Opticien : une profession à la frontière du médical

|

BRÈVESL'opticien se définit «en creux» : il ne délivre pas d'ordonnance. Lien obligé entre l'ophtalmologiste et le client, il est expert en optique, commerçant et monteur de lunettes.

Toute la franchise

Toute la franchise

Plus de 1800 concepts éprouvés vous attendent

créez votre entreprise

Opticien est un métier qui se définit par... ce qu'il n'est pas. Parfois confondu avec l'ophtalmologiste, seul habilité à délivrer des ordonnances, ou réduit au «simple vendeur», l'opticien est un lien indispensable entre le client et le praticien. Deux grandes routes s'ouvrent au jeune diplômé du brevet de  technicien supérieur (BTS) opticien-lunetier.

La plus large mène au salariat, généralement dans une enseigne, plus rarement chez un indépendant. L'autre, qui tend à s'escarper avec les années, amène à la création d'un magasin, le plus souvent sous enseigne. Ce métier, méconnu du grand public, est baigné d'un certain imaginaire qui voudrait que l'on soit opticien de père en fils.

De multiples facettes

«Pourtant, je suis arrivée dans le métier presque par hasard, raconte Catherine Piazza, adhérente Krys. Je devais rentrer à l'IUT de mesure physique, mais j'avais passé, en parallèle, le concours pour préparer le diplôme d'opticien. Alors que j'étais sur liste d'attente, j'ai appris juste avant la rentrée que j'étais admise.» Aujourd'hui, elle se trouve à la tête de deux magasins Krys en région parisienne. «À l'époque, il n'y avait pas de droit d'entrée, je suis partie de zéro», tient-elle néanmoins à souligner. Elle doit une partie de sa réussite à son apprentissage du métier durant près de huit ans comme salariée. Cette expérience lui sert aujourd'hui pour manager une équipe de 14 personnes sur ses deux magasins.

À l'opposé, Michel Lecat, associé Atol ! Les Opticiens, vient d'une famille d'opticiens. Après l'obtention de son diplôme en 1973, il a commencé comme salarié chez Lissac à Bordeaux, puis à Lyon, jusqu'en 1977, date à laquelle il a repris l'affaire familiale. Après avoir été franchisé Afflelou entre 1981 et 1983, il ouvre son magasin Atol! Les Opticiens à Bergerac. Ces deux professionnels ont cependant les mêmes vues sur la définition de leurs missions et de leurs qualités : cerner les besoins visuels de la personne, avec le plus de perspicacité et de patience possible.

À la fois technicien et visagiste, l'opticien conseille aussi les clients sur les montures les plus adaptés à la morphologie de leur visage. Enfin, il doit suivre l'évolution des tendances et des marques afin de coller aux envies de plus en plus pointues des clients.

L'aspect manuel est aussi important. «95% des opticiens montent les lunettes» , rappelle Michel Lecat. Bien qu'ils soient équipés de machines de plus en plus performantes, «cela occupe une partie non négligeable de notre temps, note Catherine Piazza. Le matin, nous recevons les colis de livraison, un de mes employés enregistre les commandes de la veille, puis nous passons à l'atelier, afin que les lunettes soient prêtes pour 17 heures, lorsque les clients  arrivent massivement. De plus en plus, il faut aussi gérer la paperasserie, malheureusement, avec le tiers payant et les mutuelles.»

Trop de magasins ?

L'opticien doit aussi établir des relations avec l'ophtalmologiste. «Il est important de développer le lien avec le prescripteur» , indique Michel Lecat. «Il ne faut pas hésiter à aller les visiter régulièrement, même si cela paraît difficile au début, renchérit Catherine Piazza. Ils sont une source d'indications sur le taux de satisfaction des clients et, plus prosaïquement, ils peuvent conseiller votre boutique plutôt qu'une autre

L'arrivée en France de la chaîne néerlandaise Hans Anders Opticiens, qui vend des lunettes 70% en dessous des prix du marché, n'est pas faite pour rassurer les professionnels, déjà inquiets du durcissement de la concurrence.

«L'arrivée de la deuxième paire a été le premier détonateur, et l'arrivée des discounters pourrait s'avérer fort néfaste, indique Catherine Piazza. Mais il faut accepter la concurrence, avec, à la clé, des clients qui demandent de plus en plus de devis. Cela oblige à nous remettre en question. Nous devons être de plus en plus marchands. Il faut sortir de notre image vieillotte de l'opticien en blouse blanche.» Président de la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF), Alain Gerbel est plus pessimiste : «2 800 jeunes sont actuellement en formation, 1 400 sont diplômés chaque année, et 500 magasins ouvrent par an. Nous sommes clairement en surcapacité !»

L'analyse sonne comme un signal d'alarme. «Les perspectives données par les écoles et certains groupements d'opticiens aux futurs diplômés sont parfaitement illusoires» , poursuit Alain Gerbel, qui parle même de chômage pour une profession qui n'a quasiment jamais connu que le plein emploi.

«Aujourd'hui, sur les 9200 points de vente, on dénombre moins de 4000 entreprises. Dans dix ans, la moitié d'entre eux seront à vendre, indique-t-il. N'est-il pas préférable que les jeunes prennent le temps de se former, pour se mettre en position d'acheter un point de vente qui marche?» Et freiner la multiplication des créations de magasins, véritable danger pour le marché. Le chiffre d'affaires moyen par magasin a ainsi baissé de 1,6% en 2005, par rapport à 2004. Pas de panique, néanmoins : le marché devrait encore croître de plus de 2% en 2006.

Emmanuel Botta


L'essentiel de la fonction

La formation
> L'obtention du brevet de technicien supérieur opticien lunetier est obligatoire pour exercer. Plus d'une soixantaine de centres, dont 12 publics, dispensent cette formation.
> Une spécialisation en troisième année est possible (vente, gestion...). Elle devrait devenir obligatoire avec la transposition de la directive européenne, afin de s'harmoniser avec les autres pays membres de l'Union.

Les missions
> Après examen, il peut déterminer la nature des défauts de la vision.
> À partir de la prescription d'un ophtalmologiste, il est habilité à équiper le client de lunettes ou de lentilles de contact.
> Visagiste et technicien de la vision, il apporte sa connaissance des solutions les plus adaptées : montures conformes à la morphologie du visage,  performances des types de verres sur le marché...
> Il doit maîtriser le montage des lunettes , avec l'ajustement des verres à la monture, et l'adaptation des lentilles.

La rémunération
> Au 1er octobre 2006, la grille de salaire de la profession court de 1259 à 2700€ par mois sur la base de 35 heures par semaine. Les majorations pour diplômes vont de 44€ pour un CAP à 131€ pour un BTS. Ces majorations ne sont pas cumulables. Des primes d'objectifs peuvent s'ajouter.

Les qualités requises
> Faire preuve de patience et de capacité d'écoute pour répondre aux besoins du client.
> Rester à la pointe de l'innovation.
> Apprécier l'aspect «mode» du métier.
> Pour un directeur de magasin, il faut faire preuve de rigueur et d'organisation et se comporter en manager.

Les évolutions
> En interne, l'opticien «de base» peut évoluer vers un poste de directeur de magasin dans les enseignes succursalistes. Il aura alors une fonction de manager d'équipe pouvant dépasser les 10 personnes.
> Devenir propriétaire de son point vente, avec ou sans enseigne. Cependant, les indépendants se font rares et l'essentiel des arrivants sont sous enseigne.
> Passer du côté des fournisseurs, notamment comme commercial.
> Devenir animateur de réseau au sein d'une enseigne.
> Devenir formateur dans un centre de formation.
 
Témoignage

Catherine Piazza, 46 ans, à la tête de deux magasins Krys dans le Val-d'Oise, en région parisienne.
«Nous devons satisfaire le client en lui apportant la meilleure vision possible avec le bon look. La patience doit se doubler d'un goût avéré pour le service. Chef d'entreprise, je dois manager au mieux, tirer la rentabilité, avoir un beau magasin, et rester vigilante sur l'évolution des ventes, des produits et des marques.»



©Lahcène Abib

Son CV
? 1980 Bac F5
? 1982 BTS d'opticien-lunetier obtenu au lycée Fresnel à Paris
? 1982-1990 Opticienne gérante du magasin de Montigny les-Cormeilles (Val-d'Oise) pour l'enseigne Krys
? 1990 Création d'un magasin au centre commercial Les Portes de Taverny (Val-d'Oise), à l'enseigne Krys, sur 65m²
? 2000 Agrandissement du magasin de Taverny sur 140m²
? 2006 Création d'un deuxième magasin Krys à Sannois (Val-d'Oise), en centre-ville, en novembre


Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.
Franchise explorer

Franchise explorer

L’expertise au service du secteur de la franchise

Toute l'actualité

Toute l'actualité des secteurs d'activité en franchise

X

Recevez chaque semaine l'actualité des réseaux de franchise de la grande distribution et de la restauration.

Ne plus voir ce message