Nestlé s'achète une caution santé

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En acquérant la branche nutrition médicale de Novartis, le groupe agroalimentaire suisse devient un acteur majeur du secteur. Les analystes y voient aussi une source de rentabilité et de croissance pour Nestlé. En revanche, il n'est pas sûr qu'il soit possible d'en tirer profit en grande distribution.

>La rumeur annonçait la reprise des petits pots d'alimentation infantile Gerber... C'est finalement sa branche de nutrition médicale que Nestlé a acheté à Novartis, le 14 décembre 2006, pour un total de 1,5 milliard d'euros. Plutôt que les bébés, Nestlé choisit donc l'alimentation des malades. Le secteur n'a pas grand-chose à voir a priori avec le métier principal du premier acteur mondial de l'agroalimentaire, tourné vers le grand public. « Cette acquisition apporte une crédibilité, un poids et des compétences à Nestlé dans le domaine de la nutrition clinique, et va permettre de donner plus d'importance à ce secteur au sein de Nestlé », souligne le porte-parole du groupe suisse.

Une volonté de diversification

Pour Nestlé, le médical (Nestlé Healthcare Medical) représentait déjà près de 307 millions d'euros en termes de chiffre d'affaires, et l'acquisition de Novartis Medical Nutrition (dont le chiffre d'affaires s'élève à 730 millions d'euros) fait tripler le poids de l'activité.

Engagée sur un secteur très renta-ble - dont la marge d'exploitation s'établit à environ 18,6 %, contre 12,8 % en moyenne pour Nestlé -, l'opération traduit également une volonté de diversification. « À terme, s'il ne vend que des yaourts et des boissons, le groupe Nestlé va dans le mur. Cet achat est une façon de se diversifier, de se faire une réputation de spécialiste sur la nutrition pédiatrique ou antérale », analyse Béatrice de Reynal, nu-tritionniste de Nutrimarketing. « Aujourd'hui, la plupart des catégories de produits alimentaires sont en déflation. Les segments aux bénéfices nutritionnels, santé ou " médicaux " s'en sortent généralement mieux. Pour Nestlé, il est essentiel de trouver de nouveaux relais de croissance, comme ici, en entrant sur ces nouvelles catégories de produits plus porteuses et généralement plus profitables », confirme Laurent Dusollier, directeur chez Roland Berger.

Mais cette image de spécialiste de la nutrition et de la santé pourrait aussi rejaillir plus largement sur l'ensemble du groupe. « Cette activité démontre au grand public que Nestlé est une société qui mérite de jouir de la confiance du consommateur, car elle a des compétences pointues », explique son porte-parole. Le terrain était préempté par Danone jusqu'à présent. Le groupe présidé par Franck Riboud (lire article sur Essensis p. 22-23) s'est en effet converti en quelques années en spécialiste des bénéfices santé ajoutés à des produits du quotidien, comme les yaourts Activia ou Actimel...

Comme un prélude ?

Avec cette acquisition, Nestlé se donne des armes pour venir se frotter à Danone sur ce métier, reprenant des recettes ou techniques médicales et les adaptant à des besoins grand public. « Face à Danone, Nestlé franchit une étape, en entrant de plain-pied dans la nutrition médicale. Cela devrait lui permettre de bénéficier de la croissance intrinsèque de ce segment et éventuellement de revenir par le haut sur des produits d'alimentation traditionnelle, avec une offre de santé préventive sérieuse, appuyée par un vrai savoir-faire », analyse Laurent Dusollier.

Sauf que les passerelles entre médical et grand public ne sont pas évidentes. Béatrice de Reynal n'y croit tout simplement pas : « Ce sont deux métiers très différents, et je ne suis pas sûre qu'il soit possible de traduire en GMS les compétences de la nutrition médicale. » Pour elle, cette opération serait davantage un premier pas de danse avec Novartis, avant l'acquisition de Gerber. « Il y a peut-être une promesse de cession à moyen terme de Gerber derrière celle-ci. Cela fait très longtemps que Nestlé souhaite, par ce rachat, se renforcer aux États-Unis et sur l'alimentation infantile. » Alors, malades, enfants, ou les deux ?

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Article extrait
du magazine N° 1980

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