Nicolas Bouzou : "le bio pourrait représenter à terme de 30 à 40% de l'industrie agroalimentaire"

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Pour le compte de Natexbio, Fédération des professionnels de la filière bio, des produits biologiques, diététiques et écologiques, le cabinet Asterès a réalisé une étude sur la transformation économique des produits biologiques. Son fondateur, l’économiste Nicolas Bouzou, livre à LSA son analyse sur ce marché.

LSA - Quel est votre regard sur l’économie en 2016 ?

Nicolas Bouzou - Nous assistons à une mutation de l’économie mondiale avec des évolutions de comportements. C’est une orientation inédite. Certains secteurs sont victimes de cette transformation, mais d’autres en profitent, à l’instar du bio.

LSA - Comment le secteur du bio se porte-t-il en France ?

N. B. - La situation du bio en France est très positive avec, à la clé, des croissances très fortes, des gains de productivité, des créations d’emplois. Cela renvoie aux bons souvenirs des Trente Glorieuses. Ce secteur va continuer de progresser et de se développer avec les marges qui repartent à la hausse. La preuve que toute l’économie n’est pas déflationniste. D’un point de vue macroéconomique, c’est encourageant de voir certains pans de notre économie créateurs de valeur. Il ne faut pas se laisser obscurcir par la conjoncture mondiale. Aujourd’hui, il est nécessaire de mettre en place une stratégie durable qui fonctionne sur le bio, car certaines de ses activités sont en retard, tel le textile.

LSA - Comment s’explique ce gain important de productivité ?

N. B. - Les secteurs, qui s’industrialisent, génèrent automatiquement des gains de productivité via des économies d’échelle. Ainsi, cet effet conduit à des créations d’emplois, à des investissements plus importants, au développement du secteur et, donc, à une baisse des prix.

LSA - Les croissances et les investissements du secteur sont toujours très forts mais reculent par rapport à l’an passé. Pourquoi ?

N. B. - Mathématiquement, plus un marché se développe et sa base s’élargit, plus la croissance ralentit. L’important, c’est d’analyser le taux de marge. Il est de 3,4 % en 2015, versus 2,9 % en 2014. Une progression qui s’explique par une rationalisation des coûts de production et par le fait que les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour ces produits. En outre, ce secteur n’est pas déflationniste et subit moins la pression de la guerre des prix que le conventionnel.

LSA - Aujourd’hui, le bio est-il encore un segment

de niche ou un mode de consommation ancré dans les habitudes des Français ?

N. B. - La France est un pays riche et mature. On va vers une diversification des comportements des consommateurs. Mais le bio ne remplacera jamais le conventionnel. Aujourd’hui, les Français composent un panier d’achat différent de celui d’il y a quelques années. On assiste à une situation où plusieurs modes de consommation vont coexister, et c’est nécessaire. Par exemple, pour l’agriculture, nous avons besoin de deux modèles : l’intensif, qui permet de nourrir le plus grand nombre à un coût accessible, et le bio, qui satisfait une partie de la population. Car la productivité du bio est encore largement inférieure à celle du conventionnel. Mais on ne peut plus parler de niche parce que cette appellation signifie un segment qui restera petit et cher. Aujourd’hui, le bio représente 1,9 % de l’industrie agroalimentaire et il pourrait atteindre entre 30 et 40 %. En s’industrialisant, le bio s’inscrit dans la normalité. Ce secteur, militant au départ, devient généraliste et touche de plus en plus de consommateurs.

LSA - Un nombre croissant de spécialistes et de distributeurs généralistes ouvre des magasins dédiés au bio, les rayons bio de la GMS se développent. Va-t-il y avoir saturation ?

N. B. - Beaucoup de magasins ont ouvert en 2015, avec une hausse de 17 % du nombre de points de vente pour les dix premières enseignes spécialistes. La distribution conventionnelle a lancé ses propres marques bio et le hard-discount s’y met aussi. Parallèlement, les réseaux généralistes innovent avec des formats de magasins dédiés au bio. Mais les chiffres de production sont faibles, on est loin d’un phénomène de saturation. La régulation se fera d’elle-même.

LSA - De nouveaux industriels se lancent à l’assaut du bio et les acteurs historiques continuent de se développer. Allons-nous vers une fusion des acteurs ?

N. B. - Entre les entrants et les transformateurs implantés depuis longtemps, on va assister à un mouvement de concen­tration. C’est le lot des marchés qui deviennent matures.

LSA - Certains secteurs alimentaires du bio sont touchés par un manque d’approvisionnement en matières premières. Quelles pourraient être les conséquences ?

N. B. - Nous sommes confrontés, en effet, à un problème d’approvisionnement de certaines denrées alimentaires. Cela pourrait freiner la croissance du secteur. C’est un sujet préoccupant. Pour autant, si les consommateurs de bio sont attachés aux produits locaux, il ne faut pas non plus être hostile au libre-échange et aux importations. Mais, dans ce cas, il est nécessaire d’être vigilant sur l’empreinte carbone et favoriser le commerce européen.

LSA - Du coup, est-il pertinent de dire que le bio peut se porter en sauveur de l’économie ?

N. B. - Non, pas en tant que tel. Le bio est un secteur florissant parmi d’autres. C’est cet ensemble qui serait susceptible de sauver l’économie. Les arbres qui poussent formeront la forêt de demain.

Les chiffres
  • 3,5 Mrds € : Le chiffre d’affaires de la transformation de produits biologiques en France en 2015 (+ 15%)
  • 50 %  : la hausse des investissements des transformateurs de produits biologiques en 2015
  • 40 % : les gains de productivité des transformateurs de produits biologiques en trois ans
  • 3,4 % : le taux de marge en 2015 (+ 0,6 point)

Sources : Asterès et greffes des tribunaux de commerce

Méthodologie

Enquête réalisée par le cabinet Asterès pour Natexbio, auprès d’un échantillon de 108 entreprises de transformation certifiées bio (années 2014 et 2015) et d’une analyse des comptes déposés par les entreprises auprès des tribunaux de commerce pour travailler sur un champ de 1 720 transformateurs et distributeurs certifiés bio (2002-2015).

 

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Article extrait
du magazine N° 2435

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