"Nous sommes au milieu du gué en matière de réduction du poids des bouteilles", Jean-François Roucou, directeur de la performance durable chez Pernod-Ricard

Matériau indispensable de l’industrie des spiritueux, le verre pèse un quart des émissions carbone du groupe Pernod-Ricard. Son directeur de la performance durable explique à LSA les efforts qui ont été réalisés pour diminuer l’empreinte carbone du groupe.

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LSA - Que signifie, chez vous, le développement durable ?
Jean-François Roucou -
Nous nous en préoccupons depuis toujours. Dès 1966, Paul Ricard avait créé l’Institut océanographique sur l’île des Embiez, qui joue encore un rôle important en Méditerranée. Nos initiatives en la matière étaient locales. Elles sont structurées au niveau du groupe depuis environ six ans, et nous venons de finaliser notre deuxième feuille de route.

LSA - Selon quels axes ?
J.-F. R. -
Nous avons défini quatre thèmes avec, notamment, celui d’aller un cran plus loin dans la maîtrise de l’eau, de l’énergie, des matières premières, mais aussi celui d’intégrer notre approche environnementale à la stratégie des marques.

LSA - Que pèse le verre en termes d’émissions carbone ?
J.-F. R. -
Il représente un quart de nos émissions carbone. Nous produisons environ 2,5 milliards de bouteilles par an, soit 700 000 tonnes de verre par an.

LSA - Peut-on imaginer s’en passer ?
J.-F. R. -
Il existe des alternatives, mais le verre reste le matériau roi pour les spiritueux, celui qui les protège le plus efficacement. Le verre est neutre, parfaitement étanche à l’oxygène, à la lumière,?etc. C’est important pour des liquides qui, parfois, restent longtemps en bouteilles.

LSA - Quels sont ses défauts ?
J.-F. R. -
Sa production demande beaucoup d’énergie, et il est lourd à transporter. Cependant, c’est l’un des rares matériaux qui soit recyclable à l’infini.

LSA - Recyclable ne signifie cependant pas recyclé…
J.-F. R. -
Tout dépend des pays. En Europe, le taux de recyclage du verre est de l’ordre de 80% et de 74% en France, grâce aux efforts conjugués de l’Ademe et d’Éco-Emballages depuis de nombreuses années. En Suisse et au Japon, il atteint 96%. Mais, aux États-Unis, il n’est que de 30% et de 17% au Canada.

LSA - Est-ce facile de réduire le poids d’une bouteille ?
J.-F. R. -
C’est un challenge, car nos bouteilles sont soumises à de nombreuses contraintes techniques, tant à l’embouteillage – sur les lignes à fortes cadences, elles doivent tenir le coup – que lors du transport. Et puis, chaque changement de bouteille demande, au préalable, un lourd investissement chez le verrier pour la réalisation d’un nouveau moule.

LSA - Existe-t-il des cas plus simples ?
J.-F. R. -
Oui, pour tous nos vins, car les formes des bouteilles sont standardisées. Ainsi, en 2010, le champagne a mené une action collective pour baisser de 7% le poids des bouteilles, ce qui est un exploit car elles sont très manipulées pendant les trois ans que dure l’élaboration de ce vin effervescent. Cette initiative a permis d’économiser 1 000 tonnes de verre pour nos deux signatures, Mumm et Perrier-Jouët. Sur notre marque de vin australien, Jacob’s Creek, nous avons gagné 10 000 tonnes sur un an, en réduisant de 120 grammes le poids des bouteilles, et 5 000 tonnes sur notre marque de vin espagnol, Campo Viejo.

LSA - Et sur vos marques de spiritueux ?
J.-F. R. -
C’est plus compliqué, car chaque marque dispose d’une forme de bouteille, qui est un critère important de différenciation pour le public. De manière générale, nous profitons du repackaging de nos marques pour réduire le poids de la bouteille [comme pour Absolut].

LSA - Reste-t-il une marge d’évolution ?
J.-F. R. -
Nous sommes au milieu du gué en matière de réduction du poids du verre. Les technologies évoluent, le design également… Tant et si bien que ce chantier ne sera jamais achevé.

LSA -Vous produisez du vin bio. Quid d’un spiritueux bio ?
J.-F. R. -
Le vin bio a du sens car, quand vous consommez du vin, vous absorbez le fruit de façon très directe. Toutes les étapes d’élaboration d’un spiritueux – distillation, aromatisation,? etc. – éloignent le consommateur de la matière agricole. Et puis, la distillation élimine les risques de traces de pesticides. Pour ces raisons, les spiritueux bio sont restés mineurs. Nous avons cependant un projet de « fair trade » pour l’achat des plantes aromatiques qui entrent dans la composition de notre amer italien, Ramazzotti. Celles-ci seront bio, achetées en Inde auprès de producteurs écoresponsables.

LSA - Y a-t-il un thème « durable » qui vous tient à cœur ?
J.-F. R. -
Nous sommes de grands consommateurs de canne à sucre. Or, coupeur de canne fait partie des métiers extrêmement difficiles. De récentes études ont montré que cette profession entraîne de sérieux problèmes de santé. En tant qu’industriel responsable, nous devons nous assurer que la canne à sucre qui entre dans la composition de nos spiritueux, notamment nos rhums, est récoltée dans de bonnes conditions pour les salariés. Selon une récente étude épidémiologique, Cuba [où est produit Havana Club, marque du portefeuille de Pernod-Ricard, NDLR] est un pays qui s’est toujours soucié de la santé de ses ramasseurs de canne à sucre. Par exemple, ils disposent d’abris dans les champs pour prendre leurs pauses à l’ombre. C’est important, car, même si ces ouvriers ne sont pas directement nos salariés, ils contribuent à la cohérence de notre engagement sociétal.

Le poids de la bouteille Absolut a été réduit de 13%, ce qui a demandé plus d’un an de travail aux équipes de cette marque de vodka premium.

Un acteur engagé 

  • 101 sites industriels
  • -26% d’émissions carbone entre 2010 et 2015
  • -20% : l’objectif de réduction de consommation d’eau et d’énergie d’ici à 2020 vs 2010,
  • -30% d’émissions de gaz à effet de serre
  • Zéro déchet mis en décharge
  • 100% de vignobles certifiés pour l’environnement

Source : Pernod-Ricard

Globe-trotter 

Cet ingénieur agronome (Paris-Grignon) est entré chez Pernod-Ricard en 1993 comme responsable de projet au centre de recherche du groupe à Créteil (94). Cinq ans plus tard, à la suite de l’acquisition du brandy arménien Ararat, il part à Erevan, la capitale arménienne où il occupe le poste de général manager. Il rejoint ensuite Cognac comme directeur industriel de Martell, avant de prendre le poste de directeur de la performance durable, en juin 2013.

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