Négociations commerciales 2018 : la charte d’engagement "pas assez appliquée"

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Une réunion du Comité de suivi des négociations commerciales se tenait ce 19 janvier. Elle a révélé que la charte d’engagement signée par les différentes parties prenantes était loin d’être appliquée dans les faits. Et que les tensions restaient vives.

Stephane Travert, ministre de l'Agriculture et Delphine Geny-Stephann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, à l'issue de la réunion du comité de suivi des négociations commerciale.
Stephane Travert, ministre de l'Agriculture et Delphine Geny-Stephann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, à l'issue de la réunion du comité de suivi des négociations commerciale. © Morgan Leclerc

L’esprit des Etats Généraux de l’Alimentation semble un peu moins présent qu’à la fin décembre, lors de la signature de la "Charte d’engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises". Ce 19 janvier, lors d’une réunion du Comité de suivi des négociations commerciales organisée au Ministère de l’agriculture, le ministre Stéphane Travert a diplomatiquement pointé que les premiers éléments issus des contrôles en cours et les échanges "ont mis en lumière une application inégale de la charte signée par les acteurs, et l’existence de marges de progrès dans la conduite des négociations".

Le round de négociations, qui a démarré depuis décembre et se terminera fin février, est à mi-chemin. Et l’Etat attend une amélioration des relations entre producteurs, industriels et distributeurs. "Nous ne sommes pas dans les box. Notre travail est de vérifier que les négociations suivent ce qui a été signé dans la charte" a répété le ministre, qui a évoqué également un renforcement des contrôles de la DGCCRF "sur des situations dont on nous ferait part".

Concrètement, cette réunion a aussi servi à rappeler les engagements prix au cours des EGA. Quitte à rappeler les sanctions encourues. A cet effet, les représentants de l'Etat ont indiqué que pour la campagne de négociations 2017, les contrôles avaient mené à 9 assignations décidées par le ministre de l'économie et des finances, et 230 procédures de sanction administrative, pour un total de 15 millions d'euros.

Des negociations plus avancées que l'an dernier à la même date

Pendant deux heures, Stephane Travert et Delphine Geny-Stephann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, ont échangé avec toutes les parties prenantes. Et rappelé leur demande de données chiffrées et précises, pour avoir une idée claire des situations et des coûts de production (un travail que les interprofessions et fédérations sont en train d’effectuer).

D’un strict point de vue de l’état d’avancement, les négociations 2018, à mi-chemin, sont "plutôt en avance par rapport à l’an dernier" a souligné Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution. A date comparable, certaines enseignes ont déjà signé plus de 50% des contrats avec les PME, et d’autres ont signé des contrats avec des grandes marques qui représentent jusqu’à 30% du chiffre d’affaires. Sur les prix, la FCD s’insurge toutefois des demandes de hausses réclamées par les industriels. "Elles sont en moyenne de +4 à +5%, et n’ont pas toujours de lien avec l’évolution réelle du prix des matières premières alimentaires" indique Jacques Creyssel, rapportant que dans le secteur des pâtes, les industriels demandent une hausse des prix de 11% "alors que le blé dur a vu son prix diminuer de 7%". "Et les prix du bœuf. N'oublie pas de parler du bœuf !" l’a interpellé Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, qui pointe l’écart entre l’évolution du prix à la production, et en rayon.

Le catalogue d'Intermarché fait couler beaucoup d'encre

Etats généraux ou pas, le traditionnel bras de fer (ou jeu de poker menteur) autour des négociations se poursuit. Et la parution d’un catalogue Intermarché présentant de très fortes promotions (-70% de réduction immédiate sur Perrier, entre autres) ne va pas vraiment contribuer à apaiser les échanges. Sur son blog, Richard Rigardot, pdg de Nestlé France, s’est offusqué de ce catalogue, et au-delà. "A peine deux mois se sont écoulés (depuis les EGA), et l’ensemble de ces engagements sont bafoués (…) Seule contre tous, la distribution poursuit sa fuite en avant d’une guerre des prix qui met à genoux agriculteurs et industriels. Visiblement, un engagement moral n’a pas force de loi dans notre pays. C’est dommage car la confiance et le contrat sont les bases de toute relation commerciale".

Michel Biero, cogérant de Lidl France en charge des achats, est sorti de ce comité de suivi avec ledit catalogue bien visible sous le bras, pour dénoncer ces actions "qui sont déplacées par rapport aux Etats Généraux". Il a notamment demandé la mise en place d’une loi qui indiquerait un prix minimum à verser aux éleveurs. Voulant se singulariser de la grande distribution "classique", et se ranger du côté des agriculteurs, un positionnement propre à l’enseigne, le dirigeant de Lidl a rebondi sur les propos de Serge Papin prononcés fin septembre. A l’époque, le patron de Système U avait indiqué que le système actuel marchait sur la tête, et que par le jeu des péréquations, c’est la forte marge réalisée sur le prix des pommes qui subventionnait le prix bas du Nutella. "Et bien chez Lidl, c’est plutôt le Nutella qui va permettre de payer le lait" a-t-il précisé, ajoutant s’être engagé à ne pas faire de promotions sur les produits issus de l’élevage.

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