Oui, mais...

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Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

La Rencontre LSA des 7 et 8 octobre sur le thème des négociations commerciales 2011 n'a pas échappé à l'habituel jeu des postures. Avec des industriels présentant des hausses de tarifs, et des distributeurs affirmant qu'ils ne pourront les accepter. Quels que soient la loi, les marchés et le profil des interlocuteurs, la question des tarifs restera au coeur des débats. Même si les règles du jeu changent, les réalités économiques perdurent. Encore plus lorsque les prix des matières premières flambent et que les « négos » s'amorcent dans les box d'achats. Mais, au-delà des joutes verbales de certains acteurs et du souci d'apaisement d'autres, et alors que l'Ania est ouvertement contre un maintien en l'état de la loi de modernisation de l'économie, il se dresse une forme de consensus autour de la nécessité de ne pas tout chambouler (même si certains souhaitent remettre en cause la négociabilité des tarifs). Après l'accord Sarkozy (2004), la loi Dutreil (2005), la circulaire Dutreil (2006), la loi Chatel (2007), puis la LME (2008), une stabilité juridique est nécessaire. Ce qui n'empêche en rien de dresser un bilan.

Du côté des bons points, cette loi a fait bouger les lignes. Les marges arrière sont tombées de 36 % à 11 % en moyenne ; les délais de paiement ont été réduits ; les différenciations tarifaires entre enseignes se sont creusées ; l'inflation a été endiguée (mais cela durera-t-il ?).

Il existe aussi quelques regrets. Des experts espéraient l'instauration de nouvelles pratiques. Ils voulaient mettre fin à la surenchère promotionnelle pour passer à de l'« every day low price ». Malheureusement, il n'en est rien, puisque les rabais et autres ristournes ne cessent de se multiplier. La loi devait aussi inciter les distributeurs à redonner plus de pouvoir d'achat, de négociation aux magasins. Un voeu pieux. De plus, elle devait imposer une nouvelle approche logistique. La collaboration n'est toujours pas à l'ordre du jour et, plutôt que de partager leurs données avec leurs fournisseurs, des distributeurs ont préféré inventer les entrepôts déportés.

Enfin, et surtout diront certains, des points de friction demeurent. Les plans d'affaires ne se sont pas imposés à tous ; la convention unique fait toujours débat ; les pénalités en tous genres se sont multipliées ; le triple net ne s'est pas généralisé ; des notions comme le déséquilibre significatif restent floues.

Autant de débordements qui donnent du grain à moudre à la DGCCRF et à la Commission d'examen des pratiques commerciales. Mais aussi au gouvernement, qui n'acceptera pas un regain d'inflation deux ans avant l'élection présidentielle. C'est pourquoi Hervé Novelli joue à la fois de la carotte et du bâton, ne désavouant pas les assignations et prônant les accords de bonnes pratiques. Pour autant, les distributeurs ne doivent pas oublier de prendre eux-mêmes des initiatives. Ainsi, Auchan veut signer des contrats simplifiés avec les PME avant la fin de l'année. Preuve que la LME va peut-être dans le bon sens. Mais qu'il convient de la surveiller comme le lait sur le feu, tant on connaît l'habilité de certains à interpréter les textes, mais également en raison des difficultés réelles de fournisseurs (les PME) comme d'enseignes (notamment des magasins non alimentaires, avec le raccourcissement des délais de paiement). Preuve, aussi, qu'il est possible de travailler autrement. D'où ce besoin de stabilité législative.

YPUGET@LSA.FR

La LME va probablement dans le bon sens. Mais il convient de la surveiller comme le lait sur le feu.

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Article extrait
du magazine N° 2153

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