Marchés

Nintendo intègre la troisième dimension

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La nouvelle DS est dans les starting-blocks. À quelques semaines de sa sortie en France, passage en revue des forces et faiblesses de la dernière petite bombe du japonais.

Nintendo 3DS

Il veut en mettre plein la vue. Après avoir imposé de nouveaux standards de jeu avec l'écran tactile (DS) et la manette à détection de mouvements (Wii), Nintendo croit que la prochaine révolution sera celle de la troisième dimension. Lui qui, jusqu'à présent, a refusé de doter ses consoles de capacités d'affichage en haute définition, veut prendre cette fois ses concurrents de court dans la course à l'image, en proposant le premier écran 3D sans lunettes, évidemment. « Les ventes décevantes de téléviseurs 3D avec lunettes ne m'ont pas surpris (seulement 150 000 exemplaires en France en 2010), indique Philippe Lavoué, directeur général adjoint de Nintendo France. La technologie est trop contraignante et, souvent, les démonstrations ne fonctionnent pas en magasins. »

 

Prendre une longueur d'avance sur une concurrence élargie à de nouveaux acteurs

Pour éviter cet écueil, Nintendo - qui, à l'instar d'Apple, ne fabrique pas lui-même ses propres machines - s'est tourné vers les fabricants de dalles LCD pour qu'ils lui fournissent au meilleur prix un écran capable d'afficher du relief. Et à ce jeu-là, c'est Sharp qui se serait montré le plus compétitif. Des prototypes, présentés début 2010 par le fabricant japonais de téléviseurs, ressemblent en tous points à l'écran de la 3DS (notamment la molette de réglage d'intensité de l'effet 3D).

En proposant le premier cette technologie auprès du grand public, Nintendo veut prendre une longueur d'avance dans un environnement de la mobilité de plus en plus concurrentiel. Quand la DS est sortie, en 2005, les téléphones portables étaient encore bien souvent en noir et blanc et, hormis quelques jeux préenregistrés, leurs capacités ludiques étaient bien limitées.

Aujourd'hui, outre Sony et sa PSP, les concurrents de Nintendo se nomment Apple, Samsung ou Motorola. Bref, l'ensemble des fabricants de smartphones et de tablettes. D'ailleurs, les ventes de DS - bien que très importantes, avec 1,4 million d'unités vendues en France - ont baissé de 24% l'année dernière et même de 37% par rapport à 2008. Rien d'étonnant pour une console dont la technologie a peu évolué depuis 2005, mais difficile d'écarter complètement l'impact des smartphones dans cette baisse. Pourtant, Nintendo n'envisage pas le smartphone et la tablette comme des alternatives. « L'expérience de jeu est différente car les gens n'achètent pas un smartphone pour jouer, relativise Philippe Lavoué. Et lorsque nous proposons de jouer en ligne, c'est gratuit parce que c'est en wi-fi, nous ne croyons pas à l'abonnement. »

Pas de crainte d'une concurrence des mobiles donc, à en croire Nintendo, mais, avec la 3DS, le japonais va infléchir sa stratégie de pure player du jeu vidéo. Le groupe veut proposer un large contenu multimédia en 3D, qui s'est concrétisé au niveau européen par des partenariats avec Eurosport et Aardman, le créateur de Wallace et Gromit. En France, une équipe de Nintendo travaille actuellement pour nouer des partenariats avec des fournisseurs de contenu locaux.

 

Toujours des jeux interactifs, mais aussi un embryon de réseau social

Même volonté d'ouverture avec Street Pass, une fonctionnalité qui permet à la 3DS - même éteinte - de communiquer et d'échanger avec d'autres possesseurs croisés au hasard dans la rue. Un embryon de réseau social, en quelque sorte, même si les fonctionnalités auront trait principalement au jeu vidéo. Parmi les 25 jeux disponibles à la sortie, c'est Street Fighter 4 de Capcom, qui devrait le mieux utiliser cette fonctionnalité avec des combats virtuels de personnages.

Cette 3DS est donc, par bien des aspects, séduisante et suscite déjà une grande curiosité, comme en témoigne la présence de plus d'un millier de journalistes et de nombreux distributeurs lors de sa présentation à Amsterdam le 19 janvier. Mais à deux mois de sa sortie en France, prévue le 25 mars, quelques questions restent en suspens, comme le prix des jeux. Certaines rumeurs faisaient état de plus de 50 €. Si Nintendo n'a pas encore arrêté de prix, il semblerait qu'ils devraient être assez proches de ceux de la DS (autour de 40 €).

Quelques doutes planent aussi quant à la perception de la technologie 3D par le grand public. Une minorité non négligeable de la population (12%, selon l'étude de l'organisme britannique Eyecaretrust) ne verraient pas le relief d'un écran 3D. Pour les enfants de moins de 6 ans, l'utilisation de tels écrans pourrait même être préjudiciable à leur santé oculaire. Nintendo en déconseille d'ailleurs l'usage pour le jeune public et a introduit un contrôle parental de l'effet 3D dans sa console. Quelques doutes qui n'entament pas la confiance du japonais qui projette de vendre 4 millions de 3DS dans le monde d'ici au 31 mars prochain. Les reliefs que Nintendo apprécie le plus sont toujours les sommets.

Les caractéristiques de la 3DS

Deux caméras externes de 0,3 mégapixel qui permettent de prendre des photos en 3D.

Un écran supérieur 3D 16/9 de 9 cm qui utilise la technologie dite d'auto-stéréoscopie pour simuler un effet de relief.

Un nouveau joystick analogique au-dessus de la traditionnelle croix de direction.

Une molette de réglage d’intensité de la 3D qui permet à tout instant de repasser en 2D.

Une connectivité wi-fi qui permet à la console de se connecter même en veille à des hotspots dans des lieux publics.

Les enjeux

- Conserver le leadership sur le marché des consoles portables face à Sony (132 millions de DS vendues dans le monde à date)

- Contrer la montée en puissance des smartphones et des tablettes sur le jeu vidéo mobile

- Démocratiser la 3D sans lunettes, la technologie d'avenir

Les chiffres

4 millions : Le nombre de consoles 3DS que Nintendo espère vendre d'ici à fin mars dans le monde.

9.8 millions : Le nombre de DS vendues en France depuis son lancement en 2005.

25 mars : Sortie en France

249 € : Prix de vente indicatif de la console

40 € : Prix moyen des jeux

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