Ne pas passer à côté de l'occasion [Edito]

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Yves Puget

Les raisons du succès de Vinted sur le marché du textile en France sont multiples (lire pages 8 à 11). Si l’on met de côté les tensions sur le pouvoir d’achat, la baisse des dépenses d’habillement dans le revenu des ménages, le souci de « faire tourner » sa garde-robe au plus vite, la manière d’approcher une mode plus responsable et plus créative, il ne peut être oublié que la France est aussi le pays du dépôt-vente, du vide-greniers et de la brocante. Par ailleurs, des chaînes comme Cash Express, Easy Cash, Happy Troc ou autres Cash Converters maillent déjà le territoire. Sans oublier Decathlon avec son Trocathlon depuis 1986. Quant aux enseignes de textile, elles ont développé leur application mobile ou leur site dédié à l’occasion. Les millennials y voient également un moyen de s’offrir une part de rêve « instagrammable ».

Voilà pourquoi ce qui était ringard hier est aujour­d’hui branché. La fripe est devenue chic. Ce n’est plus une honte mais une fierté, un achat malin, dont on se vante dans ses cercles d’amis. Toutes les familles de produits y passent et toutes les catégories socioprofessionnelles y succombent. Encore plus fort, on ne parle plus du marché de l’occasion mais d’économie circulaire ! Ou comment acheter en limitant le gaspillage et en protégeant la planète. Et certains vont jusqu’à proscrire l’ère de la possession pour prôner le temps de l’usage. Cette tendance serait aussi le résultat du nomadisme, qui revient en force, et du minimalisme, cet art de vivre qui permet de ne posséder que l’essentiel et de bénéficier d’une liberté de choix et de déplacements presque totale. À en croire d’aucuns toujours prompts à s’emballer, avec ce raz-de-marée de la seconde main, on finirait presque par s’interroger sur la disparition annoncée de… la première main !

Cette tendance de la « farfouille » numérique soulève des interrogations. La première est celle de la rentabilité. En général, ces sites n’ont guère trouvé l’équilibre financier. Certains s’en inquiètent et d’autres parlent d’investissement et de course à la part de marché. L’avenir tranchera… En attendant, on peut signaler que de nouvelles plates-formes professionnalisent ce marché et réalisent de belles levées de fonds.

L’autre question est de « jauger » ledit marché. Car les marques n’ont souvent aucune idée du nombre de leurs pièces qui sont ainsi mises en vente. Elles n’ont plus aucun contrôle sur leur prix et, donc, sur leur image-prix. Puis il faut se demander si cette tendance, a priori peu propice au marché du textile, ne favorise pas intrinsèquement la mode et ne finira pas par inciter ceux qui achètent aujourd’hui de l’occasion à acquérir plus tard du neuf.

Finalement, il convient « juste » de savoir s’il s’agit d’une activité rentable ou non, d’un marché de niche ou de masse et d’une tendance conjoncturelle ou structurelle. Donc de définir le niveau d’investissement nécessaire (mètres carrés en magasins, chaînes dédiées, développement d’applis ou d’un site internet, partenariat avec un géant du web, rachat d’une start-up, acquisition d’un gros pure player…) pour ne pas passer à côté de l’occasion. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2576

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