Marchés

Nouvelle salve de rachats dans l'industrie alimentaire

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Guy Schumacher devrait céder ses parts (77,16 %) chez Brossard à Limagrain
Guy Schumacher devrait céder ses parts (77,16 %) chez Brossard à Limagrain© DR

Pas moins de cinq annonces en six jours : trois le mardi 5 avril (cessions de Pringles à Diamond Food, de Brossard à Limagrain et d'une usine de Duc aux Mousquetaires), une le 6 (rachat de Champador par Saint-Michel) et la dernière le 10 (reprise de Wälchli par Lactalis), c'est-à-dire dimanche. La semaine dernière a été très active en termes de fusions-acquisitions dans l'industrie alimentaire. Avec des opérations de nature et de dimensions très différentes, de la revente de la marque Pringles, milliardaire en chiffre d'affaires, par Procter et Gamble au rachat d'une usine de transformation de volaille dans le Morbihan pour les besoins en marques propresd'un distributeur... Diverses également côté vendeurs - recentrage ici, développement là, opération patrimoniale ailleurs -, ces opérations, menées tantôt par de grosses PME, tantôt par des groupes internationaux, témoignent du bouillonnement qui traverse un secteur de l'agroalimentaire confronté aux défis de la croissance et d'une concurrence exacerbée. Revue de détails des affaires en cours.

St Michel se diversifie avec Champador 

LES RAISONS : acquisition de technologie et recherche de nouveaux débouchés sur un marché connexe à la biscuiterie.

Champador, « troisième PME agroalimentaire du département de la Dordogne, avec 40 millions d'euros de chiffre d'affaires 2010, dont 17% à l'export, et 235 salariés », selon son PDG, Alain Téot, s'apprête à passer sous la coupe des galettes St Michel. Cette société, présidée par François-Xavier Gervoson, frère du patron d'Andros, est en négociation exclusive en vue de racheter l'entreprise spécialisée dans les pâtes prêtes à garnir, qui produit aussi les biscuits Palmito et Petits Coeurs pour Kraft Food. Cette sous-traitance ne représenterait pas plus de 10% de l'activité de Champador, selon Alain Téot. La raison du rachat ? « Nous sommes complémentaires de St Michel en termes de technologie et de marchés », explique le PDG de Champador. Avec ses pâtes à garnir, l'entreprise fournit en effet le réseau des collectivités et du hors-domicile que St Michel n'atteint pas. Selon la presse locale, l'opération permettrait à Champador de « sortir du rouge ». Démenti d'Alain Téot, qui renvoie aux comptes publiés au greffe, lesquels font état de 2 millions d'euros de résultat net pour l'année 2009. Pour 2010, Alain Téot admet néanmoins « des difficultés de trésorerie dues à la restructuration d'un GIE à destination du secteur de la restauration auquel appartenait Champador ». Des soucis qui seraient aujourd'hui oubliés.

 

Limagrain négocie la reprise de Brossard

LA RAISON : Renforcer l'intégration industrielle de la coopérative agricole dans la panification.

Le 5 avril, la coopérative agricole Limagrain a confirmé être entrée « en négociation exclusive avec monsieur Guy Schumacher en vue de l'acquisition de sa participation de 77,16% dans le capital de la société Brossard ». Cette société est valorisée 27 millions d'euros sur Alternext. Si les discussions aboutissent, les fameux gâteaux Brossard et Savane rejoindront ainsi la division panification de Limagrain, déjà forte des pains Jacquet et Harry's. Un débouché supplémentaire pour Limagrain, qui mise sur une complémentarité évidente avec ses activités. Sa branche panification représente 173 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010, sur un total de 1 milliard d'euros, essentiellement réalisé dans les semences. Le rachat de Brossard, explique-t-on en interne, « permettra de consolider cette activité ». Le fabricant de pâtisseries, qui avait cédé sa division surgelés à Alfesca début août 2010, pour 24,5 millions d'euros, a publié un chiffre d'affaires net, au 30 juin 2010, de 66,4 millions d'euros (hors surgelés). Au 31 décembre, les résultats semestriels faisaient apparaître une baisse du chiffre d'affaires de 4,4 % (à 35,4 millions d'euros) et une chute du résultat net de 59% (à 1,7 million d'euros).

Lactalis investit le Saint-Nectaire

LES RAISONS : Se renforcer sur une appellation d'origine pour Lactalis et avoir les moyens de poursuivre les investissements pour Wälchli.

L'appétit de Lactalis pour les fromages sous appellation d'origine se confirme avec le rachat de l'entreprise familiale Wälchli, sise dans le Cantal et spécialisée dans la production du Saint-Nectaire. Pierre Wälchli (photo) a cédé les parts de sa société (18,5 M € de chiffres d'affaires en 2010), mais reste aux commandes. L'entrepreneur obtient ainsi les moyens d'investir dans un nouveau site de fabrication, après un investissement similaire réalisé, en 2007, pour sa cave d'affinage. Lactalis transforme déjà environ 7 millions de litres de lait en Saint-Nectaire dans son usine d'Allanche. Ce rachat a été annoncé au moment même où la fromagerie concurrente Dischamp célèbrait son centenaire. Une revanche pour Lactalis, à qui Dischamp avait soufflé (à la suite de la liquidatioin judiciaire du groupe Toury) en 2007 La Laiterie de la Montagne au nez et à la barbe du groupe lavalois, au terme d'une bataille judiciaire à rebondissements.

Nuggets au menu des Mousquetaires

LES RAISONS : Développer les gammes MDD pour les Mousquetaires. Sortir de la production de panés surgelés pour Duc.

Les Mousquetaires plument déjà beaucoup de poulets dans leurs usines, mais ne disposaient pas d'outil de fabrication de nuggets et de panés surgelés. Or, c'est la spécialité du site de Plumelin (Morbihan) que le groupement vient de reprendre au volailler Duc, qui l'avait racheté en 2008 au groupe coopératif agroalimentaire Cecab. Plumelin, qui emploie 43 personnes, fabrique 3 000 tonnes de nuggets et de panés surgelés chaque année. Mais face à la percée des importations, Duc a décidé de s'en séparer.

Procter & Gamble confie Pringles à Diamond Foods

LES RAISONS : Pour Diamond Foods, acquérir une dimension mondiale dans le snacking. Pour Procter, se concentrer sur la droguerie-parfumerie-hygiène.

L'opération la plus lourde de la semaine est aussi la moins surprenante. Dans le portefeuille de Procter et Gamble, les chips Pringles étaient la dernière grande activité alimentaire du groupe. Avec une valeur certaine : Pringles est la quatrième marque du secteur des snacks au niveau mondial, avec un chiffre d'affaires détail de 2,36 milliards de dollars. Une position inconfortable pour Procter et Gamble, qui préfère concentrer ses investissements sur l'hygiène-beauté, mais prometteuse pour Diamond Foods, spécialiste des snacks, qui saisit ici l'occasion d'atteindre une dimension internationale. Seul, Diamond réalisera 925 à 950 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2011, à 79% aux États-Unis. Avec le 1,4 milliard de dollars prévu pour Pringles, le groupe passera à la dimension supérieure, avec 2,32 à 2,37 milliards de dollars et 46% des ventes à l'international. Quant à la marge Ebitda, elle devrait pratiquement tripler, à 400 millions de dollars, y compris 25 millions de dollars de synergies, selon le groupe. Une proie trop grosse pour Diamond Foods ? En fait, le montage retenu est une garantie. Si Pringles est valorisé à 2,35 milliards de dollars, la transaction sera payée en actions Diamond, pour une valeur de 1,5 milliard de dollars et en reprise de dette pour 800 millions de dollars, sous réserve de l'accord des actionnaires. Au final, Procter détiendra donc 57% des parts de Diamond Foods.

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