Paiements par carte : plus de transparence oui, mais plus de complexité ? [tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS Vincent Lenglet, product marketing manager chez Monext, un spécialiste des moyens de paiement innovants et des transactions électroniques « s’attaque » à la nouvelle réglementation européenne sur l’interchange et ce que cela peut changer pour les paiements par carte chez les commerçants. Si la baisse des commissions est une bonne nouvelles, les nouvelles régles d'acceptation des cartes vont modifier et complexifier certains usages.

Vincent Lenglet, product marketing manager chez Monext, un spécialiste des moyens de paiement innovants.
Vincent Lenglet, product marketing manager chez Monext, un spécialiste des moyens de paiement innovants.© DR

Un nouveau règlement européen relatif aux commissions d’interchange pour les opérations carte est paru le 29 avril dernier. Faisant notamment suite à la guerre qui opposait la cour européenne et Mastercard sur le sujet des commissions d’interchange (ce que reversent les banques des commerçants aux banques des porteurs de cartes, et généralement répercutée aux commerçants), le règlement prévoit entre autres un plafonnement des commissions à la baisse, qui devrait réjouir tous les commerçants européens. Le consommateur pourra même théoriquement en bénéficier, si les commerçants répercutent les économies réalisées sur leurs prix de vente. En revanche, ce règlement redéfinit aussi quelques règles d’organisation d’acceptation de ces cartes. Et là, les consommateurs risquent d’être un peu perdus. Voici par exemple, quelques bouleversements qui toucheront dès décembre 2015 les consommateurs, mais aussi les commerçants et les émetteurs de carte de l’Union Européenne.

Des changements au quotidien

Damien veut acheter une tablette sur Internet. Après avoir comparé plusieurs sites, il opte pour un achat sur un site belge, où les prix s’avèrent plus intéressants. Au moment de payer, il sort sa toute nouvelle carte bancaire de son portefeuille : il s’agit d’une carte de paiement nationale. Il a opté pour cette nouvelle carte au lieu de son ancienne carte de paiement internationale, principalement pour l’attractivité de sa faible cotisation annuelle. « Si vous ne voyagez jamais hors de France, cette carte CB devrait vous suffire amplement » lui a suggéré son banquier. Damien est donc perplexe. Il s’aperçoit alors que le logo CB n’apparaît pas sur la page de paiement du site belge. Il ne pourra donc pas réaliser son achat. Dépité, il doit se résoudre à acheter sa tablette sur un autre site.

Aline, qui fait du lèche-vitrines, est séduite pour un magnifique salon de jardin en teck : exactement ce qu’il lui faut pour sa maison de campagne. Après avoir rempli le bon de commande, le vendeur lui demande comment elle compte régler. « Par carte », répond-elle. Une fois la carte insérée dans le terminal de paiement, Aline s’apprête à taper son code confidentiel. Etonnée, elle est invitée par le terminal à sélectionner d’abord une marque de processeur de paiement parmi celles   disponibles sur sa carte. « Je dois choisir entre deux options ; qu’est-ce que ça change pour moi ? » demande Aline au vendeur. « Si vous choisissez X, une commission supplémentaire vous sera appliquée » l’informe le vendeur. Aline hésite, mais comme elle est aussi informée qu’elle bénéficiera d’une assurance de protection d’achat par le réseau X, elle opte finalement pour cette option, quitte à payer une commission.

Georges est un homme heureux : il vient de signer un gros contrat et fête l’événement avec son client dans un bon restaurant. Pour régler l’addition, il tend au serveur sa carte Affaires. Embarrassé, le serveur lui répond que les cartes Affaires ne sont pas acceptées. « Mais pourquoi cela ? » demande Georges, interloqué. « La banque nous facture trop cher, on a décidé de ne plus accepter ces cartes. C’est marqué en vitrophanie sur notre devanture » répond le serveur. C’est finalement avec sa carte personnelle que Georges réglera son déjeuner d’affaires.

Vers une accélération de la dématérialisation

Regain d’intérêt pour les cartes de paiement nationales (moins chères), application de commissions pour le consommateur en fonction du moyen de paiement, fin de l’acceptation  universelle (autrement appelée « Honour All Cards »), vitrophanies surchargées, multiplication des cartes dans le portefeuille : entre les devoirs d’information et les calculs mentaux, la facilité naturelle du paiement par carte telle que nous la vivons en France depuis longtemps risque fort d’en pâtir. En donnant plus de transparence et de liberté au consommateur, n’est-on pas en train de complexifier l’acte de paiement, et donc l’acte d’achat ? N’est-il pas légitime de s’attendre alors à une régression de l’usage ? Qu’en pensent les commerçants, qui auront en plus un devoir d’information vis-à-vis du consommateur ? Qu’en pensent les banques, qui voient leurs revenus diminuer, alors que les exigences sécuritaires ne cessent de se durcir ?

Mais point positif, ces nouveaux paramètres vont en revanche contribuer à accélérer la dématérialisation de la carte, comme par exemple vers des solutions de paiement mobile, où les apps intelligentes choisiront automatiquement le bon moyen de paiement pour le confort du consommateur, en fonction de règles qu’il aura lui-même définies. C’est en tout cas le point positif de ce nouveau règlement, nous forcer tous à développer les services et l’usage autour du moyen de paiement préféré des Français.

 

 

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