Origine des viandes, les industriels sous pression

Dans un contexte de crise agricole, le gouvernement a notifié auprès de la Commission européenne un projet de décret rendant obligatoire l’étiquetage de l’origine des viandes utilisées dans les produits transformés. Celle-ci doit rendre son avis d’ici au 15 mai.

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Origine des viandes, les industriels sous pression
Ce projet de décret sur l’étiquetage concernerait toutes les viandes et les entreprises françaises.

Mercredi 2 mars 2016. À l’occasion du Salon de l’agriculture, Marie, numéro deux du rayon traiteur et filiale du groupe LDC, fait un point sur l’engagement de la marque et sur la traçabilité des produits. Cela fait au moins quatre ans que le fabricant n’a pas organisé de conférence de presse. Quelques semaines plus tôt, c’était au tour de Régis Lebrun, directeur général de Fleury Michon, de prendre la parole sur France Info : « On a décidé sur l’ensemble des produits Fleury Michon d’indiquer l’origine des matières premières […]. Cette disposition n’est pas facile à mettre en œuvre parce qu’on a quelques contraintes techniques, notamment dans les produits où il y a plusieurs ingrédients », indique Régis Lebrun sur les ondes de la radio.

Après le scandale de la viande de cheval dans des lasagnes cuisinées en 2013, ces prises de parole s’inscrivent dans un climat de défiance fort entre les consommateurs et les marques. Le 8 février dernier, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir épingle les marques sur l’origine des viandes dans les produits transformés. Quelque 245 produits transformés à base de porc, de bœuf et de poulet pour 13 marques nationales et 7 MDD sont passés à la loupe. Et 54% des produits examinés font l’impasse sur l’origine des viandes.

Mais la crise agricole est une autre source de pression pour les industriels, surtout les opérateurs de la charcuterie. « Nous comprenons les difficultés de la filière et, en particulier, celle des éleveurs. Mais la question de l’origine des viandes ne doit pas être présentée comme la panacée à la crise agricole. Le sujet reste bien celui de sa compétitivité en Europe », insiste David Bazergue, délégué général de la Fédération des industriels de la charcuterie (Fict).

Pétition de Coop de France

La Fict rappelle les efforts réalisés depuis 2011 : plus de 50% des références de charcuterie portent la mention d’origine de la matière première, et 80% des viandes utilisées pour élaborer les produits de charcuteries sont françaises.

Des éléments jugés insuffisants par Inaporc. L’interprofession porcine, présidée par Guillaume Roué, réclame l’étiquetage obligatoire sur l’origine des viandes. Elle n’est pas la seule. Le 25 février, une pétition est lancée à l’initiative de Coop de France, pour un étiquetage obligatoire mentionnant l’origine des viandes. La FNSEA et l’UFC-Que Choisir se rallient au mouvement.

Cette revendication de plus en plus affirmée est désormais portée par le gouvernement. Un projet de décret sur l’étiquetage obligatoire de la viande utilisée en tant qu’ingrédient dans les plats transformés, formulé par les ministres Stéphane Le Foll (Agriculture) et Emmanuel Macron (Économie), a été notifié le 15 février pour examen auprès de la Commission européenne.

Celle-ci a trois mois pour rendre son avis. Cette mesure, si elle devenait effective, ne concernerait que les entreprises hexagonales. « En France, 12% des charcuteries viennent de l’étranger. Sur un marché unique, nous voulons des règles uniques. Enfin, certaines pièces de découpe, notamment les jambons, manquent en France. Pour ces différentes raisons, la Fict est opposée à ce projet ­franco-français qui a vocation à fermer le marché. Comment, dans un même temps, trouver des relais de croissance à l’export ? », interroge David Bazergue.

Ce projet a-t-il une chance de voir le jour ? L’avocat Antoine de Brosses est catégorique : « L’origine obligatoire des aliments ne peut être régie que par un texte européen. Qui plus est, l’article 39 du règlement européen INCO précise que les États membres ne peuvent introduire des mesures concernant l’indication obligatoire du pays d’origine ou du lieu de provenance des denrées alimentaires que s’il existe un lien avéré entre certaines propriétés de la denrée et son origine ou sa provenance. » Difficile à prouver dans le cas d’un élevage hors-sol de porcs, par exemple.

Surcoût dénoncé par l’UE

Par ailleurs, en 2013, un rapport de la Commission européenne sur l’opportunité de rendre obligatoire l’indication du pays d’origine pour les produits transformés à base de viande pointait la ­complexité et le coût d’une telle mesure (20 à 50% de surcoût). Pas sûr qu’elle change d’avis. Mais les industriels, comme le ministre de l’Agriculture, cherchent à faire retomber la pression.

L’historique

  • 8 février 2016 UFC-Que Choisir publie une enquête sur la mention de l’origine des viandes dans les produits transformés. 54% des produits ne la mentionnent pas.
  • 9 février Le DG de Fleury Michon déclare sur France Info que tous les produits de la marque vont mentionner d’ici à la fin de l’année 2016 l’origine des viandes.
  • 15 février Le projet de décret du ministère de l’Agriculture relatif à l’indication de l’origine du lait et des viandes utilisés en tant qu’ingrédients est notifié à Bruxelles.
  • 25 février Coop de France, UFC-Que Choisir, la FNSEA et Jeunes Agriculteurs lancent une pétition pour un étiquetage obligatoire de l’origine des ingrédients.

Herta et Marie, bons élèves

Depuis 2010, Herta indique l’origine sur tous ses produits de charcuterie. 95% du CA réalisé est porteur d’une mention d’origine.

Un jambon sur deux a le logo Porc français.

Pour ceux à base de volaille, Herta déclare l’origine Europe sur ses nouveaux packagings.

Marie, elle, a, depuis 2012, ses propres pictos : un logo 100% pur bœuf pour les pièces entières.

Pour les ingrédients, elle privilégie le logo porc né, élevé et abattu en France. Hormis le veau et l’agneau, 99% de ses volumes de viandes ont une origine France.

 

"Un État n’a pas le droit d’imposer l’origine nationale des denrées alimentaires au nom des principes généraux du règlement européen INCO, concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, et notamment de son article 39.".

Antoine de Brosses, avocat spécialisé en droit des produits alimentaires et de grande consommation au sein du cabinet Product Law Firm

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