Naouri prend les commandes de Casino

Surprise ! L'actionnaire de contrôle de Casino vient de débarquer son directeur général nommé il y a tout juste deux ans pour assurer directement la gestion opérationnelle du numéro cinq de la distribution alimentaire en France.



L'hémorragie continue dans la grande distribution... Quelques semaines après Daniel Bernard chez Carrefour et Serge Weinberg chez PPR , c'est au tour d'un nouveau patron du secteur, Pierre Bouchut, directeur général de Casino, de céder son fauteuil à son actionnaire de référence. Lundi 21 mars, Jean-Charles Naouri, déjà président du conseil d'administration, est en effet devenu PDG du groupe stéphanois, s'entourant dans la foulée de deux directeurs généraux adjoints exécutifs, Jacques-Édouard Charret, en charge des achats et du marketing, et Jacques Tierny, le financier du groupe.



Cinq jours après la présentation de résultats 2004 plutôt satisfaisants compte tenu d'un contexte difficile, la nouvelle révélée par la Tribune sur son édition électronique a surpris la communauté financière et fait bondir un titre qui avait baissé de près de 3 %. L'arrivée aux manettes de ce financier de haut vol de 56 ans, qui a réussi en moins de quinze ans, à force de montages sophistiqués et malgré une mise de départ de quelques centaines de milliers d'euros, à prendre le contrôle d'une entreprise qui brasse plus de 36 Mrds E de volume d'affaires pour près de 500 M E de résultat net, relance les hypothèses les plus folles. Parmi elles, un rapprochement avec Auchan, détenu par la famille Mulliez. Le marché, alléché par leur complémentarité, marie en effet régulièrement les deux entreprises. Or, l'affaire ne pourrait se conclure, à en croire certains analystes, qu'à condition que Casino sorte de la cote afin de faciliter des échanges d'actions entre actionnaires familiaux. Détenteur de 63 % des droits de vote et d'environ 51 % du capital, Jean-Charles Naouri pourrait tout à fait s'autoriser cette gymnastique.



Une logique de continuité


Des velléités formellement démenties par Casino. « Cette nomination s'inscrit dans une logique de continuité. Depuis son entrée dans le capital du groupe, en 1992, Jean-Charles Naouri n'a cessé d'y augmenter son implication, assure un porte-parole. Il est majoritaire depuis 1997 et très impliqué dans la gestion de l'entreprise, surtout depuis 2003 et le changement de statut du groupe, passé d'une structure en directoire et conseil de surveillance à un conseil d'administration, qu'il préside depuis. Il n'a en tout cas absolument pas besoin d'être directeur général pour vendre plus vite ou mieux comme certains l'avancent. »



Casino explique également que l'annonce de ce changement de management quelques jours après la présentation des résultats n'est pas un désaveu de l'ancienne direction : « Nous ne voulions pas laisser croire à une sanction personnelle, et c'est pour cela que nous avons attendu la publication de bons résultats pour officialiser le départ de Pierre Bouchut. » À voir... Pour mémoire, en 1997, Jean-Charles Naouri, alors président du directoire, n'avait pas hésité à remercier sine die Georges Plassat après six mois à la tête de l'entreprise.



En tout cas, l'objectif revendiqué de ce changement de management est finalement très proche de ceux annoncés par Carrefour et PPR : dans les trois cas, il s'agit de raccourcir les lignes hiérarchiques, d'accélérer les prises de décision et d'échapper à la pression « court termiste » des marchés financiers en rapprochant actionnaires et gestionnaires. « Ce mode de gouvernance, qui renforce la cohésion entre stratégie et gestion opérationnelle et raccourcit les circuits de décision, est le mieux adapté aux enjeux de Groupe Casino dans un environnement concurrentiel et en constante évolution », indique Jean-Charles Naouri dans le communiqué officiel. Des désaccords récents avec son ancien directeur général auraient toutefois accéléré sa décision. « Jean-Charles Naouri a une approche un peu tatillonne qui le conduit à entrer dans le détail de chaque acte avant de prendre des décisions, souligne un très bon connaisseur de l'entreprise. Et cela avait été mal ressenti en interne, en particulier par Pierre Bouchut, qui pensait avoir les coudées franches après le départ en mission asiatique de Christian Couvreux. » Selon cette même source, un désaccord d'ordre stratégique aurait aussi opposé les deux hommes, Pierre Bouchut militant pour une focalisation sur les commerces de proximité de type Franprix-Leader Price-Monoprix, alors que Naouri considérait qu'il y avait encore beaucoup de valeur à conserver l'ensemble des formats et des pays : « Il y a eu, mi-février, un comité de direction très houleux sur ce thème, où Jean-Charles Naouri aurait notamment rappelé à Pierre Bouchut qu'il avait préconisé le rachat de Laurus et qu'il ne pouvait aujourd'hui s'en dédouaner... »


Une nécessité : grandir !


L'image de l'ancien directeur de cabinet de Pierre Beregovoy, converti en manager par amour du secteur, fait sourire nombre d'observateurs. « Comment voulez vous que cet ancien haut fonctionnaire qui ne fait même pas ses courses se transforme en un patron opérationnel à l'écoute de ses clients ?, s'interroge un analyste de la City. Il est donc logique que le marché anticipe soit sur la cession des actifs du groupe les plus fragiles, soit sur un rapprochement voire une cession pure et simple. » « Vous voyez vraiment Naouri s'installer à Saint-Étienne dès demain pour prendre en main le groupe ? », interroge un autre analyste.


« Bouchut n'est pas sanctionné pour ses résultats, observe un concurrent français. Pour moi, Naouri doit avoir une idée derrière la tête... » Une idée totalement arrêtée sans doute pas, mais un problème stratégique certainement. Concentrations dans l'industrie, nouvelles réglementations, guerre des prix de plus en plus sanglante... Chaque jour qui passe démontre encore un peu plus la nécessité pour le numéro 5 français de grossir pour lutter contre des concurrents et des fournisseurs de plus en plus internationaux et investir dans ses formats à succès, comme Leader Price.
 

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Article extrait
du magazine N° 1899

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