Ouverture d'esprit

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YVES PUGET EDITO

Quel cirque! Pourquoi diable faut-il toujours en France compliquer les choses? Sur le papier, tout paraît pourtant si simple. Qui peut en effet nier que les magasins physi­ques sont en concurrence avec les boutiques en ligne qui ouvrent le dimanche? Qui croit que notre société n’a pas évolué depuis 1906, date à laquelle ces lois ont été écrites? Qui pense une seconde que l’État peut se passer d’une réforme qui ne lui coûte rien et lui rapporte gros (TVA…)? Qui nie que, depuis une vingtaine d’années, rapports et miniajustements législatifs se sont multipliés sans jamais aboutir à une réforme de fond? Qui ne croit pas que des étrangers seraient ravis de faire leurs emplettes sur les Champs-Élysées ou ailleurs un dimanche ou le soir? Qui, s’apercevant que son réfrigérateur est vide pour son dîner dominical, se dit le plus sereinement du monde qu’il attendra… lundi matin? Qui ne comprend pas que, derrière ce débat, se cache avant tout une querelle d’ego (Sarkozy contre Delanoë, Macron contre Hidalgo…), une recherche de médiatisation de la part de quelques syndicats et quelques doctrinaires qui défendent avant tout leurs intérêts ­personnels? Qui s’assume à ce point obscurantiste pour ne pas voir que, demain, avec le maillage entre les magasins, les sites internet, les drives, le click &  collect et les casiers, il sera bien difficile de savoir ce qui recèle du bon vieux commerce physique ou des ventes digitales? Qui ne sait pas que des millions de personnes travaillent déjà le jour du Seigneur, qu’il ne s’agit donc aucunement d’une demande d’exceptions et encore moins exceptionnelle? Qui ne voit pas que ces ouvertures génèrent des emplois supplémentaires pour cer­tains et du salaire en plus pour d’autres? Qui ne comprend pas que le rêve des distributeurs n’est pas d’ouvrir leurs magasins vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, mais plus prosaïquement de répondre à une attente?

Il est grand temps de comprendre que les demandes des commerçants ne sont pas exorbitantes. Nombre d’entre eux veulent simplement porter de 5 à 12 le plafond annuel de dimanches accordés par les maires. S’adapter aux variations de clientèle (événe­ments culturels, sportifs…) et auto­riser le ­travail dominical dans les grandes gares. Ils sont prêts à soumettre le travail du soir (21-23 heu­res) au dialogue social et à mainte­nir le régime du travail de nuit dès 23 heures. D’autres ne comprennent pas pourquoi tout Paris n’est pas considéré comme zone touris­tique et vont jusqu’à vouloir étendre les ­dérogations existantes à la totalité des magasins spécialisés.

On est là bien loin de la remise en cause des ac­quis sociaux et même sociétaux ou des patrons voyous ou exploiteurs. Il s’agit juste de bons sens. Il est pour le moins étrange de voir Anne Hidalgo tout faire pour freiner la dynamique commerciale, donc économique, de sa ville. Selon l’Union du commerce de centre-ville, l’ouverture dominicale des quatre grands magasins parisiens générerait pour eux 160 M € de chiffre d’affaires en plus. Comme la maire de Paris doit estimer ce chiffre dérisoire, pourquoi ne tomberions-nous pas, aussi, dans l’argumentaire quelque peu simpliste? Sur ces quatre magasins, le manque à gagner représente l’équivalent des ventes annuelles de champignons en conserve en grandes surfaces! Et donc des champignons… de Paris. Voilà où en est le débat.

« Il est grand temps de comprendre que les demandes des commerçants ne sont pas exorbitantes. »

YVES PUGET, directeur de la rédaction

 

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Article extrait
du magazine N° 2346

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