Mutualiser pour doper la R & D

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Entre recherche de la qualité et mise sous contrôle des risques sanitaires, les axes de développement ne manquent pas pour l'industrie agroalimentaire. Qui cherche aujourd'hui à unir ses forces.

Le constat n'est pas vraiment propre à l'industrie agroalimentaire. Mais il y est particulièrement d'actualité. Menacés par la concurrence des pays moins développés, les producteurs européens et américains se doivent d'innover sans cesse pour conserver une raison d'être. Et donc de fournir des efforts durables et continus en matière de recherche et développement (R & D).

L'Europe encore à la traîne

Hélas, si cette opinion est largement partagée, plusieurs indicateurs prouvent que l'Europe est aujourd'hui à la traîne. Avec moins de 2 % de son PIB investi en R & D (chiffre Eurostat), le continent fait pâle figure face aux États-Unis et au Japon. Et ce notamment dans l'agroalimentaire, souligne dans un récent rapport la Confédération des industries agroalimentaires de l'Union européenne (CIAA). Pour ses spécialistes, les budgets R & D des entreprises européennes du secteur souffrent de la baisse de leur profitabilité. « La plupart des indicateurs en matière d'innovation dans le secteur de l'alimentation et des boissons sont inférieurs au niveau moyen de l'industrie », s'alarment-ils avant d'évoquer « un besoin urgent d'augmenter les investissements en R & D. »

Des investissements qui doivent émaner des grands groupes du secteur, mais aussi, insiste la CIAA, des pouvoirs publics communautaires et nationaux. La Confédération cite ainsi en exemple la « plate-forme de technologie européenne Food for life [NDLR : des aliments pour la vie] », un programme visant à encadrer les partenariats entre industriels ou administrations à l'échelle du continent, qui renvoie d'une certaine manière au projet français des pôles de compétitivité. Projet dans lequel les grandes entreprises françaises semblent s'impliquer volontiers, à l'image du groupe Bonduelle, dont le président, Christophe Bonduelle, est aussi à la barre du pôle Nutrition Santé Longévité implanté dans le Nord-Pas-de-Calais.

Logique dans la mesure où, selon Arnaud L'Ange, le directeur commercial et marketing de la branche marketing du groupe, Bonduelle a placé la nutrition au coeur de ses problématiques R & D « depuis deux ou trois ans ». Partageant ses ressources au sein du pôle de compétitivité, l'entreprise les met d'ailleurs aussi en commun entre ses filiales. « Chaque nouveau projet est mené par un responsable marketing senior et un responsable R & D qui présentent régulièrement l'avancée de leurs travaux au Comité produits, poursuit Arnaud L'Ange. Outre le fait de donner ou non son accord à la poursuite du projet, le Comité a ainsi une vision de tous les travaux en cours, ce qui permet d'optimiser la communication et l'usage des ressources, et le cas échéant de mettre en commun des projets parallèles sur le même thème. ».

Au niveau des PME ou TPE, la mutualisation passe souvent par des interprofessions ou des AOC, qui font ensuite appel à des structures universitaires. François Guion, ingénieur agronome et doctorant à l'École nationale supérieure d'agriculture de Montpellier, a ainsi travaillé pour l'interprofession du roquefort, puis sur la labellisation du kishk, un produit déshydraté à base de lait fermenté dont les producteurs égyptiens aimeraient s'arroger l'AOC, au grand dam de plusieurs autres pays du Moyen-Orient. « Dans tous les cas, explique-t-il, nos travaux sont financés par des structures réunissant éleveurs, cultivateurs et transformateurs. Dans le cas de l'Égypte, un centre de recherche de l'Université du Caire y était aussi associé. »

La santé et la nutrition dans l'air du temps

Des sujets de recherche qui illustrent bien l'évolution des thèmes abordés. Comme le reste de la société, la R & D est traversée par les modes. Elle est également sensible à l'actualité. Chez Bonduelle, Arnaud L'Ange résume ainsi les trois axes majeurs de développement : « La réassurance, la santé-équilibre et la santé active. La grande évolution, poursuit-il, c'est l'intégration de l'aspect nutrition dans le développement des produits. C'est désormais un paramètre pris en compte dès la R & D. »

Quant à Gilles Fayard, directeur du pôle de compétitivité dédié aux fruits et légumes, à Avignon, il dresse une liste de thématiques bien dans l'air du temps : « La nutrition-santé, le goût, le service et la praticité, la sécurité alimentaire et le développement durable. » Le CIAA ne dit pas autre chose lorsqu'il appelle les autorités communautaires à soutenir les recherches « liées à la santé, à la qualité et à la sécurité », et plus généralement « à toutes les procédures visant à générer les produits à haute valeur ajoutée qui répondent mieux aux attentes des consommateurs ».

Pas de doute : les grandes crises alimentaires (vache folle, grippe aviaire...) sont passées par là. « La plupart des projets actuels ont un lien plus ou moins direct avec la notion de qualité, résume François Guion. Nous travaillons beaucoup sur la traçabilité, la notion de cahier des charges qui est ressurgie fortement suite aux crises alimentaires, la question des OGM... Je relierais même les questions de labellisation, d'AOC et de bio à ces préoccupations. Tout cela est lié à un engouement relativement récent pour les produits de qualité, notion qui induit des critères d'appréciation sanitaires et même sociaux. »

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Article extrait
du magazine N° 1969

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