"Name and shame…" [Éditorial]

|

EDITORIAL "Un recours aux 'balances' et à une forme de mur de la honte très mal accueilli."

Emmanuel Macron, le ministre le plus populaire du gouvernement, jeune, libéral, ou en tout cas libéré d’une doctrine trop partisane qui habille encore certains de ses pairs. De gauche quand même. Du moins le dit-il. Emmanuel Macron, donc, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, a suscité des réactions très partagées en ouvrant, le 7 octobre 2015, par une allocution d’une trentaine de minutes le 14e Congrès des Négociations commerciales devant plus de 700 dirigeants de la grande consommation et en présence de nombreux ténors de l’industrie et de la distribution.

Des réactions flatteuses pour LSA d’abord. La seule présence du protégé de François Hollande devenu l’un des hommes clés du gouvernement Valls, malgré – ou à cause de ? – ses sorties trop libérales, installe en effet encore un peu plus cet événement comme le lancement officiel de ce rendez-vous annuel ô combien clé dans la relation industrie-commerce qu’on appelle "les Négos". Au passage, elle marginalise encore un peu plus la place – le strapontin serait-on tenté de dire – qu’occupe "sa" secrétaire d’État au Commerce dès lors qu’il s’agit d’aborder des questions sérieuses. Des questions qui engagent la croissance et l’économie du pays, s’entend.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, a insisté d’entrée Emmanuel Macron. Avec les "quelque 600 000 personnes qui travaillent dans la grande distribution et les près de 500 000 personnes employées dans l’industrie agroalimentaire […], on touche au cœur de notre économie". La salle ne pou­vait qu’apprécier et l’effet aurait pu paraître facile de la part d’un orateur aussi habile sur la forme comme sur le fond. Sauf que rarement un ministre français avait salué d’une façon aussi appuyée le rôle clé d’un secteur "qui représente autant d’intérêt économique, est aussi intensif en termes de Françaises et de Français qui travaillent, et représente également cette économie au quotidien".

C’est toujours ça de pris car, pour le reste, les distributeurs présents, qui semblaient pourtant ­résolus, dans les discours au moins, à sortir par le haut de deux ans de déflation mortifère, ont trouvé la pilule très amère, pour pas dire indigeste. Rappel insistant du nouveau montant dissuasif (5% du chiffre d’affaires total) des amendes prévues en cas de pratiques commerciales restrictives vis-à-vis des fournisseurs ; hommage appuyé au rôle de gendarme de la DGCCRF à laquelle le ministre a demandé de s’inviter désormais aux négociations dès leur ouverture et plus seulement a posteriori ; création "d’une mission indépendante" d’ici à la fin de l’année – la énième – chargée d’accoucher d’un rapport sur les relations commerciales, avant une dernière bombe : la volonté d’institutionnaliser la pratique paraît-il courante chez nos amis anglo-saxons du "name and shame". En d’autres termes, montrer du doigt les mauvais payeurs en les dénonçant sur la place publique.

À ce concept de "juste stigmatisation", selon le ministre, s’est ajouté, quelques minutes plus tard, un appel insistant à la dénonciation des ententes lancé par Bruno Lasserre, président de la Haute Autorité de la Concurrence. Un recours aux "balances", selon les termes de Vincent Mignot, patron d’Auchan France, et à une forme de mur de la honte qui est très, très mal passé. Notamment chez Michel-Édouard Leclerc particulièrement remonté contre ce pays où un ministre de l’Économie vient dire avant la Négo : "Attention, je vous ai au bout du fusil"… Voilà une première qui risque de laisser des traces. 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2383

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA