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Où va Moulinex ?

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Avec un doublement de ses pertes à 817 millions de francs et un résultat d'exploitation en recul de 63 %, Moulinex affiche un bilan 1999-2000 inquiétant. D'autant que le projet de fusion avec le groupe Brandt, actionnaire à hauteur de 26 %, prend du retard.

Le sort de Moulinex va se jouer au coeur de l'été. À la suite du coup de théâtre du dernier conseil d'administration du 26 juin officialisant l'absence d'accord avec Brandt, la convocation d'une assemblée générale des actionnaires le 28 juillet constitue la prochaine échéance décisive. Tout dépendra de l'attitude du groupe italien El.Fi, qui détient 26 % du capital depuis avril.

Le numéro un français du gros électroménager ne cachait pas alors son intention de prendre le contrôle du géant du petit électroménager. Même si, fin mars, Pierre Blayau, PDG de Moulinex, affichait encore l'intention de contraindre El.Fi à lancer une OPA. Dès le 3 avril, il était contraint de rallier son conseil d'administration à la solution d'une fusion Brandt-Moulinex, plus avantageuse pour El.Fi.
 

El.Fi veut faire baisser la parité de Moulinex

Les banques, le Crédit lyonnais Clinvest et la Société générale, ont examiné les parités des deux groupes et validé une fusion par apports d'actifs à un tiers pour Moulinex et deux tiers pour Brandt. Mais, durant le week-end des 24 et 25 juin, la famille Nocivelli, propriétaire d'El.Fi, refusait ces conditions. Il semble d'ailleurs que ce dossier ne fasse pas l'unanimité en son sein. Si le groupe italien déclare « ne pas vouloir jouer contre l'entreprise Moulinex », fin limier, il s'emploie à faire baisser le coût de la fusion. Le tandem de négociateurs, formé du politique Serge Le Camus et du financier Moïc Toulemonde, déploie tous ses efforts dans ce sens.

Candidat de la dernière chance pour Moulinex, Brandt est bien placé pour en tirer avantage. D'autant que cette opération ne revêt aucun caractère d'urgence pour lui. Elle doit lui permettre de se hisser au troisième rang mondial et lui offrir les plates-formes commerciales internationales qui lui manquent. À terme, sa fusion avec Moulinex pourrait lui ouvrir les portes de la Bourse de Paris.

Sans se hâter pour fusionner Brandt et Moulinex, El.Fi pourrait décider fin juillet de former un nouveau conseil d'administration avec les autres actionnaires minoritaires, dont le groupe Torelli (10 %) et Suez Industrie.

Le 3 juillet, Brandt évoquait même la possibilité d'opter pour une « participation dormante ». Il demanderait alors au prochain conseil d'administration de former un « état-major de crise pour redresser ce qui peut l'être ». Effet de manche d'un candidat repreneur pour faire baisser le prix à payer, où refus de renflouer un groupe au bord de l'asphyxie ?

Tout nouveau retard dans la fusion serait préjudiciable pour Moulinex, handicapé par un niveau d'endettement de 2,2 milliards de francs (340 M EUR) à fin mars 2000, pour 1,1 milliard de francs (170 M EUR) de fonds propres et le gel depuis trois mois de son plan de restructuration industriel.

Loin d'atteindre les 130 millions de francs annoncés (19,82 M EUR), son résultat d'exploitation se limite à 48 millions (7,32 M EUR). L'aggravation des pertes nettes, 817 millions (124,55 M EUR) à fin juin, prend en compte une provision de 650 millions (99,09 M EUR) destinée à financer une partie de la restructuration industrielle : la fermeture de l'usine allemande de Solingen, le regroupement d'une partie des sites normands et l'arrêt de la fabrication des micro-ondes bas de gamme à Cormelles-le-Royal.
 

Le discours a changé

Condamné à la fermeture par le plan Blayau, ce site devait être préservé par les repreneurs. Leur promesse de maintenir l'outil industriel en France avait rassuré les syndicats et le gouvernement. Même si à ce jour leur plan de redéploiement de Moulinex n'est pas connu, le discours sur l'outil industriel semble avoir changé. Tous les experts se demandent comment El.Fi pourrait faire l'économie d'une restructuration industrielle, malgré son talent reconnu en matière de productivité industrielle.

Une fois à la tête de Moulinex, les dirigeants d'El.Fi pourraient donc reprendre à leur compte une partie du plan annoncé fin janvier par Pierre Blayau, mais sans lui. L'incompatibilité des personnalités de Luigi Nocivelli et Pierre Blayau n'est un secret pour personne. Le souvenir de l'éviction d'Henri Lagarde, PDG de Thomson Electroménager au moment de la prise de contrôle de l'ex-groupe nationalisé par El.Fi, reste vivace.

Pierre Blayau devrait donc profiter de l'expiration de son mandat d'administrateur pour démissionner le 28 juillet. Lui aussi en fin de mandat, Alain Grimm-Hecker, directeur général, partira-t-il aussi ? Ou restera-t-il un temps pour remettre l'entreprise sur les rails ? Son expertise sur le plan marketing et commercial, sa connaissance du secteur électroménager plaident en la faveur de son maintien.

D'autant que, chez Brandt, peu de cadres dirigeants connaissent la logique industrielle et commerciale du petit électroménager. Et si Brandt affiche de bons résultats financiers, sa place de numéro un français s'effrite. Il a perdu 2,5 points de part de marchés sur les douze derniers mois. Dernière opportunité pour Brandt de se maintenir dans le peloton mondial de l'électroménager, Moulinex - avec toute la complexité industrielle, sociale et politique de son dossier - ne semble pas avoir été évalué à sa juste mesure par les frères Nocivelli.

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