[NRF18] Pour vendre plus, Walmart bichonne ses salariés

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Le PDG de Walmart Doug McMillon a détaillé ce 14 janvier au Retail's Big Show 2018 sa stratégie pour que son groupe ne perde pas pied face au géant du Net Amazon. Il prend soin de ses employés mais mise également sur des technologies orientées client.

[NRF18] Pour vendre plus, Walmart bichonne ses salariés et mise sur la technologie.
[NRF18] Pour vendre plus, Walmart bichonne ses salariés et mise sur la technologie.© LSA

Le PDG de Walmart a un rêve. Lors de son intervention ce 14 janvier au Retail's Big Show 2018, le grand rendez-vous annuel de la distribution organisé à New York, Doug McMillon s'est imaginé posant à ses 2,3 millions de salariés la question "qu'est-ce qui est permanent chez Walmart ?". "Le changement !", répondent d'une seule voix les employés modèles fantasmés par le patron. Pour que cette vision se matérialise, Doug McMillon doit faire en sorte que ledit changement n'effraye pas le gros de ses troupes, ce qui n'est pas une mince affaire car chez Walmart, ce terme rime en ce moment avec automatisation des taches. Le groupe développe par exemple, dans le cadre d'un projet baptisé Kepler et dévoilé en décembre 2017, un magasin sans caisse qui n'est pas de bon augure pour sa masse salariale. Il a également annoncé le 12 janvier la fermeture de 63 établissements de sa filiale Sam's Club aux Etats-Unis.

Pour rassurer ses salariés, le PDG met la main au portefeuille et souhaite de cela se sache. "Nous allons augmenter à partir du mois de février 2018 le salaire minimum de plus d'un million de nos collaborateurs à 11 dollars de l'heure et payer à certains une prime pouvant aller jusqu'à 1000 dollars […]. Cette politique de hausse des salaires se poursuivra dans le futur", a martelé le patron au cours de ce question-réponse orchestré par Matthew Shay, le dirigeant de la National Retail Federation, qui organise le salon (le salaire minimum au niveau fédéral est de 6 dollars de l'heure, même s'il est plus élevé dans 29 Etats).

Doug McMillon ne l'a pas précisé, mais cette hausse des appointements, déjà annoncée avec force roulements de tambours le 12 janvier, est financée par la réforme fiscale américaine adoptée en décembre 2017, qui ramène le taux d'impôt nominal sur les sociétés de 35 à 21% aux USA. Mais cette décision reste le prolongement d'une politique d'augmentation des bas salaires plus ancienne. En janvier 2016, l'entreprise avait par exemple décidé que ses nouvelles recrues seraient payées 9 dollars de l'heure minimum.

Deuxième point de la stratégie de Walmart évoqué sur scène par le patron : la formation de ses salariés aux nouveaux outils technologiques : "depuis 2016, nous avons créé 200 écoles Walmart par lesquelles sont passés plus de 225 000 collaborateurs sur la seule année 2017. En moyenne, ils travaillent plus longtemps chez nous que le salarié lambda de l'entreprise", affirme Doug McMillon.

La plus grande entreprise du monde en terme de chiffre d'affaires (485,873 milliards de dollars pour la seule année 2016) ne choye pas ses salariés gratuitement, mais bien pour vendre plus. Ses 13 trimestres consécutifs de croissance des ventes aux USA (du troisième trimestre 2014 au troisième trimestre 2017) sont directement liés à cette politique. "Car ce sont les salariés de Walmart qui sont au contact des clients en magasin", insiste le patron.

Pour séduire ces clients, l'entreprise mise sur la technologie, troisième point de sa stratégie évoqué sur la scène principale du Javits Convention Center par le dirigeant. "Nous allons annoncer en 2018 de nouveaux investissements", a indiqué Doug McMillon. Ces opérations devront être analysées sous cet angle purement marchand, tout comme les derniers rachats effectués par le groupe. "Nous n'avons pas mis la main sur le site d'e-commerce Jet.com (en août 2016 pour 3,3 milliards de dollars, ndlr) parce que son patron Marc Lore était un fou de nouvelles technologies, mais parce qu'il est un vendeur hors-pair !" s'exclame le PDG. Et de poursuivre : "lorsqu'ils décident d'acheter, les clients prennent une décision en grande partie rationnelle, basée sur le prix et la disponibilité d'un maximum d'articles (Walmart propose actuellement 70 millions de références en ligne, ndlr). La politique de pricing intelligent de Jet.com est en ce sens une idée brillante". Lorsque ses clients s'apprêtent à payer leur panier en ligne, le site leur indique que leur livrer en plus tel ou tel autre produit lui permettrait de réaliser des économies sur sa chaîne logistique. Il propose donc à l'internaute d'acheter ces marchandises avec des réductions. Le panier client s'en trouve souvent augmenté.

Pour que cette stratégie technologique orientée client porte ses fruits, "nous avons donné à Marc Lore la force de frappe importante de Walmart, en lui confiant la direction de l'ensemble de nos sites e-commerce, y compris ceux que nous avons rachetés récemment", indique Doug McMillon. En 2017, le géant de la vente en ligne a notamment mis la main pour 310 millions de dollars sur le spécialiste de la mode pour hommes Bonobos. Il a également racheté Shoebuy (qui commercialise des chaussures) pour environ 70 millions de dollars, le vendeur de vêtements outdoor Moosejaw pour 51 millions de dollars et Modcloth (mode féminine) pour 50 à 75 millions de dollars. Le groupe a vu son chiffre d'affaires lié à la vente en ligne croître de plus de 50% sur un an au troisième trimestre 2017. A titre de comparaison, Amazon a vu ses ventes e-commerce augmenter de 15,5% aux USA sur la même période. Un bilan positif qui semble de bon augure pour la suite. 

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