Olivier Picot (FNIL): 'La hausse du prix du lait doit être prise en compte en 2014'

Le 10 octobre va se tenir à Paris une réunion de la filière laitière, sous l'égide de Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et Guillaume Garot, ministre de l'agroalimentaires sur l’application de la hausse du prix du lait, qui avait donné lieu à de sérieuses frictions avec les enseignes dans le courant de l'année 2013.  Le président de la Fédération nationale des industries laitières, Olivier Picot, qui y participera, voudrait être assuré que le dispositif proposé par le médiateur pour 2013, intégrant une hausse des prix technique, constituera comme prévu, le point de départ des négociations 2014 avec la distribution.

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Olivier Picot (FNIL): 'La hausse du prix du lait doit être prise en compte en 2014'
Olivier Picot, président de la Fédération des industriels laitières

LSA : Qu’attendez-vous de la table ronde organisée par les ministres, en présence du médiateur des relations agricoles, jeudi prochain ?

Olivier Picot : Nous attendons la confirmation des propos du médiateur lors de la précédente réunion d’avril qui avait débouché sur une recommandation de hausse technique de 2,5 centimes par litres pour le dernier semestre, et que les industriels vont bien pouvoir maintenir au moins à ce niveau leur prix pour 2014. Le médiateur a écrit, dans un communiqué, que «la plupart des enseignes de la grande distribution ont d’ores et déjà annoncé, par voie de presse ou par courrier adressé à la Médiation, qu’elles mettraient en application ce dispositif qui les conduit à prendre en compte l’augmentation des coûts de la matière et accepter, chacune en ce qui la concerne, une hausse significative de leurs prix d’achat ». Toutes n’ont peut-être pas en souvenir que ce dispositif accepté par tous est reconductible pour 2014.

LSA : Quel est le but de ces renégociations via les pouvoirs publics ?

Olivier Picot : Compte tenu des hausses très fortes du prix du lait en 2013, les industriels qui ont l’obligation de signer des contrats de collecte de cinq ans avec les producteurs ne pouvaient pas économiquement respecter ces contrats sans répercuter la hausse en aval, auprès des enseignes. Il faut avoir en tête que la collecte représente 24 milliards de litres de lait, et qu’une hausse de 2,5 centimes par litre aboutit à une somme de 600 millions d’euros pour l’industrie, soit le double de son résultat net comptable qui est de 300 millions d’euros. Il est donc essentiel que les hausses de tarifs passent et que nous redémarrions 2014 sur les mêmes bases que l’an dernier… Sans quoi les industriels seraient à nouveau pris dans une tenaille.

LSA : Michel-Edouard Leclerc avait exigé en contrepartie que seul le lait acheté auprès des producteurs français soit concerné, et aussi que les hard discounters s’engagent comme les enseignes…

Olivier Picot : Il ne peut ignorer que le lait circule peu entre pays européens. Les industriels français doivent déjà écouler 24 milliards de litres avec une certaine difficulté car la production est excédentaire, ils ne vont pas acheter du lait à l’étranger en plus, et d’ailleurs au même prix ! Ou alors, pour leurs besoins locaux s’ils sont à l’international, mais ce n’est pas le sujet. Quant à vérifier si les hard discounters s’appliquent les mêmes règles que les enseignes, je le crois, tout simplement parce que la hausse du prix du lait impacte encore plus vite les premiers prix et que les industriels seraient vite contraints d’arrêter les livraisons si les achats spots n’étaient pas payés au prix de ce marché. Par ailleurs, qu’une enseigne demande à vérifier les conditions d’achat d’une autre, n’est pas possible dans le cadre du droit des pratiques anticoncurrentielles. Pour l’essentiel, les demandes de Michel-Edouard Leclerc ne peuvent avoir de réponses, mais il s’agit surtout probablement pour lui d’essayer de limiter les hausses, ce que justement, nous voulons éviter pour 2014.

LSA : Toutefois, la distribution alimentaire n’écoule pas tout le lait français, puisque la moitié part à l’export. N’y a-t-il pas un risque de péréquation déséquilibrée au détriment des enseignes et du consommateur ?

Olivier Picot : l’exportation ne pose pas de problème de répercussion des prix d’autant que ces derniers sont au même niveau ou plus élevés partout dans le monde et en Europe. Il n’y a qu’en France que le problème de la répercussion existe. En 2009, quand le prix du lait était en baisse, il a fallu une table ronde pour résoudre le problème. Aujourd’hui qu’il est à la hausse, il faut aussi une table ronde. Il faut des tables rondes tout le temps ! Tout simplement parce que les négociations tarifaires sont bloquées par la distribution du fait de la guerre des prix instaurée par la LME. Il est vrai que la facture laitière est élevée, il en coûte à la distribution des millions d’euros si les enseignes ne répercutent pas la hausse au consommateur, ce qui peut leur poser un problème. Mais en réalité, la répercussion se fait pour partie. Plus vite sur les premiers prix, mais pas toujours sur les marques, à cause de la guerre des prix. D'ailleurs, le prix des produits laitiers est en baisse de 1 % à la consommation, alors que le lait matière première est hausse de 8% ! Et bien sûr, nous craignons que par voie de conséquences les distributeurs cherchent à négocier des compensations à la hausse des tarifs. «J’ai accepté les hausses, mais j’ai des frais, vous comprenez »… La hausse technique du prix du lait, du point de vue économique, est très lourde pour tous les opérateurs économiques, et c’est bien pourquoi le sujet est si sensible. Mais l’accord trouvé par le médiateur doit être appliqué.

LSA : En même temps, ces hausses du prix du lait et des produits laitiers a pour conséquence un recul des ventes, notamment dans l’ultra-frais…

Olivier Picot : Les difficultés du marché de l’ultra-frais sont le produit de la tenaille dans laquelle ils se trouvent, avec l'augmentation de la matière première laitière, la baisse des prix de vente au consommateur de -2% fin août, qui ne s'était jamais vue et qui entraîne la diminution des moyens affectés au soutien des marchés, comme la publipromotion ou la publicité. Et les difficultés de l'ultra-frais reflètent en fait la situation de l’ensemble des produits laitiers en France.

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