« Nous voulons la mise en place d’une coresponsabilité »

INTERVIEWINTERVIEW Xavier Beulin, président de la fnsea Le président du premier syndicat agricole craint « l’anéantissement » de l’agriculture et de l’agroalimentaire si la guerre des prix en grandes surfaces se poursuit.

- 1,3 %

La chute des dépenses des ménages en mai en grandes surfaces alimentaires
Source : Kantar Worldpanel

LSA - Pourquoi interpeller le Premier ministre sur la question des prix

Xavier Beulin - Nous voulons l’alerter sur la guerre des prix dans l’alimentaire qui n’est pas sans répercussion sur l’ensemble de nos filières. Nous avons connu, en 2013, beaucoup de fermetures d’usines et d’entreprises de transformation, ce qui touche directement les producteurs en amont, qui voient leurs débouchés diminuer. Pour la première fois, nous perdons des milliers d’emplois, en collecte comme en transformation. Il ne s’agit pas d’en attribuer toute la responsabilité aux enseignes. Mais la guerre des prix à laquelle elles se livrent aggrave encore la situation, en rajoute au déficit structurel de ce pays en matière de compétitivité. Nous voulons la mise en place d’une coresponsabilité face à une situation économique et sociale qui est dramatique. Par ailleurs, la loi Hamon a été votée, et on pensait naïvement qu’elle permettrait des relations commerciales plus solides, une fois les négociations bouclées. Or, à peine clôturées, apparaissent des demandes de baisse de tarifs inacceptables. Pourtant, dans la filière, la distribution a été la grande bénéficiaire du CICE (crédit impôt compétitivité emploi). Les enseignes auraient pu convenir d’un type de report vers les fournisseurs. C’est le contraire qui se produit ! Il est temps d’instaurer une forme de patriotisme économique et commercial qui bénéficie à tous.

LSA - Quels sont les secteurs agricoles les plus affectés

X. B. - Les filières animales et fruits et légumes sont très exposées aux baisses de prix. Les filières bovines et laitières – où les négociations sont très dures – tentent de résister depuis deux ou trois ans. Les filières volailles et porc vivent aussi un véritable drame. Les pouvoirs publics nous disent que le modèle breton d’exportation de volailles est « foutu » et qu’il faut relancer la consommation intérieure. Mais il faudrait qu’ils nous y aident via une concertation avec la grande distribution dans une réflexion plus globale! Même chose dans le domaine de l’oeuf, qui traverse une crise durable. Certes, en économie de marretrouvez ché, nous ne sommes pas au pays des Bisounours. Mais on veut à la fois une qualité, de l’origine, du goût, de la traçabilité et un prix mondial, ce qui n’est pas compatible. Dans ce contexte, tout le monde perd de l’argent, alors pourquoi ne pas mettre en place une forme de coengagement.

LSA - La situation ne vient-elle pas de la baisse du pouvoir d’achat et de la hausse de la TVA que, pourtant, vous défendez

X. B. - Je suis bien conscient des difficultés économiques et sociales du pays, de la hausse des prélèvements ou de celle du chômage. Certains défendent l’idée que la baisse du pouvoir d’achat entraîne une baisse de la consommation, qu’il faut limiter en bradant les prix. Je ne suis pas sûr que ce soit le raisonnement le plus vertueux. Il ne s’agit pas de prendre le consommateur pour une vache à lait, mais le moment est venu d’avoir une discussion équitable d’un maillon à l’autre, sans quoi, je crains qu’on anéantisse toute l’agriculture et l’agroalimentaire.

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Article extrait
du magazine N° 2324

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