Muji voit rouge

Pour la première fois depuis sa création en 1989, Muji a perdu de l'argent. L'enseigne japonaise a affiché pour le premier semestre 2001, une perte d'exploitation de 50 millions d'euros. La tranche d'âge des 25-30 ans, coeur de cible privilégié, avec ses 11,8 millions de consommateurs potentiels, semble avoir pris ses distances avec la célèbre enseigne « sans marque », qui fut l'un des fleurons de la distribution nipponne de la fin des années 1990. Conséquence de cette relative désaffection : la chaîne Muji s'est retrouvée cette année avec un inventaire trois fois plus important en volume qu'il y a trois ans. Handicapé par des stocks d'une valeur de 100 millions d'euros, le distributeur japonais s'est donc mis à casser ses prix d'environ 25 %, notamment pour l'habillement qui compte pour un tiers de son chiffre d'affaires. Ce bradage a eu pour résultat de réduire sa marge commerciale, et ce, d'autant que les clients n'ont pas réagi positivement à la vue de produits datant de la saison précédente. N'ayant jusqu'à présent jamais voulu entrer dans la cour des discounters, Muji et son nouveau président, Tadamitsu Matsui, arrivé au début de l'année, se trouvent pourtant aujourd'hui acculés à faire du prix l'un des arguments commerciaux. Le Denim pour femmes a ainsi été fixé cet automne à 22,5 euros, un tarif meilleur marché que chez son concurrent Uniqlo, champion du « casual wear » à petits prix. Adoptant une politique déflationniste, Muji cherche également à baisser ses coûts en amont. La gamme dans l'habillement est passée de 1 100 à 700 articles, et le nombre de fournisseurs a été réduit de deux-tiers. La stratégie d'ouverture de magasins de 3 000 à 4 000 m2 en banlieue, adoptée par la précédente équipe, ne semble pas pour l'instant infléchie, alors que les résultats se font toujours attendre.

Après l'inauguration d'un premier point de vente près de Yokohama à l'automne 2000, et qui paraît incapable d'atteindre son objectif de vente de 20 millions d'euros, deux nouveaux magasins s'apprêtent à être ouverts à Tokyo et à Osaka. Alors que Muji s'était implanté en Europe, tous ces signes d'affaiblissement sur son marché domestique semblent annoncer une remise en question progressive de la politique de développement de ces dernières années. Son magasin français de Val d'Europe a tiré le rideau et d'autres fermetures européennes pourraient suivre.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 0071

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Nos formations