Observatoire des prix : les distributeurs réalisent des marges faibles sur les produits agricoles

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Le rapport Chalmin issu de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires fait à nouveau apparaître des marges faibles pour la distribution sur la plupart des rayons, alors qu’elle est régulièrement accusée de capter la valeur ajoutée. Et même si les exploitations agricoles vivent une crise sans précédent.   

Philippe Chalmin, lors de la présentation du rapport sur les prix et les marges, le 11 avril 2016 au ministère de l'Agriculture
Philippe Chalmin, lors de la présentation du rapport sur les prix et les marges, le 11 avril 2016 au ministère de l'Agriculture

Le rapport Chalmin - du nom du président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires - publié pour la cinquième année consécutive - fait à nouveau apparaître une marge très faible réalisée par la distribution dans les rayons proposant des produits agricoles bruts ou peu transformés. Pour 2014, dernier chiffre disponible, la marge moyenne est de 0,8 %. Autrement dit, même quand les prix agricoles s’effondrent, les enseignes ne gagnent pas ou peu d’argent avec les produits frais.

Du coup, l’accusation d’une captation de la valeur ajoutée par la distribution au détriment de son amont tombe. C’était pourtant la mission première - pas forcément énoncée - de cet Observatoire que de rendre la grande distribution responsable, par la pression sur les prix, et la concurrence qu’elle se fait, des chutes de prix subies par les exploitations agricoles. “Les prix agricoles ont leur propre autonomie, décorrélés des prix alimentaires et dont la formation provient des cours mondiaux, des situations géopolitiques ou des changes. La distribution n’est pour rien dans les crises agricoles” a souligné Philippe Chalmin. Une évidence.

La brutalité de la baisses des prix agricoles

Ce n'est pas du tout l'avis de la FNSEA... "Comment ne pas s’interroger sur la nouvelle baisse généralisée des prix payés aux producteurs (-2,4% en moyenne, -15% dans le lait par exemple) de 2015 alors qu’en magasin, les prix sur les étiquettes ont augmenté (+0,5%) ? interroge le syndicat présidé par Xavier Beulin. Alors que les agriculteurs manifestaient leur désespoir, des marges se reconstituaient chez leurs « partenaires commerciaux ». Il est évident que l’année 2015 restera marquée par des transferts de valeur très conséquents de l’amont agricole vers les autres maillons de la filière. Le consommateur, présenté comme le soi-disant gagnant de la guerre des prix, n’y gagne aujourd’hui plus rien. Pour autant la crise bénéficie à certains acteurs : grande distribution ou transformateurs… L’étude montre en effet que sur les trois produits phares que sont le steak haché, longe de porc, lait UHT, l’écart grandit entre le prix payé aux producteurs et le prix payé par le consommateur."

Tout le monde est d'accord, sur la brutalité de la chute des cours des matières premières, qui met à mal les exploitations. “Les prix actuels ne couvrent pas les coûts de production”, souligne  Philippe Chalmin. C’est vrai pour la viande bovine depuis longtemps, pour la viande porcine depuis trois ans, et pour le lait actuellement, mais les producteurs avaient bénéficié d’une belle année en 2014, et même en 2015. Et quand le lait va mal, on abat des vaches laitières, ce qui rajoute à la crise de la viande bovine !

Mais pour autant, les enseignes ne pratiquent pas d'énormes marges sur les produits agricoles, loin de là. Ne prendre en compte que l'écart entre le prix à la consommation et le prix à la production n'est pas révélateur d'une maximisation des bénéfices au stade du commerce. Pour 100 euros de chiffre d’affaires, les marges sont même négatives pour le rayon poissonnerie (- 5,3 %), pour le rayon boucherie, (- 1,3 %) et boulangerie (-0,7 %). Elles sont très faibles en produits laitiers (+0,1 %),  et en fruits et légumes (+1,4 %). Elles sont plus fortes en volaille (+ 5 %) et en charcuterie (+5,7 %). D’où vient cette différence de marge ? Pour partie, de la transformation. ou des charges de personnel. Pour la boucherie et la poissonnerie, c’est en effet le distributeur qui doit valoriser son rayon, via les bouchers, les poissonniers, le coût des étals, le service. C’est l’enseigne qui prend en charge la valorisation de l’offre, et elle lui coûte.

La charcuterie et la volaille, mieux valorisés

En revanche, quand il s’agit de la charcuterie, ou de la volaille, les produits ont déjà été élaborés et valorisés par les industriels, et la distribution n’a pas à en supporter les coûts. Les marges sont donc plus faciles à réaliser, et les produits, souvent déjà sous emballage, n’entraînent pas les mêmes coûts que pour d’autres produits frais. Dans les fruits et légumes, c’est la “freinte” - les produits qui s’abîment, et qu’il faut écarter, qui coûtent. Reste les produits laitiers. Sauf le lait de consommatinon, la plupart sont transformés. Jusqu’à 2013, les enseignes réalisaient un peu de marge (2,3 %) mais l’envolée des prix du lait à la production en 2014 les a fait chuter à 0,1 %.  

Il ne semble donc pas y avoir de stratégie particulière des enseignes vis à vis de la volatilité des prix agricoles. Que ceux-ci baissent ou augmentent, les prix à la consommation restent relativement stables. Il y aurait donc plutôt une forme de passivité devant les phénomènes de yoyo des cours des matières premières. Quand les prix à la production grimpent, la distribution gagne moins d’argent - et quand ils baissent, elle en gagne plus. Sur une période longue, on voit qu’elle s’adapte, mais lentement. Actuellement, les prix stagnent ou baissent, ou des produits font l’objet de promotions. Dès que les cours des matières augmenteront, les prix à la consommation, eux, devraient rester stables.  Il n’est pas impossible, même, que les enseignes découvrent, via le rapport Chalmin, des chiffres qu’elles ignoraient sur leur propre fonctionnement ! Lequel, d'ailleurs, est basé sur un jeu de péréquation entre rentabilité et attractivité. Pour attirer le chaland et lui vendre tout le reste, il faut un rayon boucherie attractif, et des baguettes de pain pas chères. 

Un outil d’abord pédagogique...

L’Observatoire sert donc surtout à la pédagogie. Le rapport pourra même servir des étudiants qui voudraient décortiquer le fonctionnement de la micro-économie, avec une approche très fouillée, du fonctionnement de la distribution, de l’industrie, ou de la production agricole. Mais il ne servira pas à résoudre les crises agricoles, ou la capacité des acteurs à jouer dans une économie de marché très complexe. Et il n’empêchera sans doute pas les mêmes acteurs, producteurs, industriels et distributeurs, à s’écharper pendant le Salon de l’Agriculture et les négociations commerciales, en s’accusant mutuellement.

Les manifestations n’ont d’ailleurs pas été inutiles pour les producteurs, puisque des centaines de millions d’euros ont été mis sur la table par l’Etat au bénéfice des exploitants et que les distributeurs, pas forcément ravis de voir la production si mise à mal, ont accepté des tarifs, notamment dans le lait, le porc et le boeuf, qui n’auraient peut être pas été acceptés sans la venue des agriculteurs dans les magasins...

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