Oeufs contaminés au fipronil: passe d'armes entre Michel-Edouard Leclerc et Richard Girardot, PDG de Nestlé

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Dossier La publication par Michel-Edouard Leclerc d'un billet épinglant le lobbie industriel dans le cadre de l'affaire des oeufs au fipronil n'a pas manqué de faire réagir Richard Girardot, PDG de Nestlé, via blog interposé.  

Michel-Edouard LECLERC, Président Centres Edouard LECLERC
Michel-Edouard LECLERC, Président Centres Edouard LECLERC©Sylvie Humbert

Désireux de faire oeuvre de transparence depuis le début de cette crise, Michel-Edouard Leclerc dans son dernier billet daté du 23 août s'est montré un brin polèmique, pointant du doigt un système opaque et les difficultés de certains industriels à tracer correctement et facilement leurs approvisionnements. Extrait! 

Un système opaque

"Pour ce qui est des fournisseurs de l'épicerie rattachés au Galec (groupement d'achat E.Leclerc), nous en sommes à 271 retours sur 319 fournisseurs contactés. Il ne manque plus que 48 retours. Nous en étions à 190 retours vendredi 18 août, date de mon dernier billet de blog. Les choses avancent donc, mais que de temps ! Ceci explique aussi que des annonces de retrait soient annoncées chaque jour. Les contrôles et analyses prennent du temps, certains industriels ont aussi initialement sous-estimé les risques....À lire certains commentaires ici ou là, on voit bien que ce sont d'abord les distributeurs qui sont appelés à se justifier, plus que les fabricants. Les médias se tournent d'ailleurs spontanément vers les grandes surfaces et assez peu vers les industriels, faisant ainsi passer une crise qui est d'abord celle de la production (éleveurs, fabricants) pour une crise de la distribution ! Nous avons hélas l'habitude...il n'empêche qu'on est face à un vrai problème qui est celui de la difficulté incompréhensible qu'ont certains industriels à tracer correctement et facilement leurs approvisionnements. Un système assez opaque est ainsi pointé du doigt, que les lobbies industriels ont réussi à masquer jusqu'à présent en obtenant des politiques une exigence de transparence bien moins stricte que celle imposée aux distributeurs. Je ne me plains pas de ces normes de traçabilité et de transparence qui nous sont imposées, elles sont lourdes à gérer au quotidien mais elles vont dans le bon sens. Mais comme pour l'histoire des marges, je demande qu'on impose les mêmes règles aux industriels qu'aux distributeurs !", a t-il conclu. 

Un mensonge en forme de leçon malvenu

Une charge en règle donc contre les industriels, qui n'a pas manqué de faire réagir très rapidement Richard Girardot, PDG de Nestlé via son blog. "Le lancement des Etats Généraux de l’Alimentation fin juillet par le Président de la République a un instant donné le sentiment que l’ensemble de la filière de production et distribution alimentaire s’accordait sur le fait que cinq années de guerre des prix entre enseignes devenaient autant un risque pour l’emploi que pour la qualité des produits. Début août, l’affaire des œufs contaminés au Fipronil aurait dû renforcer ce sentiment au regard du nombre de distributeurs touchés par ce problème sur les gaufres vendues sous leurs marques. .. Hélas, Michel-Edouard Leclerc a trouvé sur son blog plus pertinent d’essayer d’exonérer son groupe de toute responsabilité en essayant de détourner les soupçons vers l’ensemble de l’industrie agro-alimentaire et son association professionnelle, relativisant ainsi les problèmes de ses marques Repère ou Eco+. Cela est regrettable, car lorsqu’ils vendent leurs marques propres, les distributeurs se retrouvent à faire face aux mêmes difficultés et responsabilités que les marques nationales vis-à-vis des consommateurs.... Plus grave est le fait de laisser entendre que l’industrie agro-alimentaire vendrait de mauvais produits pour préserver ses marges au détriment de la santé des consommateurs ! Ce mensonge en forme de leçon est d’autant plus malvenu de la part d’un distributeur qui pour acheter toujours moins cher, pousse ses fournisseurs à la faute en s’exonérant lui-même des contraintes du droit français. Que penser ainsi de la création de la grande centrale d’achat « Eurelec Trading » à Bruxelles, au travers de laquelle un distributeur français négocie, commande, fait livrer et facturer depuis la Belgique des produits français à destination d’entrepôts français, de magasins français, pour des consommateurs français, tout en s’affranchissant des contraintes de la fiscalité et du droit français ? La manœuvre est habile pour acheter à des prix toujours plus bas. Elle est injuste pour tous ceux qui respectent le droit et en assument le coût. Elle est indigne si elle pousse ceux qui ne peuvent pas répondre aux injonctions de baisse de prix permanente à aller s’approvisionner au moins cher, au risque d’acheter des produits issus de pratiques peu scrupuleuses. L’esprit constructif des Etats Généraux de l’Alimentation peut-il s’accommoder de telles pratiques ? Personnellement j’en doute, car elles contribuent à perpétuer une guerre des prix qui ne pourra que pousser les autres enseignes à s’expatrier elles-aussi pour tirer les prix vers le bas. Tant pis pour nos agriculteurs. Tant pis pour l’emploi industriel. Tant pis pour le consommateur", conclut-il. 

 

 

1 commentaire

FREDERIC

24/08/2017 19h18 - FREDERIC

Bravo à Mr Richard Girardot de dénoncer tout haut ce que peu de consommateurs et d'hommes politiques français ne savent: 1/ la guerre des prix déclanchée en toute hypocrisie par LECLERC est un facteur terrible de perte de pouvoir d'achat puisque, mettant les marges des industriels sous une pression insupportable, c'est un formidable accélérateur de la desinstrialisation de la France et c'est donc destructeur d'emploi. Les prix baissent mais on met les français au chomage ! 2/ cette guerre des prix conduit à une baisse de la qualité et à une augmentation de l'insécurité 3/ le montage de EURELEC est un véritable scandale, tout comme toutes les autres super centrales d'achat (INCA, INTERDIS, SYSTEMA)

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