dépenses alors que le marché du bricolage trébuche. Les chutes de 11,7 % du résultat opérationnel de Mr. Bricolage au premier semestre 2008 et de 5,9 % pour Bricorama n'ont guère rassuré les analystes financiers. De même, les ventes ont reculé de 1,1 % en valeur ; pis, celles de mars ont dégringolé de 7,4 %.

« Il n'est pas surprenant que les magasins de Mr. Bricolage et de Bricorama ont vu leur rentabilité baisser. À la conjoncture économique médiocre s'est ajoutée une météo qui n'a pas été propice aux dépenses de jardinage et de travaux d'extérieur. D'ailleurs, les deux groupes ont un discours moins agressif qu'il y a quelques mois sur leurs objectifs de fin d'année », note Boris Bourdet, analyste chez Natixis Securities. Est-ce à dire que les indépendants ne sont pas assez solides pour survivre face aux grandes succursalistes ? Ce serait trop aller vite en besogne. Même s'il est vrai que les mastodontes Kingfisher (Castorama, Brico Dépôt) et le gorupe Adeo (Leroy Merlin, Bricoman, Domaxel), qui raflent 68 % du marché des grandes surfaces spécialisées, disposent de moyens autrement colossaux que les indépendants. « Le résultat global de Mr. Bricolage est décevant, mais son chiffre d'affaires par enseigne résiste bien, constate un analyste financier. Il sous-performe à cause du poids de l'activité jardin [NDLR, 15 % du chiffre d'affaires] qui n'a pas été bonne ce semestre. » Même constat pour Bricorama, qui réalise 13 % en moyenne de son activité avec l'équipement de jardin et plus en pleine saison.

Plusieurs chantiers

Ce n'est pas faute de multiplier les initiatives, mais le retour sur investissement tarde. Il y a un an, Bricorama a lancé un programme pour rationaliser l'assortiment sur trente-six mois. Las, il faudra encore trois ans pour en venir à bout... « La restructuration porte ses fruits, notre assortiment est passé de 180 000 références à 117 000, et nous voulons descendre à 75 000, argumente Erik Haegeman, directeur général délégué du groupe. Nous avons aussi analysé nos méthodes de travail pour rendre nos vendeurs plus disponibles. À terme, il faut qu'ils puissent doubler le temps passé avec les clients. »

Chez Mr. Bricolage, sur les 225 magasins qui adopteront le concept de décoration Coeur de la Maison, 128 sont remodelés. Selon le groupe, ce réaménagement aurait déjà produit une croissance de 17 % du chiffre d'affaires au mètre carré de 2004 à 2007, contre + 1,8 % seulement pour les points de vente qui n'en ont pas encore bénéficié. Les mesures ont donc bien été mises en oeuvre pour rendre ces réseaux plus profitables. En attendant, Mr. Bricolage est confronté à des difficultés récurrentes concernant ses magasins intégrés. Au premier semestre, le résultat opérationnel (hors plus- ou moins-value de cessions et opérations à caractère exceptionnel) des 75 points de vente en propre a chuté à - 5,3 millions d'euros. Le chiffre d'affaires a décru, lui, de 1,3 % à magasins comparables.

Un marché peu porteur

Si le talon d'Achille du quatrième acteur du bricolage est son réseau de magasins intégrés, celui de Bricorama est son enseigne de discount Batkor. « Nous avons fermé plusieurs magasins Batkor, il nous en reste cinq qui seront rentables en 2008. Notre concept n'est pas assez fort pour générer suffisamment de chiffre d'affaires au m2 avec des magasins discount de 4 000 à 5 000 m2 », admet Erik Haegeman. Après avoir supprimé ou changé cinq Batkor d'enseigne cette année, le groupe est, pour l'heure, dans le statu quo, les décisions ne seront prises qu'en 2009, voire 2010.

Bricorama n'est plus heureux à l'étranger. Alors que les ouvertures et remodelages se poursuivent au Benelux (+3,6 % de chiffre d'affaires), ses résultats sont très décevants en Espagne, où le groupe se heurte notamment à la crise immobilière. Au deuxième trimestre, les ventes ont dévissé de 9 %. Présent dans neuf pays, Mr. Bricolage obtient des résultats plus probants : en un an, son chiffre d'affaire à l'international a progressé de 9,3 % à magasins comparables. Trois ouvertures - en Bulgarie, Serbie et en Roumanie - sont reportées à 2009.

Si l'on considère que la meilleure façon de conserver son indépendance est encore d'être profitable, Mr. Bricolage et Bricorama doivent rapidement rassurer les analystes et ce, sur un marché dont on n'attend pas une forte croissance d'ici à la fin d'année, tant s'en faut.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2056

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous