Marchés

"Nous préparons l’entrée en Bourse de Labeyrie Fine Foods entre 2018 et 2020", Xavier Govare, président du directoire de Labeyrie Fine Foods

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INTERVIEW Xavier Govare, président du directoire de Labeyrie Fine Foods, passe à l’offensive. À la suite de la réorganisation de son actionnariat il y a peu un plus d’un an et à l’entrée au capital du fonds PAI, les opérations de croissance extérieure se sont multipliées au cours de l’année 2015. Pour LSA, Xavier Govare revient sur le développement à marche forcée du groupe qui prépare en fait son entrée en Bourse.

«Sur le marché des MDD, la situation est difficile. On a beau avoir des outils industriels ultramodernes et acheter la matière première à un bon prix, cette activité ne génère aucune marge.»
«Sur le marché des MDD, la situation est difficile. On a beau avoir des outils industriels ultramodernes et acheter la matière première à un bon prix, cette activité ne génère aucune marge.»© Sylvie Humbert

LSA - En juillet 2015, Labeyrie Fine Foods a racheté Salés Sucrés, entreprise spécialisée dans le traiteur frais, et vient de prendre une participation de 50% dans le groupe Aqualande, leader de l’élevage de truite et du marché de la truite fumée. Quels sont les critères qui déterminent les opérations de croissance externe ?

Xavier Govare - Effectivement, en 2015, nous avons réalisé trois opérations de partenariats avec une prise de participation plus ou moins importante selon les sociétés. Un premier partenariat a été conclu en janvier avec les pêcheries Marinar, société canadienne qui détient des quotas de pêche en crevettes sauvages sur le Saint-Laurent, au Québec. Cette opération nous permet d’approvisionner le marché britannique et bientôt le marché français, plutôt dominé par la crevette tropicale. Nous préparons une gamme de crevettes sauvages. Protéger l’accès à la matière première de nos métiers est l’un des critères qui déterminent nos opérations de croissance externe. Cette préoccupation n’est pas nouvelle et nous a conduits, dès 2000, à inves­tir dans la filière du canard gras pour notre activité de foie gras. En partenariat avec la coopérative Lur Berri, nous détenons la société Palmitou. De même, nous venons d’établir un partenariat avec la Coopérative des Pisciculteurs landais pour prendre 50% du groupe Aqualande, numéro un de la truite fumée en France.

LSA - Qu’est-ce qui a motivé cette opération ?

X. G. - Ce marché bénéficie d’une croissance très dynamique, portée par une image de terroir français de qualité et de santé. Alors que 80% des poissons consommés en France sont importés, il est important que des filières aquacoles puissent se développer localement. Nous voulons développer un projet de pisciculture en circuit fermé, écologique. Aqualande bénéficie en amont d’une solide expertise en matière de génétique, de sélection et de reproduction de l’élevage. Ces compéten­ces associées à l’expertise de Labeyrie dans la transfor­mation de poissons fumés sont la clé de ce partenariat.

LSA - Mais l’acquisition de l’entreprise Salés Sucrés relève d’une vision différente ?

X. G. - En effet. Notre groupe s’est construit autour de trois pôles. Le premier est celui de l’alimentaire « plaisir », comprenant les activités de foie gras, de saumon fumé et le traiteur surgelé. Le deuxième est celui des crustacés et poissons. Et le troisième, celui de « l’apéritif cosmopolite », porté par notre marque Blini. En matière d’apéritif, force est de constater une évolution des comportements de la part des consommateurs. De l’apéritif au dessert, l’alimentation devient informelle : l’apéritif devient dînatoire et le snacking se développe. Les activités de Blini accélèrent sur ce positionnement et nous comptons compléter nos savoir-faire. La prise de participation de 75% du capital de Salés Sucrés, qui regroupe trois entreprises aux métiers complémentaires – Brindélices pour la production de salades plaisir, Mer et Gastronomie pour les plats cuisinés snacking chaud, et Pistache pour les desserts modernes – s’inscrit dans cette logique. Avant le rachat de Salés Sucrés, nous avions anticipé avec Blini le développement d’une gamme snacking, mais cette opération va nous permettre d’aller plus loin. Notre ambition est, aux côtés d’un pôle alimentaire plaisir et d’un pôle seafood, de construire un pôle « alimentation moderne ». Nous allons continuer à être excellents sur nos métiers matières qui sont le foie gras, le saumon et les crevettes. Ces activités restent le cœur de notre métier, cependant, elles sont très exposées à la volatilité des matières premières. Un équilibre doit être opéré avec nos métiers recettes, ceux de Labeyrie Traiteur Surgelés et de Blini.

LSA - Le changement d’actionnariat en 2014 favorise-t-il ces opérations ?

X. G. - Au cours de l’été 2014, le fonds PAI est, aux côtés de la coopérative Lur Berri, entré dans le holding de contrôle de Labeyrie Fine Foods à hauteur de 50%. Ce holding détient 85% de Labeyrie Fine Foods, alors que le management a le contrôle de 15%. Après un premier exercice en phase avec les résultats promis, la confiance s’est installée, et nos actionnaires nous permettent de passer à l’offensive en matière d’acquisitions. Nous sommes présents de l’apéritif au dessert, mais avec une position à renforcer dans le cœur de repas. À l’avenir, nous pourrions réaliser d’autres acquisitions dans ce métier.

LSA - Le groupe a réalisé 870 M€ de ventes en 2014. Quels sont ses objectifs pour 2016 et après ?

X. G. - Avec la prise de participation dans Salés Sucrés et Aqualande, le chiffre d’affaires de Labeyrie Fine Foods frôlera 1 Mrd € à la fin de l’exercice 2015-2016, clôturé le 30 juin 2016. Le groupe a l’ambition de croître afin de préparer son entrée en Bourse qui pourrait avoir lieu entre 2018 et 2020. Il a déjà été coté au second marché à Paris de 1999 à 2002 et également en Islande de 2004 à 2009. Après plusieurs opérations de LBO, nous estimons que cette perspective constitue une sortie raisonnable, d’autant plus que nous sommes parfaitement au fait des exigences de la vie d’une entreprise cotée en bourse.

LSA - L’entreprise dispose de 14 sites de production en France et au Royaume-Uni. Avez-vous des projets d’investissement industriel ?

X. G. - Chaque année, nous investissons 30 M€ dans notre outil industriel. Les exigences du maintien de nos outils et, de façon plus générale, pour satisfaire la réglementation, absorbent la moitié de ces investissements. L’autre est consacrée à la croissance et à la productivité. La pression concurrentielle et les exigences des distributeurs en matière de prix bas sont telles que nous devons avoir une technologie ultraperformante, tout en faisant preuve de créativité industrielle. Pour encourager la consommation de saumon, mais aussi faciliter la tâche du consommateur, nous avons ainsi mis en place des séparateurs de tranches. Cela nous a conduits à mettre au point un robot. Désormais, nos sept lignes de tranchage à haute cadence sont équipées d’un distributeur automatique d’intercalaires.

LSA - Parvenez-vous à créer des emplois ?

Xavier Govare - Le groupe emploie 4 500 personnes, dont 70% en usine. Le travail du foie gras, du saumon et des crevettes ne peut pas être complètement automatisé et requiert de la main-d’œuvre. Nous sommes le premier employeur des Landes. À l’exception d’un peu de saumon fumé d’Écosse fabriqué en Écosse et ­vendu sur le marché français, tous nos produits vendus en France y sont fabriqués. Nous créons de l’emploi dans l’Hexagone car nos activités se dévelop­pent. Cependant, avec la double pression d’un taux horaire qui augmente chaque année, et celle des distributeurs qui veulent acheter toujours au plus bas, l’industrialisation à outrance s’impose plus que jamais. Pour autant, le développement de la robotisation nécessite de gros investissements et affecte notre rentabilité.

LSA - Avez-vous mesuré les effets de la guerre des prix sur votre activité ?

X. G. - Dès que l’on entre dans une salle de négociation, nos clients nous disent qu’ils veulent de la déflation, sans porter assez de considération à la dépréciation de l’euro par rapport au dollar ou à la livre sterling, avec lesquels nous achetons nos crevettes, cabillauds et saumons, ni à la volatilité du cours des matières premières ni à l’inflation galopante des NIP. Avec nos marques, nous parvenions à résister. Mais la situation s’est dégradée ces deux dernières années et le regroupement des enseignes n’a rien arrangé. La pression s’est encore renforcée avec la dégradation des marges qui l’accompagne, sans pour autant générer d’activité supplémentaire. Sur le marché des MDD, la situation est encore plus difficile. Nous ne fabriquons presque plus de foie gras en MDD, alors que nous étions un producteur important. On a beau avoir des outils industriels ultramodernes et acheter la matière première à un bon prix du fait de notre intégration dans la filière, cette activité ne génère aucune marge. Sur le saumon fumé, la situation est également critique : il suffit d’une légère inflation de la matière première ou d’un renforcement de la monnaie locale pour que cette activité génère une marge négative. Nous continuons à faire tourner nos outils dédiés aux MDD et aux premiers prix, plus par responsabilité sociale et pour pérenniser des emplois que pour gagner de l’argent.

LSA - En Grande-Bretagne, vous réalisez 250 M€ avec les MDD. La situation est-elle différente ?

X. G. - De l’autre côté de la Manche, nous travaillons exclusivement pour le compte de marques propres. La relation de partenariat prime. Autrement dit, le distributeur veut avoir l’assurance que son partenaire industriel ait les moyens d’investir, de maintenir sa compétitivité. En France, la pérennité et le maintien de la compétitivité des entreprises partenaires MDD ne sont pas assez pris en compte par les distributeurs.

LSA - Restez-vous malgré tout optimiste ?

X. G. - Oui, car nous avons une forte capacité à innover et à faire rayonner nos marques. Les négociations commerciales constituent le point difficile dans nos relations avec les distributeurs, mais ils font preuve d’une grande écoute en matière d’innovation et de la structure de l’offre. C’est par l’innovation et la montée en gamme des produits que nous parviendrons à sortir de ces problématiques et permettre que chacun gagne sa vie. Le cas d’une de nos marques, L’Atelier Blini, est à cet égard, un bon exemple. Lancée en 2011, la griffe a fait en quelque sorte tout le contraire de ce que l’on apprend dans les écoles de marketing. Elle a pris le parti de proposer des recettes de tarama plus chères, dans des grammages plus importants et un packaging épuré. Pourtant, la gamme a vite connu une croissance à deux chiffres. Les consommateurs sont prêts à dépenser un peu plus pour se faire plaisir, leur comportement d’achat n’est pas uniquement dicté par la recherche du prix bas. L’augmentation des prix peut aussi contribuer à développer les catégories et les marges tant des distributeurs que des fournisseurs.

LSA - À l’appproche des fêtes de fin d’année, comment la saison s’annonce-t-elle ?

X. G. - Nous sommes très satisfaits des engagements de nos clients, liés en grande partie à nos très bonnes performances passées. La saison 2014 s’est très bien passée avec une bonne dynamique des ventes et par le succès de nos innovations. Les enseignes qui ont été les plus performantes sont celles qui ont le plus joué nos marques. Les événements tragiques du 13 novembre 2015 ne devraient pas peser sur nos ventes. Les consommateurs ont plus que jamais besoin d’être ensemble et de se retrouver autour de produits plaisir. 

Propos recueillis par Marie Cadoux, avec Florence Bray 

L’entreprise en chiffres

  • 85% : PAI et Lur Berri sont les actionnaires principaux réunis à 50/50 dans un holding de contrôle qui détient 85% du capital de Labeyrie Fine Foods
  • 870 M€ : le chiffre d’affaires de Labeyrie Fine Foods pour l’exercice 2014-2015 (clôturé le 30 juin 2015)
  • 4 500 salariés
  • 14 sites industriels en France et 2 en Grande-Bretagne

5 métiers piliers historiques autour de grandes marques : saumon fumé, caviar et poissons (Labeyrie, Lyons Seafoods), crustacés (Delpierre), foie gras et produits du terroir (Labeyrie), apéritif cosmopolite (Blini), traiteur surgelés (Labeyrie Traiteur Surgelés)

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