Olivier Andrault

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INTERVIEW Alors qu’a fuité une version préalable du rapport de la Cour des comptes sur la sécurité sanitaire de l’alimentation, Olivier Andrault s’insurge contre la lecture qui est faite de l’analyse sur les premiers prix. La réalité serait plus complexe. 

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LSA - Faut-il paniquer devant la description qui est faite des premiers prix selon la Cour des comptes

Olivier Andrault - Certainement pas, parce qu’en réalité, il n’y a pas de différence de qualité sanitaire entre les premiers prix, les marques de distributeurs et les produits à marque, tous nos tests comparatifs le démontrent. D’ailleurs, cela vaut aussi pour la qualité nutritionnelle, voire même pour la note de dégustation. Tout d’abord, sur la qualité sanitaire, celle-ci est identique, parce qu’elle n’est pas en option, il y a un cadre réglementaire au niveau européen. Quant à la qualité nutritionnelle, il n’y a pas, ou très peu de différences à l’intérieur d’une même famille de produits : les couscous en conserve sont globalement tous trop salés, les cordons bleus sont gras et les céréales du petit déjeuner trop sucrées, qu’il s’agisse de premiers prix, de MDD ou de marques. Enfin, du point de vue gustatif, nos tests démontrent que des premiers prix devancent très souvent la qualité des gran­des marques. Si, pour le jus d’orange, Tropicana reste en tête, c’est le premier prix d’Auchan qui rafle la deuxième place devant tous les autres produits, tel Andros. Pour le jambon cuit supérieur, Fleury Michon est le meilleur, suivi par cinq premiers prix de chez U, Carrefour, Auchan… Et après seulement vient la marque Herta !

LSA - Le rapport évoque pourtant des qualités inférieures, des « VSM » peu ragoûtantes… Est-ce le cas

O. A. - En ce qui concerne la matière première mise en œuvre, nous avons pu repérer des ingrédients de moindre qualité dans certains premiers prix, mais ce n’est pas la règle générale. Sur les matières premières qui seraient impropres à la consommation, le pré-rapport mentionne effectivement les premiers prix, mais sous la forme de verbatim ne concernant que certaines usines de produits carnés. Pour les viandes séparées mécaniquement (VSM), le problème évoqué n’est pas d’ordre sanitaire, mais plutôt du domaine de la qualité des ingrédients mis en œuvre. Et si le problème de transparence due au consommateur est avéré, il vaut autant pour les premiers prix que pour les grandes marques.

LSA - Il est pourtant prouvé que le risque sanitaire en France reste très inférieur à celui des États-Unis…

O. A. - Oui, la qualité sanitaire des produits est bonne et on peut rassurer le consommateur. Mais pour combien de temps La Cour des comptes dénonce une situation scandaleuse, avec un sous-effectif chronique dans les services de contrôles, le manque de sanctions – on l’a vu avec l’affaire du horsegate – ou l’absence de communication transparente des résultats des contrôles. La focalisation sur les premiers prix nous énerve, car elle masque le vrai problème, celui de la faible pression de contrôle officiel de toute la chaîne alimentaire en France et celle des produits importés, avec des services de contrôles entravés dans leur action par des tutelles multiples, qui, trop souvent, hésitent dans l’arbitrage entre les intérêts économiques et la qualité des produits. 

En dates

  • Le pré-rapport confidentiel de la Cour des comptes sur la sécurité sanitaire fait des vagues.
  • La qualité des premiers prix et l’utilisation de certains ingrédients sont dénoncées.
  • Mais L’UFC-Que Choisir considère qu’il ne s’agit pas du vrai problème, qui est celui du contrôle de toute la chaîne alimentaire.

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Article extrait
du magazine N° 2326

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