"Nous ne sommes qu’au début de l’histoire du paiement mobile", Mobile Marketing Association France

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TRIBUNE D'EXPERTS Bertrand Jonquois, administrateur de la Mobile Marketing Association France et rapporteur de la commission Commerce Mobile, et Emmanuel Botto, responsable du groupe de travail sur le paiement mobile, répondent aux questions de LSA sur l’essor et les enjeux du paiement mobile en France.

Application mobile caisse magasin
Application mobile caisse magasin© Kwangmoo - Fotolia.com

LSA : Quel est le poids du paiement mobile et sa progression ?

Bertrand Jonquois
Emmanuel Botto

Bertrand Jonquois et Emmanuel Botto : Nous ne sommes qu’au début de l’histoire du paiement mobile qui est liée à la croissance de l’équipement et de l’usage des smartphones, aux initiatives des constructeurs (Apple Pay, Samsung Pay, Android Pay), des Opérateurs Telecom (Orange Cash) et à l’évolution de la législation.
Au niveau mondial, la démocratisation du paiement mobile est clairement en marche. Selon Adyen [1] plus du tiers des transactions en ligne (34%) est effectué sur un appareil mobile avec de fortes disparités en fonction des zones géographiques.
Le développement du M-paiement fait également partie des tendances lourdes identifiées dans  l’étude de Criteo “Panorama de l’E-commerce et de la distribution en 2026 [2]. Selon cette étude, les utilisateurs de paiements mobiles passeront de 452 millions en 2014 à 2,08 milliards en 2018.

La Mobile Marketing Association France a pour objectif de mettre en place un “Observatoire  du mobile commerce” incluant le paiement mobile. Avant sa publication, prévue pour la rentrée 2016, nous pouvons nous faire l’écho de nombreux professionnels : ils s’accordent à dire que le paiement mobile reste peu utilisé par les Français malgré une certaine notoriété spontanée auprès du grand public (88%) et des commerçants (91%) [3].

LSA : Le paiement sans contact est-il bien accepté ?
B.J et E. B. :
Le paiement sans contact ou NFC (Near Field Communication) fait partie des solutions mises en œuvre pour le paiement mobile, mais elle concerne aussi bien les paiements via Mobile que ceux via la Carte Bancaire.
En 2015, près de 235 millions de transactions ont été réalisées, soit 2,5 milliards d’euros réglés auprès des 355 000 commerçants qui acceptent ce mode de paiement, selon la Fédération Bancaire Française (FBF), qui note que le nombre de paiements sans contact a été multiplié par 200 en quatre ans.
Les chiffres de l’AFSCM (Association Française du Sans Contact Mobile) sont encourageants, aussi bien d’un point de vue utilisateurs – le taux d’équipement des consommateurs a augmenté de 47% sur 1 an - que du côté des marchands : près d’1/3 des commerçant français est équipé, soit +37% sur 1 an.
Rappelons enfin l’objectif défini par  Michel Sapin et Axelle Lemaire : “100% des marchands équipés en TPE NFC en 2020”. L'arrivée d’Apple Pay en France annoncée pour cet été jouera certainement un rôle de formidable accélérateur pour l’utilisation et l’adoption du NFC par les consommateurs.

LSA : Les solutions de paiement via mobile se multiplient : lesquelles vont véritablement émerger et comment s'y préparer ?
B.J et E. B. :
Pour développer le paiement mobile et permettre aux consommateurs de s’y retrouver, il faut probablement encore lever certains freins.
Parmi les solutions susceptibles d’émerger, celles d’un paiement mobile associé à des besoins particuliers en fonction d’un usage : achat en ligne via son smartphone, paiement en magasin, paiement dans les transports en commun ou pour le parking,  transfert d’argent entre particuliers, paiement en complément du programme de fidélisation d’une enseigne … Pour s’imposer, ces solutions devront utiliser les technologies les plus adaptées pour bâtir une expérience d’achat performante en fonction, justement, de l’usage : le mobile wallet, le NFC, le paiement sur facture opérateur, le transfert d’argent...
Autre piste : des solutions qui incluront – et ce sera le cas de la grande majorité - d’autres fonctionnalités associées au paiement. Parmi les exemples les plus couramment cités, celui de l’application Starbucks, présente dans plusieurs pays dont les États-Unis, incluant le paiement mobile ET le programme de fidélité de l’enseigne. Walmart souhaite généraliser à l’ensemble de son réseau le Walmart Pay lancé aux Etats-Unis en septembre 2015. Celui-ci inclut par exemple les cartes cadeaux de l’enseigne.
On peut également citer les initiatives innovantes du réseau social chinois "WeChat" qui, fort de ses 700 millions d'utilisateurs mensuels, a réussi le pari d'en convaincre près de 200 millions pour qu'ils relient leur compte à leur carte de crédit ! Résultat : une adoption accélérée du paiement virtuel et mobile en Chine et des statistiques d'usages qui donnent le vertige : plus de 270 millions d'utilisateurs mobile actifs, Alipay qui pèse plus de 70% du marché du paiement mobile en Chine avec une moyenne de plus de 45 millions de transactions par jour !
Et que dire sur l'avance considérable des pays émergents d'Afrique qui utilisent les services de Mobile Money depuis de nombreuses années ?  Le paiement mobile dans ces pays répond clairement à des attentes très fortes de plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs qui la plupart du temps, n'ont pas de compte bancaire ni de carte de crédit, mais qui ont néanmoins besoin de pouvoir faire des transactions financières locales et internationales ; à titre d’illustration,  59% des Kenyans utilisent la plateforme M-Pesa dans le pays, où elle représente 66% des volumes de transactions financières. Ils peuvent faire des achats dans l’épicerie du quartier, payer des  factures et des frais de scolarité, ou encore commander un billet d’avion.

LSA :Quid de la France ?
B.J et E. B. :
En France, nous attendons évidement avec impatience l’arrivée de l’Apple Pay dont le lancement est maintenant annoncé pour cet été ; et au-delà d’exemples internationaux, nous observons avec attention les initiatives plus proches de nous telles que celle de Paylib, de Fivory ou encore de Lydia. Du côté des opérateurs télécom, l’initiative d’Orange Cash nous semble prometteuse. Dans le domaine du paiement associé aux services de transport, nous sommes également très attentifs au lancement récent par Atsukè du paiement par SMS et, pour ce qui est du parking, au développement de l’application PayByPhone.
En synthèse, le paiement mobile ne se résumera certainement pas une solution universelle s’adaptant à tous les usages, tous les consommateurs et toutes les zones géographiques !

LSA : Apple Pay, Samsung Pay, Android Pay : les Français et les banques sont-ils prêts ?
B.J et E. B. :
Le train est en marche et ni les Français ni les banques ne peuvent l’arrêter. D’ailleurs, les banques françaises sont plutôt bien positionnées en termes de performances et les solutions de paiements alternatives (Fintech) sont encore très peu utilisées en France.
Le rapprochement des deux mondes, banques françaises et Fintech, peut avoir des effets très positifs sur l’économie française au sens large. Bien que l’écosystème soit jeune, il se développe déjà de nombreuses alliances banques/Fintech à fort potentiel, par exemple : Apple Pay et BPCE, Paylib et le regroupement de 6 banques, BNP Paribas-Société Générale-La Banque Postale- Crédit Mutuel Arkéa - groupe Crédit Agricole - Boursorama. Il faut toutefois attendre encore pour analyser les résultats de ces initiatives récentes et pour comprendre si elles permettront de rencontrer les attentes des clients français ; les Français ont en effet du retard dans la relation avec leur banque et l’usage qu’ils en ont, par rapport à leurs voisins européens.
La marge de progression des acteurs du paiement mobile est donc grande et ce secteur encore plein de promesses. Les nouvelles expériences client proposées par les acteurs du M-paiement et la hausse du niveau de sécurité des transactions seront à suivre.

LSA : Quels sont les grands enjeux ?
B.J et E. B. :
Le véritable enjeu, c’est l’usage : il est essentiel de trouver les usages qui vont apporter de la valeur ajoutée aux utilisateurs.
Dans la grande majorité des exemples qui fonctionnent déjà à travers le monde, le paiement mobile inclut d’autres fonctionnalités associées qui permettent de proposer des services nouveaux à l’utilisateur (comme intégrer la fidélisation) ou encore de simplifier et accélérer le paiement.  Pour développer l’usage, les acteurs du marché devront aussi fournir un travail important de pédagogie et de communication auprès des utilisateurs.
Enfin, d’autres questions nous semblent cruciales à prendre en compte : ces nouvelles solutions de paiement permettront-elles de ramener les consommateurs plus souvent dans les magasins ? Permettront-elles de proposer des services à plus forte valeur ajoutée et d’enrichir le parcours d’achat (fidélisation, promotions, fluidité du passage en caisse…) ? Quel sera leur impact sur la sécurisation des transactions...?
Ajoutons que la Mobile Marketing Association France prévoit d’éditer dans les prochaines semaines une Infographie du panorama des principaux acteurs du paiement mobile en France. Sujet à suivre, donc...


[1] “Index mondial des paiements mobiles d’Adyen” de sept/déc. 2015
[2] “Panorama de l'e-commerce et de la distribution en 2026” par Criteo & Ovum
[3] Sondage Ipsos pour Fivory de juin 2015 "Les Français et le paiement mobile"
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