« Nous dialoguerons avec la chaudière »

La maison de demain ? Le grand public en rêve. Les industriels, eux, y travaillent. Et leurs prévisions ne sont finalement pas moins folles. Le seul domaine à échapper à cette frénésie d'innovations reste - c'est rassurant - l'alimentation. Plutôt que d'inventer de nouveaux aliments pour demain, les scientifiques cherchent à percer les mystères du goût et de la qualité de ce que nous mangeons depuis toujours.

Joël de Rosnay

Le directeur de la stratégie de la Cité des sciences et de l'industrie, Joël de Rosnay, et les industriels que « LSA » a interrogés sont unanimes : la domotique intelligente et totalement connectée va envahir la maison.

En invités bien élevés, commençons notre visite de l'appartement de demain par le salon. Trônant en bonne place, le terminal multimédia rythme la vie du foyer. Il est composé d'un écran organique ultraplat et très léger. Celui-ci est rond, mais notre hôte aurait aussi bien pu demander un triangle ou toute autre forme, car les nouveaux écrans sont en plastique, très faciles à produire et surtout très économiques.

Le premier apparaît sur un autoradio Pioneer dès 1999. Le terminal lui-même, caché dans un placard, fait office de téléviseur, chaîne hi-fi, PC, console de jeu, visiophone, récepteur Internet et centrale de domotique. Pas de surprise : la « convergence », chantée sur tous les tons par les industriels de la fin du XXe siècle, s'est finalement imposée. Télé et ordinateur ont totalement fusionné et l'idée même d'un équipement monofonction fait désormais sourire. « Il devient possible de travailler sur sa télé comme sur un PC, explique Ellen de Vries, de Philips. Il est également probable que la télécommande fera office de téléphone mobile. »

Le tout commandé à la voix, car, explique Joël de Rosnay, directeur de la stratégie de la Cité des sciences et de l'industrie, « la commande vocale va se généraliser. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements, nous n'avons encore rien vu en la matière. » Demain, nous dialoguerons avec la chaudière. Dans la lignée d'un René Barjavel ou d'un Maurice Dantec, les chercheurs d'EDF vont encore plus loin en nous promettant pour 2020 une domotique intelligente utilisant un « réseau neuronal », c'est-à-dire un système assurant son propre apprentissage.

Du papier peint intelligent

Passons à la cuisine. Dans le futur, cette pièce est loin d'être négligée et devient même le centre nerveux de la maison. On s'y laisse des messages vocaux, on s'y connecte sur le réseau. Philips y prévoit un « papier peint intelligent » composé d'écrans plats sur lesquels on peut, au choix, regarder la télévision, surfer sur Internet ou surveiller les enfants qui jouent dans leur chambre grâce à un réseau de mini-caméras sans fil baptisées « remote eyes ». On peut également choisir une recette de cuisine de n'importe quel pays et, instantanément, un grand chef apparaît à l'écran pour exécuter la préparation en direct devant le cuisinier ou la cuisinière.

Quant aux appareils ménagers, tous, du réfrigérateur au presse-agrumes, possèdent leur connexion au réseau. Ce qui permet au fabricant de télécharger les dernières évolutions du logiciel qui les pilote, voire de les réparer à distance. Pour Jacques Saubade, PDG de la société bordelaise Com One, qui propose déjà un boîtier Domo TV gérant les appareils à distance, l'évolution d'Internet va dans ce sens : moins de pages web, plus de données en tous genres.

En ce qui concerne les biens culturels, Joël de Rosnay prévoit une révolution majeure : la disparition prévisible des livres tels que nous les connaissons et, plus largement, du support papier. « L'une des grandes révolutions sera le livre électronique sur lequel on téléchargera les oeuvres. Il s'agira d'une espèce de tablette au format A4 avec deux boutons pour tourner les pages. » Une prédiction déjà rattrapée par l'actualité puisqu'au cours du dernier salon Comdex de Las Vegas, deux sociétés américaines viennent de présenter leur SoftBook. Epais comme un livre de poche, il peut contenir l'équivalent de dix ouvrages sur papier.

Connectés en permanence

Quant aux habitants de ces appartements multimédias, ils ne sont pas en reste. Une multitude d'équipements personnels leur permettent de rester connectés en permanence. Philips prévoit des montres vidéophones, des petites télécommandes vocales, des boucles d'oreilles-écouteurs avertissant leur propriétaire de l'heure de son prochain rendez-vous

Et IBM a déjà mis en vente au Japon son « wearable PC ». Un ordinateur que l'on porte comme on porte un vêtement puisqu'il se compose d'une demi-lunette reliée à une souris et à un disque dur placé dans la poche de la veste. Le tout étant relié par liaisons radio à ondes courtes, cela va sans dire.

Moins réjouissant : certains laboratoires étudient la possibilité d'implanter dans le corps humain des puces contenant quelques données fondamentales. On parle même d'un modem utilisant l'électricité corporelle et qui permettrait de télécharger la carte de visite d'une personne rien qu'en lui serrant la main

À ce stade, les limites de l'acceptable sembleront atteintes pour certains. Elles seront même dépassées depuis longtemps aux yeux de beaucoup de défenseurs des libertés individuelles, et la Commission nationale informatique et liberté - ou son double du IIIe millénaire - aura du pain sur la planche pour mettre de l'ordre dans notre « vie en réseau ».

Car, même sans sombrer dans le catastrophisme - comment ne pas repenser au Barjavel de « Ravages » ? -, il est permis de se demander ce que deviendront des notions comme la vie privée ou l'intimité quand les grands groupes industriels seront capables de savoir en temps réel quel programme nous regardons, à quel jeu nous jouons et ce que contient notre réfrigérateur

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Article extrait
du magazine N° 1609

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