Mr. Bricolage rachète Le Club

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En faisant l'acquisition du groupe Le Club, le groupement modifie la configuration du bricolage en France. Il devient le troisième réseau d'indépendants et la première chaîne de proximité.

L'ensemble Mr. Bricolage Le Club devient le numéro trois français des grandes surfaces de bricolage, derrière Castorama et Leroy Merlin, et le premier groupement du secteur, avec un chiffre d'affaires de détail de 2,2 milliards d'euros en 2008, devant Bricomarché (2,12 Mrds E). Groupe Mr. Bricolage CA de détail de 1,89 Mrd E 422 magasins Mr. Bricolage (11 d'entre eux quitteront le groupe le 31 décembre 2009), dont 84 magasins en propre ; 104 Catena franchisés. Le Club CA de détail de 365 M E 155 magasins Les Briconautes (dont 16 intégrés) et 23 Les Jardinautes. 200 affiliés Le Club, avec ou sans enseigne Surface de vente totale des deux entités 1,6 million de m2 La centrale d'achats Le Club (qui réalise un chiffre d'affaires de 20 M E), également acquise, s'ajoute à la centrale Services aux Réseaux de Mr. Bricolage SA.
La puissance d'achat de Mr. Bricolage atteint 850 millions d'euros sur le papier : le groupement renforce son pouvoir de négociation sur les fournisseurs. Un atout sur un marché très tendu.Le poids du groupe renforce son attractivité auprès des indépendants.
Comment les 200 affiliés Le Club, qui exploitent majoritairement des magasins à leur propre enseigne et habitués à gérer leurs achats en toute indépendance, accueilleront-ils leur inféodation à un groupe coté en Bourse, gérant à la fois des succursales et des franchises ? À l'inverse, le groupe Mr. Bricolage saura-t-il intégrer ces magasins, notamment les 16 succursales, alors qu'il commence à peine à redresser la situation de ses propres magasins intégrés ?

Face au gigantisme des groupes Kingfisher (Castorama, Brico Dépôt) et Adeo (Leroy Merlin, Bricoman), les indépendants du bricolage se regroupent pour former une armée capable de mieux résister aux agressions de la concurrence. Alors que l'on a longtemps supputé un rapprochement entre Bricorama et Mr. Bricolage, ce dernier s'offre le réseau jusqu'à présent fédéré par Le Club, soit 178 magasins aux enseignes Les Briconautes et les Jardinautes. La Haute Autorité de la Concurrence doit encore valider l'opération, ce qui rend difficile d'évaluer, à ce stade, d'éventuels doublons entre les enseignes du nouvel ensemble.

Une part de marché de 12 %

Ce qui est certain est que, à son réseau national et international - 50 points de vente à l'étranger -, Mr. Bricolage ajoute un maillage assez solide de l'Aquitaine (14 % des adhérents Le Club), ainsi que des régions Midi-Pyrénées, Bretagne, Limousin, Pays de la Loire et Rhône-Alpes. Il est certain aussi que, grâce à cette transaction qui a coûté 40 millions d'euros à Mr. Bricolage, la part du marché du groupe atteint plus de 12 % dans le bricolage, dépassant Bricomarché (Les Mousquetaires). Cela le laisse loin encore derrière Kingfisher - qui frise les 35 % - et Adeo - à près de 30 %.

Mais le groupe avait fait de cette troisième place son objectif pour 2011. En devançant « l'appel », il a gagné la confiance des financiers : dès les heures qui ont suivi l'annonce, le titre Mr. Bricolage a fait des sauts de cabri à la Bourse de Paris. « Toujours à l'écoute d'opportunités en ligne avec notre stratégie, nous avons saisi l'occasion de racheter le groupe Briconautes, ce qui nous permet d'atteindre plus tôt le troisième rang du bricolage avec 2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires réalisés par réseaux », se réjouit Jean-François Boucher, président de Mr. Bricolage. Avantage non moins intéressant, il prend le leadership du commerce de proximité. Bien sûr, l'opération va nécessiter des ajustements pour éviter des cannibalisations possibles entre magasins. Et ce alors que Mr. Bricolage poursuit la clarification de son parc (magasins de centre-ville, moyennes surfaces, grandes surfaces, implantations plus ou moins rurales...) tout en intégrant certains Catena de petite taille sous son enseigne principale.

Cultures d'indépendants

Pour autant, il va falloir prévenir une éventuelle hémorragie des adhérents. En effet, outre les magasins Les Briconautes et Les Jardinautes, Le Club compte 200 affiliés sans enseigne (sur un total de 378 magasins). Ceux-ci, habitués à faire des achats en toute indépendance, pourraient refuser d'abandonner leurs prérogatives. « Le risque est réel, admet Jean-François. Nous ferons tout pour convaincre les adhérents de l'intérêt de rester adossés à un groupe doté d'une puissance d'achats bien supérieure à celle du Club tout en conservant leur indépendance. Notre force est la proximité de nos cultures d'entreprise basées depuis l'origine sur un réseau d'indépendants. » Pour intégrer le nouveau réseau, Mr. Bricolage va pouvoir utiliser l'expérience acquise en 2002, lors de l'absorption du groupe Tabur.

Une belle opération, et quelques inconnues

Par ailleurs, l'achat du Club tombe à point nommé pour faire oublier plusieurs défections récentes d'adhérents Mr. Bricolage. Le plus important d'entre eux, le groupe Martin, réalise un chiffre d'affaires de 78 millions d'euros avec 11 magasins dans le sud-est de la France. Lesquels sont partis chez Weldom. « Ces magasins n'ont pas déserté, ils ont démissionné. Leur départ s'explique par une problématique propre à ce groupe faisant suite à la succession du père aux 3 enfants », tient à préciser Jean-François Boucher.

Une autre interrogation concerne les 16 magasins intégrés du groupe Le Club qui font partie de la corbeille de la mariée. Ils ne seraient pas tous bien situés ni très rentables : leur résultat net s'élèverait à 150 000 E à peine (sur un total de 2,5 millions d'euros pour la totalité du groupe), selon un professionnel ayant eu accès au dossier. Leur mise à niveau pourrait s'avérer coûteuse, d'autant qu'ils s'ajoutent aux 84 magasins détenus en propre par Mr. Bricolage, lesquels constituent depuis longtemps son talon d'Achille. Ce réseau paraît cependant remonter la pente depuis le début 2009, avec une hausse des ventes de 1,2 % au cours du premier semestre, alors que le marché reculait de 3,1 %.

Malgré ces inconnues, on ne peut nier que l'acquisition soit une opération positive. « Cette transaction va un peu alourdir le bilan du groupe, mais cela ne m'inquiète pas particulièrement, précise Boris Bourdet, analyste chez Natixis Securities. Cela permet surtout à Mr. Bricolage de se placer dans le trio de tête de la distribution plus tôt que prévu et de consolider son pouvoir de négociation. De plus, en devenant numéro un du bricolage de proximité, il s'inscrit comme une alternative intéressante à Leroy Merlin et Castorama avec lesquels il ne sera pas en concurrence frontale. » Avant de séduire les nouveaux adhérents, Mr. Bricolage semble déjà avoir rassuré la Bourse. « Nous finançons ces acquisitions par la cession de Seguin, un entrepôt dédié aux tiers, à BricoDeal pour environ 5 millions d'euros, par des cessions immobilières à Icade, pour 10 millions, et par de l'endettement. Nos partenaires bancaires nous suivent dans cette opération », se félicite le président du nouveau groupe.

Un avenir incertain pour les petites structures

Avec cette opération, Mr. Bricolage va prouver, ou non, la pérennité des indépendants face aux colosses du bricolage. C'est le paysage de tout un secteur qui est en jeu dans un marché qui en a fini avec des décennies de croissance tous azimuts.

Selon les prévisions du cabinet Precepta, l'année pourrait s'achever sur un recul de 1,5 % du chiffre d'affaires, tous circuits confondus, et sur une stabilité dans les grandes surfaces de bricolage mieux équipées que leurs concurrents face à la crise économique et à la mise en place de la réduction des délais de paiement qui fragilise les trésoreries. À l'inverse, il jette un voile sur l'avenir de groupes comme Bricorama, qui, avec une part de marché de quelque 3 %, fait figure de dernier des Mohicans, ou Cofaq (enseigne Brico Pro), ancien allié du Club, contraint de faire cavalier seul.

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Article extrait
du magazine N° 2106

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