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Neuf questions sur la GreenGenBottle, la bouteille sans verre

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Une start-up toulousaine, la SAS GreenGenBottle, vient de mettre au point une bouteille révolutionnaire. Faite d’un composite breveté à base de fibres de lin et de sciure de pin, cette bouteille est lègère, résistante aux chocs et biodégradables. Voici en neuf questions/réponses les atouts de cette innovation de rupture.

La GreenGenBottle ne pèse que 190 grammes. Elle est en outre compostable.
La GreenGenBottle ne pèse que 190 grammes. Elle est en outre compostable.

1/Comment est née l’idée d’une bouteille sans verre ?

James de Roany, ex-directeur marketing chez LVMH, ex-gestionnaire de domaines viticoles en Provence et dans le Val de Loire (en photo), a créé voici neuf ans Global Vini Services, une société de consulting au service du monde viticole. Cet ingénieur en agriculture a également beaucoup travaillé la question de l’emballage au sein du groupe de réflexion Le Lien de la vigne. "Au fil du temps, cette question des contenants en verre a peu bougé. J’ai toujours eu cette insatisfaction", détaille James de Roany qui, pour héberger son invention, a créé voici trois ans une start-up à Toulouse (31), la SAS GreenGenBottle.

2/ De quoi est faite cette bouteille révolutionnaire ?

Le packaging est fait d’un composite de fibres de lin. Celui-ci est fabriqué à partir d’un tissage cylindrique et préformé de fibres de lin appelé "mat" dont l’aspect est uniforme. Il est ensuite imprégné avec une résine thermoplastique d’origine végétale (sciure de pin) et cuit selon un "procédé complexe et précis pour donner un composite ultrasolide". La résine met en valeur la couleur bronze du lin et donne un aspect lisse et satiné. "Cela donne à la coque un touché agréable et une belle esthétique. Il est également possible de teinter la fibre à partir de colorants naturels", poursuit James de Roany.

A noter qu’un matériau composite est un assemblage d'au moins deux composants non miscibles (mais ayant une forte capacité de pénétration) dont les propriétés se complètent (ici le mat en fibres de lin et la résine biosourcée). Le nouveau matériau ainsi constitué, hétérogène, possède des propriétés que les composants seuls ne possèdent pas. Ce phénomène permet d’obtenir un contenant très léger avec de hautes performances techniques. Les coques de bateau ou le béton sont des composites parmi les plus connus.

3/ Pourquoi du lin ?

Car c’est la fibre du futur. Utilisé depuis toujours dans le textile pour sa résistance et sa légèreté, le lin provient d’une plante, Linum L., dotée d’une grande tige d’environ un mètre de hauteur. Son système racinaire descend à plus d’un mètre dans le sol. Cette plante n’a besoin ni d’irrigation ni de traitements phytosanitaires, ce qui en fait "une championne de l’agriculture durable", selon James de Roany.

De plus, la France est le plus grand producteur mondial de lin avec 67 500 hectares environ 100 000 tonnes récoltés chaque année. 100% recyclable, le lin connaît actuellement un regain d’intérêt en raison de ses hautes performances mécaniques, son faible poids et sa très haute résistance. De plus, ses fibres sont extrêmement fines (diamètre 5 fois plus petit qu’un cheveu), plus solides et plus légères qu’une fibre de verre et possèdent une très haute capacité d’absorption des chocs comme des vibrations tout en possédant de grandes qualités d’isolation. Environ 10% de sa production est désormais consacrée à l’automobile, l’aéronautique, le spatial, l’écoconstruction, l’isolation et aux équipements de sport (ski, chaussures de neige, VTT, surf…).

4/ Une autre matière première pourra-t-elle entrer dans le composite ?

Oui, le chanvre, par exemple. La graine de cette plante aussi filiforme que le lin est utilisée dans l’industrie pharmaceutique tandis que sa tige est un déchet aujourd’hui peu valorisé. Or, cette tige dispose des mêmes qualités de solidité et de résistance que le lin. Avantage sur le lin : elle est moins couteuse. "Les brevets détenus permettent de couvrir toutes fibres d’origine végétale et des travaux de R&D sont bien avancés pour permettre d’envisager dans les deux ans le lancement de contenants en fibres de bambou, de chanvre et de canne à sucre notamment", détaille James de Roany.

5/ Combien coute cette bouteille ?

Pour le moment, la GreenGenBottle est produite en Suède par Inxide, une société spécialisée dans les composites et qui s’intéresse vivement aux recherches de James de Roany. Depuis la fin 2017, Inxide a dédié un atelier de fabrication pour produire des mini-séries de cette bouteille verte. Cependant, la start-up de James de Roany est en pleine recherche d’investisseurs pour aborder les prochaines étapes d’industrialisation. "Nous sommes en train de lever 750 000 euros (GreenGenBottle a mandaté la Banque d’Affaires Alpha Partners, NDLR), ce qui nous permettra d’investir dans un outil d’une capacité de 50 000 unités par an", détaille James de Roany. Une deuxième étape interviendra fin 2018 ou début 2019 : après une levée d’1,5 million d’euros, la SAS GreenGenBottle pourra produire 500 000 bouteilles avant une troisième phase, prévue un an plus tard, pour fabriquer 2 millions de bouteilles. Forcément, le prix à la bouteille diminuera à mesure que les capacités de production augmenteront. Voici les prix calculés par James de Roany :

  • Capacité de 50 000 unités : environ 9 € le col
  • Capacité de 2 millions de bouteilles : environ 5 € le col

"Il reste toutefois une inconnue : le taux de casse. Une donnée qui modifiera le prix", complète James de Roany. A noter qu’une bouteille bordelaise classique coûte entre 0,20 € et 0,8 €, selon son poids.

6/ Quels produits pour ce nouveau contenant ?

Ce packaging est destiné prioritairement aux vins, bières, spiritueux et produits cosmétiques de qualité. En raison de son prix, il s’adressera plutôt à des produits haut de gamme. Tous les tests qualitatifs sont achevés avec en particulier la tenue qualitative du contenu (alcool jusqu’à 60% vol), la tenue du bouchage dans les conditions requises de température, pression et humidité. La résistance aux chocs est exceptionnelle.

7/ Qui a déjà manifesté de l’intérêt pour la GreenGenBottle ?

En France, le producteur d’armagnac Castarède ainsi qu’un viticulteur de Saint-Nicolas de Bourgeuil s’intéressent à la GreenGenBottle. Au Japon, un producteur de saké a manifesté son intérêt tandis qu’aux Etats-Unis, c’est un distributeur de boissons qui souhaiterait des futs en composite. Il est séduit par le fait que ces fûts en composite puissent être broyés et compostés après utilisation, ce qui éviterait des mouvements de camions pour rapporter les fûts vides.

8/ La GreenGenBottle nécessitera-t-elle des ajustements sur les lignes d’embouteillage ?

Non. Les chaînes d’embouteillage classiques peuvent être utilisées pour toutes mises en bouteille en raison de la solidité, de la résistance aux chocs et aux rayures du composite de fibres de lin, assure la start-up.

9/ En quoi cette innovation est disruptive ?

Car elle pourrait à terme permettre de réduire l’utilisation du verre destiné à l’embouteillage. Le verre possède un mauvais bilan carbone car il faut atteindre des températures de 1550°C pour le travailler, ce qui nécessite une quantité d’énergie considérable (92,5 litres/tonne de verre). Par ailleurs, le verre est très lourd et le bilan carbone de son transport est très élevé.

Cette bouteille en lin est très légère (170g pour 75cl contre 1,2 kg pour une bouteille en verre). Elle est biosourcée et biodégradable. En effet, à condition d’être broyée, elle peut être compostée.

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