[Edito] Non à une consommation punitive

|
Yves Puget

Tout comme je ne crois pas aux vertus de l’écologie punitive, je ne me résous pas à l’idée d’une consommation qui prend le même chemin… Et malheureusement, nous nous en rapprochons ! Il y a ceux qui veulent interdire la publicité télé à une ribambelle de produits. Ceux qui veulent réduire les produits gras ou sucrés alors qu’ils sont bons gustativement et qu’ils offrent des moments de plaisir (à condition évidemment de ne pas en abuser). Ceux qui ne veulent que des circuits courts. Oubliant tous les avantages d’une mondialisation maîtrisée avec, bien évidemment, l’exportation pour nos entreprises (et les emplois qui vont avec) et omettant de dire que notre société multiculturelle impose une diversification de nos assiettes.

Il y a tous ces indicateurs, toutes ces notations et toutes ces études, plus ou moins exacts, qui finissent par jeter le doute sur l’ensemble d’une profession. Tous ces pseudo-experts de plateaux qui pratiquent le bashing en permanence. Il y a aussi ceux qui veulent tellement multiplier les normes et les contraintes que tous les produits finiront par se ressembler. Et que dire de ceux qui ne prônent que la montée en gamme et la valorisation, mettant de côté tous les Français qui ont de sérieux problèmes de pouvoir d’achat ? Une autre forme de consommation punitive… par l’exclusion.

On peut également parler de ceux qui ne raisonnent que par le prisme des gains de productivité et des restrictions budgétaires. Face à la crise économique, ils projettent de sabrer dans les budgets de recherche et développement. Alors qu’au contraire, il faut, plus que jamais, partir à la conquête des consommateurs avec de nouveaux produits. Il y a aussi ceux qui veulent éliminer les références qui ne « tournent » pas, parfois à juste titre et parfois par dogme. Il n’est alors plus question de séduction des clients mais de paupérisation de l’offre. Et, nec plus ultra, il y a ceux qui pensent que taxes et impôts font disparaître comme par miracle tous les problèmes et n’imaginent pas une seule seconde les conséquences sur les investissements.

Non, je ne suis décidément pas pour une consommation punitive. Celle qui ne fait plus rêver et qui privilégie les craintes et les restrictions. La consommation, alimentaire comme non alimentaire, n’est pas qu’une nécessité ou une contrainte : elle se doit aussi de rester un acte de plaisir et de convivialité. Bien sûr, il faut des lois et des impôts pour fixer des limites, protéger la santé des Français, défendre notre environnement, donner des perspectives et financer les services publics et la politique sociale. Mais arrêtons de tout banaliser, ignorons ceux qui veulent imposer leurs diktats sans voir les progrès réalisés et laissons les industriels innover et imaginer les produits de demain. La croissance et les emplois ne viendront pas de la morosité et du manque d’audace et d’enthousiasme. Et, à partir de là, il incombe à l’État, aux entreprises, mais aussi aux familles, d’éduquer et d’éduquer encore. Car, in fine, il revient aux consommateurs d’arbitrer et donc de s’engager. La réflexion doit l’emporter sur la résignation. C’est là toute la différence entre une consommation punitive et une consommation responsable. 

ypuget@lsa.fr

@pugetyves

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2625

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous