Obsolescence programmée...

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« L'obsolescence programmée est une aberration écologique et sociale.» Le président du groupe Europe Écologie les Verts au Sénat, Jean-Vincent Placé, en est convaincu : des industriels écourtent volontairement la durée de vie de leurs produits afin de contraindre les consommateurs à renouveler leurs achats. Les consommateurs seraient ainsi manipulés par ces méchants industriels qui ne penseraient qu'à engranger des bénéfices et à polluer la planète. De telles allégations ne sont pas nouvelles puisque les apôtres de la déconsommation l'évoquent depuis des décennies (1932 exactement). Jusqu'ici, on pouvait sourire de cette théorie conspirationniste.

Mais voilà, le sénateur Placé veut modifier la loi. Il prévoit une définition du « délit d'obsolescence programmé » pour permettre des actions en justice, notamment grâce à des actions de groupe. Et, surtout, il veut étendre progressivement de deux à cinq ans la durée légale de garantie pour les produits électriques et électroniques. Il préconise également de prolonger de six mois à deux ans le délai pour faire jouer la garantie sans besoin de prouver le défaut de conformité pour le consommateur. Enfin, il propose de rendre les pièces détachées disponibles pendant dix ans afin de faciliter les réparations. Ce qui, selon lui, « permettrait une réindustrialisation locale et la création d'emplois non délocalisables pour l'entretien et la réparation ».

Quand le souhait d'une « économie durable » mène vers une « économie friable »...

Sur le fond, il n'a pas totalement tort. Oui, certains produits sont jetables. Mais cette obsolescence n'a rien de programmée. Elle est simplement inévitable parce que des consommateurs achètent du bas de gamme, qu'ils sont tombés sur « un mauvais numéro » ou sur une piètre marque. Mais tous les produits ne sont pas « conso-dégradables ». Une étude du Gifam montre que les gros appareils ménagers durent en moyenne plus de dix ans, soit aussi longtemps qu'il y a trente ans ! Peut-on ignorer que la fragilité des produits vient aussi de leur modernité ? Faut-il revenir aux bonnes vieilles 2CV sous prétexte que les voitures d'aujourd'hui sont plus fragiles, car bourrées d'électronique ? Certainement pas. Jean-Vincent Placé ne doit pas, par ailleurs, ignorer que cette même modernité permet de réaliser... des économies d'énergie (eau, électricité, essence...). Enfin, très souvent, les Français s'équipent non parce que leur appareil est tombé en panne, mais parce qu'ils en ont envie. Parce qu'ils déménagent, qu'ils divorcent ou se marient, que les modes ont changé, qu'ils veulent de produits plus modernes... ou plus écologiques.

Autre argument, si le coût de gestion des garanties et services après-vente devient prohibitif, les marques tenteront d'harmoniser leurs pièces détachées et leurs références. Il y a donc bel et bien un risque de banalisation de l'offre. Ce projet peut alors devenir un frein à l'innovation. Et c'est justement cette même innovation qui dope les marchés, les ventes, la consommation, et donc notre économie.

Enfin, ces bouleversements auront un prix. Pour le sénateur Placé, il est évident qu'industriels et distributeurs rogneront sur leurs marges. Mais alors que certaines enseignes sont proches du rouge et que des marques s'inquiètent de la baisse des ventes, il est fort probable que le consommateur paiera l'addition. Soit par des hausses de prix. Soit par un arrêt des embauches et, pire, par des licenciements.

En voulant privilégier les petits dépanneurs locaux, Jean-Vincent Placé prend le risque de favoriser la délocalisation des usines comme des SAV. Ou quand le souhait d'une « économie durable » mène vers une « économie friable ».

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Article extrait
du magazine N° 2272

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